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Cet article fait partie du dossier

L’évolution sous nos yeux

Les effets de la chaleur urbaine sur les animaux

Escargots, papillons et autres invertébrés s’accommodent de la chaleur de nos cités. On espère qu’ils tiendront longtemps.

Escargots, papillons et autres invertébrés s’accommodent de la chaleur de nos cités. On espère qu’ils tiendront longtemps.

Nos villes bétonnées n’ont rien d’un paradis pour les escargots. Entre parois de verre et sols artificiels, la température grimpe et l’humidité chute. De quoi faire suffoquer les gastéropodes. Mais pas tous ! Sous leur coquille, ou peut-être grâce à elle, certains se sont adaptés à cet environnement hostile au point de modifier leur coloration.

Le défilé des coquilles

Dans les années 2000, un vaste programme de sciences participatives est lancé aux Pays-Bas pour évaluer les effets de l’environnement urbain sur l’évolution de la coquille de l’escargot des bois. Celle-ci présente naturellement une grande variété de couleurs et d’ornementations, connues de longue date pour être héritables et contrôlées génétiquement. L’abri calcaire peut apparaître jaunâtre, rosé, brunâtre, uni ou orné jusqu’à cinq bandes foncées d’épaisseur variable. Ces multiples paramètres se combinent en près de 200 formes dûment répertoriées. Malgré toutes ces variations, un public novice peut facilement identifier cet escargot par la présence d’une bande noire qui surligne dans tous les cas l’ouverture de sa coquille.

Pour un escargot, cette coquille, c’est vital ! Notamment pour se camoufler dans son environnement et échapper aux prédateurs. Par ailleurs, la présence de bandes sombres améliore la protection car le pigment noir, la mélanine, est connu pour rendre la coquille plus solide. Et surtout, grâce à cette structure calcaire, le limaçon abrite son corps mou dans un petit bain climatisé. Comme les couleurs absorbent différemment les rayons solaires, coloris et motifs pourraient-ils influencer la régulation de sa température interne ?

Chaleur : Les effets de la fournaise urbaine sur les escargots
© tadoma / stock.adobe.com

Du jaune anti-surchauffe

Compte tenu de la participation du grand public qui a envoyé des milliers de photos, il a été possible d’analyser de très nombreuses données d’escargots des bois répartis dans de multiples environnements. Conclusion ? Il y a plus de coquilles jaunes et moins de roses en milieu urbain. Les généticiens savent que cette couleur de fond est déterminée par un seul gène présent en deux exemplaires chez chaque individu. La variante brune de ce gène domine la variante rose qui domine la jaune. Ainsi brun + rose = brun. Rose + jaune = rose. Une coquille ne sera jaune que si les deux copies du gène sont jaunes.

Le jaune réfléchit une grande proportion des rayons solaires, c’est un avantage non négligeable dans les villes surchauffées. En revanche, pour ce qui est de la répartition des bandes sombres sur les coquilles, les résultats entre ville et campagne sont moins probants. Il faudrait prolonger cette expérience, y compris en testant d’autres hypothèses comme l’impact des prédateurs. En attendant, ces observations montrent que des modifications de l’environnement peuvent rapidement induire l’évolution d’organismes parmi les plus communs.

Complétez votre découverte en lisant notre dossier sur les escargots.

Citadins tout petits

Chaleur : Les effets de la fournaise urbaine sur les araignées
© Anton / stock.adobe.com

La température est plus élevée au centre-ville qu’en périphérie. L’écart peut atteindre de 5 à 10 °C en été, surtout en l’absence d’espaces verts. Les murs des bâtiments et l’asphalte emmagasinent la chaleur en journée et la restituent la nuit. On parle d’îlots de chaleur urbains. Une étude menée dans les environs de Louvain (Belgique) révèle qu’on trouve des plus petites espèces de scarabées, charançons et araignées à mesure qu’on s’approche des zones fortement urbanisées. Cette taille réduite permettrait de mieux évacuer la chaleur grâce à une plus grande surface de corps en proportion du volume.

Papillons résistants

Chaleur : Les effets de la fournaise urbaine sur les insectes
© Michel Gunther / Biosphoto

Beaucoup de lépidoptères aiment le chaud, donc la ville devrait leur être favorable. Hélas, pour différentes raisons, plus les centres-villes se densifient, moins il y a de papillons. En Ile-de-France, deux espèces tirent pourtant leur épingle du jeu. Débarqué d’Afrique du Sud voilà trente ans, le brun des pélargoniums (> photo) a une chenille qui dévore les feuilles de la plante du même nom… autrement dit, le banal géranium des balcons. L’autre espèce est indigène, c’est le tircis. En ville, ce papillon trouve en abondance son aliment préféré : le miellat de pucerons. Et sa chenille se nourrit de nuit des graminées constituant les pelouses.

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L’évolution sous nos yeux

Couverture de La Salamandre n°262

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 262  Février - Mars 2021, article initialement paru sous le titre "Chaleur Escargots durs à cuire"
Catégorie

Sciences

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