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Ces oiseaux qui vont mieux
L’élanion blanc part à la conquête de l’Europe
Quelle mouche a piqué l’élanion blanc ? Ce rapace cerf-volant, d’une élégance rare, va-t-il conquérir l’Europe ? En France, le territoire métropolitain est déjà occupé aux deux tiers, quarante ans après son incursion.
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Et si c’était l’un des oiseaux les plus extraordinaires de nos régions, à maints égards ? C’est en tout cas le ressenti indéniable lorsque l’on rencontre l’élanion blanc pour la première fois.
Au premier abord, le rapace de la corpulence d’un faucon crécerelle trapu dégage une impression fantomatique. D’abord du fait de la blancheur franche et sans bavure de son corps, puis dès que l’on croise ses yeux rouge sang. Un regard sans équivalent dans la nature alentour. En vol, c’est un cerf-volant parfait – kite en anglais –, léger, à la trajectoire changeante, avec ailes nettement relevées, plus encore que chez les busards.
L’épopée européenne
Sa répartition d’origine connue, c’est-à-dire celle du milieu du XXe siècle, s’étend entre le Maghreb, la vallée du Nil, une partie de la péninsule Arabique et toute l’Afrique subsaharienne, puis de l’Inde à la Nouvelle-Guinée en passant par la Chine. Mais depuis quelques décennies, l’élanion blanc veut voir du pays. Un peu partout, il s’est mis à gagner du terrain. La raison ? Probablement une conjonction de facteurs entre un bon coup de pouce du climat et la modification des paysages agricoles, plus favorables à ses proies favorites : les petits rongeurs.
Lire aussi : ces oiseaux de France vont de mieux en mieux
Si l’on zoome sur l’Europe, l’affaire commence par le franchissement régulier de Gibraltar par des oiseaux pionniers. Ces incursions aboutissent aux premières reproductions européennes, d’abord au Portugal en 1963, puis en Espagne dix ans plus tard. Il faut attendre encore une décennie supplémentaire et l’année 1983 pour découvrir le premier couple nicheur du petit cerf-volant à épaules noires, dans l’extrême sud-ouest de la France, dans les Pyrénées-Atlantiques. Cette première tentative n’aboutit pas.
Sur le front
La colonisation de l’élanion raconte un nouveau chapitre d’une histoire déjà connue : les paysages et les politiques agricoles jouent un rôle crucial dans la répartition et la conservation de la biodiversité. C’est dans ce contexte que l’association Caudalis a monté le projet PARCELA pour étudier les modalités de progression de l’espèce.
« Nous équipons des jeunes élanions au nid avec des balises GPS sur le front de colonisation entre le Centre, le nord de Poitou-Charentes et les Pays de la Loire », précise Nidal Issa, ornithologue de l’association et fin connaisseur de l’espèce. Puisque ce sont les jeunes qui se dispersent et prospectent de nouveaux territoires, les suivre par satellite est une manière efficace de comprendre comment un rapace peut augmenter si efficacement son aire de répartition. « L’enjeu est surtout d’évaluer quel rôle jouent les espaces agricoles gérés pour la conservation de la biodiversité, notamment les sites Natura 2000 », tient à rappeler Nidal Issa. L’hypothèse étant que ces secteurs qui favorisent le maintien de prairies et de haies pour la sauvegarde d’autres espèces – courlis, outardes, pies-grièches, flore… – jouent un rôle majeur dans la progression de l’élanion blanc dans les paysages de France.
« Les premiers résultats suggèrent que ce sont les jeunes femelles qui prospectent le plus, les mâles restant davantage dans le secteur où ils sont nés », révèle le biologiste. Les jeunes rapaces procéderaient par boucles exploratoires, c’est-à-dire une alternance de phases cantonnées sur un territoire de type camp de base et de trajets soudains, linéaires, sur plusieurs dizaines voire centaines de kilomètres, avant de revenir au point de départ. « C’est lors de ces boucles que les jeunes femelles pourraient détecter des mâles célibataires et s’apparier. » Et ça marche, car certains élanions nichent déjà à l’âge de 6 mois !
Tout n’est cependant pas si facile pour le petit rapace aux yeux rouges. Sur les 13 jeunes équipés en 2025, 12 sont morts durant les six premiers mois : cinq sous les griffes de l’épervier – une des grosses surprises révélées par cette étude –, deux par collision avec une ligne électrique, un tombé du nid, un peut-être par destruction volontaire et trois pour raisons inconnues. « En 2026, ça se passe beaucoup mieux, car nous avons équipé des poussins de nichées printanières, apparemment plus à même de survivre à leur première année que les jeunes issus de reproductions automnales », se rassure Nidal Issa.
Rien ne l’arrêtera ?
C’est dans les Landes, en 1990, que naît officiellement le premier élanion blanc français. Et c’est parti : plaine après plaine, vallée après vallée, le sud-ouest de l’Hexagone est conquis. Puis, dans les années 2000, il s’exporte dans une large bande allant du sud-Bretagne jusqu’au Languedoc, avec des nidifications sporadiques ailleurs. Il y a des phases de renforcement des terres fraîchement atteintes, et des phases d’expansion rapide. Comme celle de 2020-2023, qui permet à l’élanion de gagner 22 nouveaux départements ! Phénoménal. Le pied des Alpes, la Bourgogne, la Champagne ou encore la Normandie voient débarquer l’élégant voilier aux yeux carmin.
Comment expliquer une telle dynamique ? Le climat, on l’a dit, car le rapace n’est pas fan des hivers longs. Les vastes terres agricoles, de préférence plates, sont attractives pour ce chasseur de campagnol, pour peu que des zones d’herbe et de friches soient présentes. Mais ce n’est pas tout, ce rapace possède deux atouts hors norme : une efficacité indéniable à la chasse, bien supérieure à celle du faucon crécerelle, et la faculté à se reproduire plusieurs fois par an quand la nourriture est abondante. Pour couronner le tout, alors que l’élanion n’est pas vraiment migrateur, ses jeunes ont une capacité singulière de dispersion dans les premiers mois de l’année pour gagner d’autres territoires.
En 2026, la Franche-Comté est atteinte avec au moins trois couples cantonnés. À ce rythme, alors que les observations sporadiques se multiplient dans toute l’Europe, nul doute que la Suisse, l’Allemagne et des contrées nordiques seront bientôt concernées à leur tour par la nidification du petit rapace conquérant.
Le saviez-vous ?
Rase campagne
À l’échelle mondiale, l’élanion blanc recherche les milieux ouverts avec des arbres dispersés ou des lisières dans les zones cultivées, la savane et le semi-désert. En Espagne, il niche dans les dehesas, ces pâturages ouverts en sous-bois clairsemé et dans les chênaies vertes associées à des cultures céréalières. En France, il choisit un panel d’habitats semi-ouverts au relief absent ou très peu marqué : préférentiellement les zones agricoles de polyculture-élevage, le bocage, les vallées alluviales où alternent cultures et prairies de fauche et de pâture. Parfois, des secteurs plus intensifs si subsistent des haies et des arbres pour l’installation du nid, et des surfaces en herbe ou en jachères pour la chasse des micromammifères.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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