Le sphinx du tilleul ressemble étrangement à un drone ou à un avion militaire. Il existe des ...

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Les papillons de la nuit

Les sphinx, des papillons de nuit hors du commun

Ils arborent des couleurs incroyables, volent comme des oiseaux-mouches et traversent les mers. Les sphinx fascinent l’entomologiste Jean Haxaire. Interview.

Ils arborent des couleurs incroyables, volent comme des oiseaux-mouches et traversent les mers. Les sphinx fascinent l’entomologiste Jean Haxaire. Interview.

Jean Haxaire
Jean Haxaire sphingidae-haxaire.com Agrégé de biologie, correspondant permanent au Muséum d’histoire naturelle de Paris et chercheur associé à l’Insectarium de Montréal, Jean Haxaire a signé 180 publications scientifiques sur les papillons de nuit. Il a découvert, décrit et nommé 100 espèces et sous-espèces de sphinx dans le monde.

Jean Haxaire, comment êtes-vous devenu l’un des spécialistes mondiaux des sphinx ?

Lorsque j’avais 7 ans, mes parents m’ont offert une encyclopédie d’histoire naturelle. Au niveau du S, page Sphingidae, je tombe sur le sphinx de la vigne. Sa photo m’a fasciné pendant des années. Ce papillon rose vif et vert olive est une splendeur. J’ai immédiatement commencé à en chercher un peu partout, ce qui était difficile vu mon âge. Petit à petit, j’ai reçu des livres plus spécialisés et c’était parti, ça ne m’a jamais quitté. Pour moi, ce sont les plus beaux insectes au monde.

Pourquoi les appelle-t-on sphinx ?

Parce que leurs chenilles ont une posture de repos qui fait penser au sphinx d’Egypte ancienne. Elles sont complètement glabres, avec une corne caractéristique sur le 11e segment du corps, c’est-à-dire le 8e segment de l’abdomen. Les adultes sont robustes, fusiformes, avec des ailes réduites et effilées. Posé, les sphinx ressemblent à des avions à réaction. Au vol, ils jouent les oiseaux-mouches en battant des ailes à presque 100 mouvements par seconde ! Ils se posent rarement, même pour se nourrir.

Existe-t-il beaucoup de variétés de sphinx ?

On compte 24 sphingidés en France et à peu près autant en Suisse – sauf trois strictement méditerranéens. C’est bien peu par rapport aux 1 500 espèces connues dans le monde. Cette famille est beaucoup plus diversifiée dans les zones intertropicales et notamment en Asie.

Ces papillons migrent-ils comme les oiseaux ?

Oui, certains sphinx européens sont migrateurs. Le sphinx tête-de-mort ou le sphinx livournien par exemple ne sont pas résidents chez nous. Ils viennent d’Afrique chaque année, produisant localement une génération sacrifiée. Ces papillons ne survivent pas à l’hiver ici, pas plus que leurs chenilles ou chrysalides. Les sphingidés migrateurs parcourent des milliers de kilomètres. Il est arrivé que des bateaux traversant l’Atlantique en attirent avec leurs lumières à mi-chemin entre deux continents ! Mais, contrairement aux oiseaux qui vivent plusieurs années, ces papillons de nuit ne font pas de voyage retour.

Combien de temps vivent-ils ?

Ceux qui ne se nourrissent pas à l’état adulte, comme les sphinx du tilleul et du peuplier, vivent de dix à quinze jours sur leurs réserves. Les femelles qui doivent se reproduire et pondre volent un peu plus longtemps. Pour ceux qui s’alimentent grâce à leur trompe, c’est environ trois semaines. Le moro-sphinx est une exception : comme l’adulte peut hiberner, sa longévité atteint six mois.

Comment se portent les sphinx ?

Très mal, comme la majorité des papillons des paysages agricoles. Selon moi, il y a une action simple à mener d’urgence : arrêter de faucher les bords des routes n’importe quand et n’importe comment. Cette pratique élimine 90 % des sphingidés. Dans les régions anthropisées de plaine, l’un des derniers refuges de vie, c’est le bord de route. Un sphinx pondra là où demeure sa plante-hôte, et ce n’est pas dans un champ de maïs ou de colza qu’il trouvera son bonheur. Dans les fossés poussent les saules marsault, les épilobes, les scabieuses… et toutes ces plantes nourrissent des chenilles.

Que peut-on faire chacun à son niveau pour les aider ?

D’abord porter cette idée de limiter les fauchages écocides dans sa commune pour faire évoluer les habitudes. Et autour de chez soi, évidemment, il faut arrêter de considérer qu’un terrain propre est un terrain tondu ras. Une friche, c’est beau, c’est riche, et il n’existe pas de mauvaises herbes. Si ces pratiques individuelles et publiques changent à large échelle, on assistera à une renaissance des populations d’insectes, et donc de sphinx.

Moro-sphinx (Macroglossum stellatarum)
Moro-sphinx (Macroglossum stellatarum) / © Frank Hecker

Qui n’a jamais vu le moro-sphinx passer de fleur en fleur dans un jardin ? Ce petit sphingidé bat des ailes 85 fois par seconde, soit bien plus rapidement que la plupart des colibris avec lesquels il est parfois confondu.

Sphinx tête de mort (Acherontia atropos)
Sphinx tête de mort (Acherontia atropos) / © NPL / Alamy  

Le cri du sphinx tête-de-mort

Le sphinx tête-de-mort émet un cri très particulier en propulsant par la trompe de l’air hors de son pharynx. Cet air fait vibrer une membrane dans un épipharynx modifié. Ce son associé au motif évoquant un crâne humain sur son thorax lui ont valu une réputation d’insecte de mauvais augure.

Grand sphinx de la vigne (Deilephila elpenor)
Grand sphinx de la vigne (Deilephila elpenor) / © Frank Hecker

Le grand sphinx de la vigne est commun en France et en Suisse. Contrairement à ce que son nom indique, la plante nourricière de sa chenille est avant tout l’épilobe.

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Couverture de La Salamandre n°258

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 258  Juin - Juillet 2020
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