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Ces oiseaux qui vont mieux

Interview : comment lire le baromètre de l’avifaune 2026 ?

Interview de Laurent Couzy, Responsable du Service Connaissance de la LPO, qui a publié le baromètre 2026 de l’avifaune française.

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© Stefan Huwiler / imagebroker

45000 bénévoles ont contribué au baromètre de l’avifaune 2026, synthèse des connaissances sur les oiseaux de France. C’est impressionnant ! Est-ce unique pour la science ?

Nous avons consolidé ce réseau d’ornithologues amateurs et professionnels à partir des années 2000. Et oui, il est unique en France par son ampleur, car les oiseaux bénéficient d’un engouement particulier sur le terrain. Sur les autres domaines naturalistes, des réseaux se développent sur le même principe, mais engagent moins de gens pour l’instant. Notre force est d’avoir progressivement fait monter en compétence ces milliers de passionnés sur les méthodes et les protocoles pour que leurs observations soient très utiles à la recherche scientifique. Voilà pourquoi le baromètre de l’avifaune réussit à valoriser une telle somme de connaissances.

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Est-ce une méthode qui va se renforcer encore à l’avenir ?

Les naturalistes continueront d’observer et nous continuerons de les accompagner pour que leurs données de terrain soient valorisables pour le grand public et les décideurs. Mais la technologie en pleine évolution viendra compléter ou améliorer cela. On voit comment les GPS renseignent plus efficacement que le baguage traditionnel, on sait que l’IA va s’inviter dans la partie, que l’ADN ­environnemental se développe, etc. Mais la technologie, consommatrice de matières premières et d’énergie, a ses limites aussi.

On lit que 45 espèces sont apparues en France en un demi-siècle, quatre ont disparu… Comment communiquer sur l’urgence pour le vivant avec ces chiffres parfois rassurants ?

On a eu cette réflexion. C’est vrai que notre narratif est d’habitude axé sur les mauvaises nouvelles, les menaces, les déclins. On a voulu cette fois montrer les effets positifs de la loi sur la protection de la nature de 1976, qui fête ses 50 ans. Surtout qu’elle est détricotée en ce moment par les politiques. Mais attention, d’une part, il se cache dans le détail de ces informations positives des nuances complexes, comme le fait que les espèces nouvelles sont pour moitié introduites ou exotiques, et, d’autre part, cette synthèse raconte une situation postérieure au grand effondrement de biodiversité du milieu du siècle dernier. Il ne faut pas tomber dans l’amnésie ni fanfaronner.

L’embellie qui touche les rapaces et les grands échassiers de zones humides peut être perçue comme un paradoxe, non ?

Oui et non. Ces oiseaux ont tellement été chassés pour des raisons de croyances ou de traditions que le simple fait d’avoir stoppé ces massacres, il y a cinquante ans, leur a permis de reprendre du poil de la bête. Bien sûr, leur répartition localisée et leurs effectifs réduits ont permis aussi des actions de conservation bien plus ciblées et efficaces. L’exemple des réintroductions de vautours est flagrant de ce point de vue là. Concernant les cigognes ou d’autres échassiers, ces espèces profitent parfois de coups de pouce comme des plateformes de nidification ou de ressources alimentaires nouvelles, comme les écrevisses invasives… Et il ne faut pas oublier que la loi de 1976 a permis la création de réserves naturelles prioritairement en zones humides.

Certains résultats vous ont-ils personnel­lement surpris par leur ampleur ?

J’étais globalement préparé de par mon travail, mais c’est une mauvaise nouvelle qui m’a donné une claque plus violente que prévu : celle du déclin des oiseaux nichant au sol en milieu agricole.

Vous observez vous-même sur le terrain dans la région de Bordeaux, notez-vous des changements positifs au quotidien ?

Bien sûr, mais je sais aussi qu’il ne faut pas extrapoler ses observations empiriques de tous les jours pour en tirer hâtivement des conclusions. Mais, effectivement, j’ai vu arriver il y a une dizaine d’années le pic noir dans les arbres qui bordent la rivière et il est voisin de l’élanion blanc, une espèce absente de France avant 1983.

Le changement climatique se cache derrière beaucoup de tendances positives observées. Bonne nouvelle ou trompe-l’œil ?

Les réponses aux changements globaux, dont le climat, sont très complexes, imbriquées avec d’autres paramètres et forcément instables dans le temps. Les migrateurs transsahariens répondent mal à ces changements. Les limicoles arctiques ne montrent pas encore d’effondrement, mais la toundra va probablement se boiser et il y aura des conséquences dans quelques décennies. Ainsi, une évolution positive, au sens arithmétique et scientifique, locale et temporaire, ce n’est pas la même chose qu’une bonne nouvelle, qui est un ressenti subjectif.

Pourquoi ce réchauffement climatique ne favorise-t-il pas la pie-grièche à tête rousse, le traquet oreillard ou le cochevis de Thékla, espèces méridionales en déclin ?

Cela ne peut pas être aussi simple. Les milieux évoluent sous l’influence d’autres facteurs, par exemple la déprise agricole sur le pourtour méditerranéen. Les migrateurs utilisent telle ou telle voie de transit et hivernent dans des régions différentes au sujet desquelles nous manquons d’informations. Chaque espèce a son histoire de vie.

La bouscarle de Cetti et la cisticole des joncs sont deux passereaux insectivores. Selon les tendances générales, ces oiseaux devraient décliner, or ils prospèrent, pourquoi ?

La fin des hivers rudes qui faisaient régulièrement reculer leur répartition leur permet aujourd’hui de monter petit à petit au nord. C’est d’autant plus possible que leurs exigences en termes d’habitats ne sont pas très importantes. La fin de ces coups durs hivernaux a bénéficié aussi aux échassiers par exemple.

Quel résultat aimeriez-vous lire dans le prochain baromètre, et quand est-il prévu ?

On envisage une publication tous les trois ans avec des focus sur certains groupes. Par exemple sur les paludicoles, les oiseaux des marais et roselières. Dans un des baromètres à venir, pas le prochain malheureusement, j’aimerais voir une embellie pour la diversité des nicheurs au sol : perdrix, râles, outardes, alouettes…

Une telle synthèse est-elle prévue à l’échelle européenne ?

Des suivis coordonnés à l’échelle du continent existent et BirdLife en publie les résultats. Mais une synthèse claire sur les grandes tendances n’est pas encore sur les rails. C’est une bonne idée à lancer.

Couverture de La Salamandre n°296

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 296  Octobre. Novembre 2026, article initialement paru sous le titre "Quand les courbes s'envolent"
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