Grand rhinolophe capturant une noctuelle. / © Dietmar Nil

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Les papillons de la nuit

Comment les papillons se défendent-ils face aux chauves-souris ?

Du côté obscur, les chauves-souris règnent en ogresses redoutables. Mais l’empire des lépidoptères contre-attaque.

Du côté obscur, les chauves-souris règnent en ogresses redoutables. Mais l’empire des lépidoptères contre-attaque.

Mauvaise nouvelle pour les papillons qui misent sur le black-out pour échapper aux prédateurs : les chauves-souris sont passées maîtres dans l’art de la traque nocturne. Bonne nouvelle : leurs principales victimes ont plus d’un tour dans leur sac. Voici quatre stratégies de défense.

Capter le danger

Les premiers papillons de nuit sont vraisemblablement apparus il y a plus de deux cents millions d’années, dans des nuits libres de chauves-souris. Mais ça se gâte il y a cinquante millions d’années. L’arme fatale des chiroptères est un sonar biologique qui permet de détecter leurs proies par écholocation. Certains papillons ont développé une parade aux ultrasons. Pour cela, rien de tel qu’une oreille ultrasensible. C’est pourquoi une paire de tympans existe aujourd’hui de chaque côté du thorax chez les noctuelles et les notodontes, ou sur l’abdomen chez les géomètres. Armés de tels capteurs, les insectes poursuivis sont en mesure de détecter l’approche de leur prédateur. Plusieurs options s’offrent alors à eux : l’esquive, l’accélération ou, le plus souvent, la chute libre.

Bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi)
Bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi) / © Frank Hecker

Les papillons de nuit sont nettement plus poilus que leurs cousins de jour. Il s’agirait d’une adaptation pour absorber les ondes sonores émises par les chauves-souris qui les poursuivent. Ici des bombyx de la ronce.

Brouiller les pistes

Bien évidemment, rhinolophes et autres sérotines n’ont pas déposé les armes pour autant. Certains sons émis par ces chasseurs à des fréquences indétectables continuent d’atteindre leur cible. Les écailles ont développé une riposte en produisant leurs propres ultrasons à partir d’une sorte de timbale thoracique. L’arsenal sonore du papillon a trois effets possibles : brouiller les ondes du chasseur en lui faisant croire qu’une autre chauve-souris est à proximité, produire des clics dissuasifs pour indiquer sa toxicité particulière, ou créer un effet de surprise pour désorienter un poursuivant inexpérimenté. Les espèces d’écailles qui vivent l’été sont davantage exposées aux pipistrelles et autres sérotines, elles sont donc équipées du double arsenal auditif et sonore. Leurs cousines printanières moins prédatées n’ont que l’oreille magique pour se défendre.

Ecaille fermière (Arctia villica)
Ecaille fermière (Arctia villica) / © Frank Hecker

L’écaille fermière avertit ses prédateurs de sa toxicité. Le jour, avec une coloration vive, la nuit en émettant des sons dissuasifs.

Passer en mode furtif

A bien y réfléchir, la fourrure si répandue chez les papillons de nuit n’est sûrement pas une simple doudoune contre le froid. Plus épaisse et plus dense que celle de leurs cousins de jour, c’est aussi un formidable absorbeur acoustique. Jusqu’à 85 % des ondes ultrasoniques des chauves-souris viennent se perdre dans cette toison et ne retournent pas à l’expéditeur pour le guider. L’expérience montre que ce chiffre n’est que de 20 % chez les papillons diurnes. Les poils si abondants sur le thorax et les articulations des ailes font des lépidoptères noctambules de véritables avions furtifs !

Esquiver pour mieux régner

Pour éviter les dents de la nuit, certains papillons jouent enfin les gros bras en misant sur leur taille et leur vitesse. Certains sphinx ou paons sont bien plus rapides ou bien trop volumineux pour la plupart des chauves-souris. D’autres, comme les robustes bombyx, optent pour des vols courte durée et très bas pour limiter l’exposition au péril. Et puis, il y a ceux qui s’activent carrément de jour ou à des heures moins courues par les insectivores ailés.

Vroum, vroum !

Le sphinx du liseron peut voler à la vitesse de 50 km/h, une performance qui lui permet d’échapper à la plupart des chauves-souris.

Redécouvrez notre dossier Ni chauves ni souris.

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Les papillons de la nuit

Couverture de La Salamandre n°258

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 258  Juin - Juillet 2020
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