Echasse blanche / © Denis Clavreul

Cet article fait partie du dossier

Terre de sels

La vie dans les salines de Guérande

Des salines exploitées aux marais sauvages, oiseaux et fleurs s'adaptent aux milieux hostiles de Guérande. Tour d'horizon.

Des salines exploitées aux marais sauvages, oiseaux et fleurs s'adaptent aux milieux hostiles de Guérande. Tour d'horizon.

Dans un marais salant, sur l'Atlantique comme au bord de la Méditerranée, les quatre éléments basiques des philosophes grecs sont réunis en un mariage fécond, dont l'enfant est le sel. A Guérande, l'eau de l'océan arrive par « vives eaux » via une dizaine d'étiers, des canaux aux nombreuses ramifications qui remplissent les vasières de tous les paludiers. Cette source d'eau salée est à 18°C, la salinité de 34 grammes par litre.
Décantée, l'eau effectue un long parcours dans de multiples bassins, suivant une pente douce façonnée par le récoltant. Cobier, adernes, fares, tous concentrent la teneur en sel. Du premier au dernier, la salinité passera de 50 à 250 grammes par litre. La saumure est alors distribuée dans les œillets, les cristallisoirs dévolus à la récolte. L'eau y atteint 37°C et contient 300 g de sel par litre.

On peut observer les gorgebleues à miroir à proximité des marais salants, dans lesquels ils tirent une partie de leur nourriture, de petits mollusques principalement. Leur nid est caché à terre, dans des entrelacs serrés de plantes.  / © Denis Clavreul L'obione est un petit arbrisseau blanchâtre aux reflets argentés de 20 à 60 cm de hauteur. Il pousse en bordure de vasière et sur les rochers maritimes. Ses feuilles très salées sont comestibles.  / © Denis Clavreul Aster maritime / © Denis Clavreul L'aster maritime est communément appelée oreille de cochon en raison de la forme de ses feuilles. / © Denis Clavreul Aster maritime / © Denis Clavreul Aster maritime visitée par une syrphe / © Denis Clavreul La végétation des salines vue par Densi Clavreul (planche complète) / © Denis Clavreul

Délicates fleurs à croquer

En fonction du soleil et du vent, le paludier pourra rencontrer deux cristallisations. Le sel gris est cueilli sur les fonds de l'œillet, à l'aide du las, une planche de bois dotée d'un long manche. La couleur de cette récolte, la moins précieuse, est due à l'argile qui constitue le fond étanche de la saline.
Par vent d'est et si le soleil « donne », des cristaux fins et très blancs se forment à la surface de l'eau. Voici la croustillante fleur de sel, vendangée délicatement avec la lousse à fleur. Riche en oligoéléments, elle est recherchée entre autres pour son petit goût de violette, dû à la présence de Dunaliella salina.

Les champions de l'extrême

L'eau des salines est un milieu extrêmement hostile à la vie. Pourtant, même dans un œillet où le sel cristallise, on trouve des organismes vivants comme Dunaliella salina, une increvable petite algue unicellulaire. Grande productrice d'astaxanthine, un pigment qui la protège de la surexposition aux ultraviolets du soleil, cette spécialiste colore d'un rouge orangé l'eau des œillets en certaines périodes, après une pluie par exemple.

Dunaliella salina / © Denis Clavreul

Ce phytoplancton est l'aliment de base d'un protozoaire, Fabrea salina , et d'un minuscule crustacé, Artemia salina , deux autres halophiles extrêmes. Et l'artémie, longue d'à peine 1 cm, est à son tour un mets de choix pour les flamants roses. La couleur que prennent ces échassiers provient directement des pigments de la microalgue, via la minicrevette.

Artemia salina / © Denis Clavreul

L'artisan et l'industriel

L'exploitation salifère artisanale de l'Atlantique fait face à une rude concurrence méditerranéenne. Les gigantesques complexes industriels d'Aigues-Mortes ou de Salins-de-Giraud, entièrement informatisés et mécanisés, fournissent la quasi-­totalité du sel marin français. Les récoltes océaniques ne totalisent que quelques minuscules pour cent. Sur l'ensemble de la production, seuls 10% sont utilisés en sel alimentaire. Chimie et pharma engloutissent la moitié du total, le reste étant dévolu aux produits de déneigement ou aux sels pour les animaux.

© Denis Clavreul

Bactéries folles de sel

La plupart des bactéries halophiles ou halotolérantes qu'on trouve dans les marais salants contiennent des pigments roses. Ce sont les variations de leur concentration dans l'eau qui confèrent une si large palette chromatique aux salines vues du ciel. Ces bactéries préservent leur métabolisme d'un excès de sel en en séquestrant de grandes quantités à l'intérieur de leur cytoplasme.

Goélands / © Denis Clavreul

Glandes épuratoires

Pour éliminer le sel qu'ils ingèrent en buvant l'eau de mer, trois fois plus concentrée que les liquides de leur organisme, certains oiseaux marins sont dotés de glandes spécialisées. Situées au-dessus des yeux, à la base du bec, celles-ci ont pour fonction de réguler le taux de sel dans le sang et d'en évacuer l'excès. Chez les pétrels ou les albatros par exemple, le sel goutte ainsi du bec ou est éjecté en force par les narines. Les requins et certaines tortues sont aussi dotés de telles glandes situées selon les cas près de la bouche ou du rectum.

Grandes migratrices – leur périple peut les mener jusqu'en Afrique du Sud ou en Antarctique –, les sternes pierregarin sont visibles en été tout au long de la Loire. En bord de mer, elles nichent sur les îlots rocheux, parfois sur les plages. / © Denis Clavreul Immédiatement reconnaissable à son bec recourbé, l'avocette élégante utilise celui-ci pour remuer la vase latéralement, en un étonnant geste de fauche, afin de faire remonter en surface les invertébrés aquatiques dont elle se nourrit. / © Denis Clavreul Limicole / © Denis Clavreul Limicoles en vol / © Denis Clavreul Avocettes élégantes / © Denis Clavreul Gracieuses et élégantes, les échasses blanches migrent dès la mi-septembre pour gagner l'Afrique équatoriale (ici un juvénile). / © Denis Clavreul Jeune limicole / © Denis Clavreul Sternes en vol / © Denis Clavreul

La résistance des halophytes

Saladelle vulgaire, scirpe maritime, obione pourpier, soude ou salicorne constituent un petit échantillon des nombreuses plantes qui profitent de l'environnement des marais ou de leur immédiate proximité. Toutes doivent faire face à la loi redoutable de l'osmose, qui peut entraîner un dessèchement mortel en présence d'une importante concentration de sel.
Plusieurs mécanismes ont été développés pour survivre dans ces terres hostiles. Certaines plantes ont développé des feuilles charnues dans lesquelles elles stockent de l'eau. Les salicornes font de même dans les articles de leurs tiges succulentes. D'autres neutralisent l'excès de sel en augmentant par exemple la salinité du cytoplasme de leurs cellules ou en régulant la perméabilité de la membrane cellulaire. D'autres encore limitent l'utilisation de leurs racines encroûtées de sel et favorisent les apports de certains éléments nutritifs directement par les feuilles. Enfin, certaines se débarrassent du sel en excès au niveau des tiges ou des feuilles. Une couche blanchâtre se forme alors, facilement reconnaissable.

Les salicornes sont des plantes pionnières qui colonisent les vases salées recouvertes par les marées. Vertes au printemps, elles rougissent à l'approche de l'automne avant de se dessécher. / © Denis Clavreul

La double vie des saumons

Les saumons, tout comme les anguilles, les truites de mer ou les lamproies, sont capables de vivre alternativement en eau douce et en eau salée. Dans le premier cas, ils entretiennent dans leur corps une concentration en sel plus importante que l'eau qui les entoure. Pour ne pas gonfler, ces poissons rejettent le liquide en excès via de grandes quantités d'urines très diluées.
En mer, leur concentration en sel est plus faible que celle du milieu ambiant et c'est la déshydratation par les branchies et les muqueuses qui menace. Ces poissons boivent alors beaucoup et produisent une urine peu abondante mais très salée. Ils peuvent même rejeter du sel par les branchies.
Le passage d'un environnement à l'autre entraîne un changement profond du métabolisme qui nécessite un temps d'adaptation à l'embouchure des grands fleuves.

La lavande de mer, aussi appelée saladelle, est une vivace de 60 cm environ que l'on retrouve dans les prés salés. Contrairement à sa cousine provençale, elle n'a pas de parfum marqué. / © Denis Clavreul La lavande de mer, aussi appelée saladelle, est une vivace de 60 cm environ que l'on retrouve dans les prés salés. Contrairement à sa cousine provençale, elle n'a pas de parfum marqué. / © Denis Clavreul La lavande de mer, aussi appelée saladelle, est une vivace de 60 cm environ que l'on retrouve dans les prés salés. Contrairement à sa cousine provençale, elle n'a pas de parfum marqué. / © Denis Clavreul La lavande de mer, aussi appelée saladelle, est une vivace de 60 cm environ que l'on retrouve dans les prés salés. Contrairement à sa cousine provençale, elle n'a pas de parfum marqué. / © Denis Clavreul La lavande de mer, aussi appelée saladelle, est une vivace de 60 cm environ que l'on retrouve dans les prés salés. Contrairement à sa cousine provençale, elle n'a pas de parfum marqué. / © Denis Clavreul La lavande de mer, aussi appelée saladelle, est une vivace de 60 cm environ que l'on retrouve dans les prés salés. Contrairement à sa cousine provençale, elle n'a pas de parfum marqué. / © Denis Clavreul Lavande de mer (planche complète de Denis Clavreul) / © Denis Clavreul

Article initialement publié dans la revue Salamandre sous le titre "L’eau, la terre, l’air et le feu"

Cet article fait partie du dossier

Terre de sels

Couverture de La Salamandre n°212

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 212  Octobre - Novembre 2012, article initialement paru sous le titre "L’eau, la terre, l’air et le feu"
Catégorie

Dessins Nature

Vos commentaires

Réagir

Pour commenter sans créer de compte, il vous suffit de cliquer dans la case « nom » puis de cocher la case « je préfère publier en tant qu’invité ».

Ces produits pourraient vous intéresser

Chasseur d’orages

39.00 €

Le lièvre invisible

34.00 €

La leçon du brin d’herbe

19.00 €

L’Univers sous mes pieds

19.00 €

Découvrir tous nos produits

Poursuivez votre découverte

La Salamandre, c’est des revues pour toute la famille

Découvrir la revue

Plongez au coeur d'une nature insolite près de chez vous

8-12
ans
Découvrir le magazine

Donnez envie aux enfants d'explorer et de protéger la nature

4-7
ans
Découvrir le magazine

Faites découvrir aux petits la nature de manière ludique

Nos images sont protégées par un copyright,
merci de ne pas les utiliser sans l'accord de l'auteur