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Ces oiseaux qui vont mieux

Ces oiseaux de France qui vont de mieux en mieux

Le baromètre de l’avifaune française 2026 révèle son lot de nouvelles positives. La conservation, ça marche ! Mais si les statistiques de certains oiseaux décollent, c’est parfois aussi grâce au thermomètre… Florilège de duos gagnants.

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© Léiothrix jaune - Christophe Florin / Biosphoto

La paire flamboyante

Il est le plus illustre symbole de l’arrivée d’oiseaux méridionaux dans les contrées continentales et nordiques. Avec son plumage éclatant, le guêpier d’Europe a le don d’annoncer la couleur. Confiné au pourtour méditerranéen jusque vers 1960, il entame ensuite une progression vers le nord. Son aire de répartition a augmenté de 2,26 % par an entre les années 1980 et 2010. Aujourd’hui, son expansion est ralentie, voire stoppée, avec parfois des déclins locaux. Les grosses colonies se disséminent en entités plus réduites.

Son concurrent esthétique, adepte de cavités lui aussi – qu’il ne creuse cependant pas lui-même –, le rollier d’Europe est encore un oiseau exclusivement méditerranéen en France. Mais ses effectifs, proches de 100 couples en 1970 et dix fois supérieurs aujourd’hui, progressent. Sa répartition aussi. La pose massive de nichoirs, que l’espèce utilise volontiers, permet de booster le taux de reproduction.

  • Phénomène parallèle à l’augmentation de la population nicheuse en France, des jeunes rolliers investissent de plus en plus régulièrement les contrées plus au nord en fin d’été, avant de partir en migration vers l’Afrique. L’est de la France est désormais coutumier de ce gonflement saisonnier de la répartition du bel oiseau bleu. L’été 2022 a été exceptionnel en ce sens et a même concerné la Suisse.
  • Le guêpier d’Europe est un consommateur de gros insectes. Il niche dans des cavités de sol meuble ou d’alluvions : berges de rivières, sablières, talus, remblais, carrières…
Guêpier d’Europe / © Giles Laurent / gileslaurent.com / Licence CC BY-SA 4.0

Les frileuses invisibles

C’est l’histoire de deux petits passereaux qui n’aiment pas trop voyager et qui passent l’hiver en France, tout en étant relativement frileux. Résultat, quand le froid sévit plus fortement qu’à l’accoutumée, leurs effectifs prennent une claque et leur réparti­tion recule. Dans la période récente, ce sont les hivers 1985 et 1987 qui ont effacé une bonne partie de la population de bouscarle de Cetti au point de la confiner, dix ans plus tard, au pourtour méditerranéen et aux basses terres de l’ouest. Depuis, climat aidant, elle a gagné du terrain, kilomètre par kilomètre, au point de dépasser sa répartition d’antan, notamment dans le Grand Est. Le chant explosif de cette fauvette des fourrés humides et des roselières devient même de plus en plus régulier en Suisse.

Quant au tsip-tsip-tsip métronomique de la minuscule cisticole des joncs, reine cryptique des marais et des friches, il se répand de la même manière vers le nord-est, mais de façon plus irruptive.

  • Guère plus lourde qu’un roitelet, la cisticole des joncs reste souvent à couvert dans la végétation herbacée dense et haute. Elle se repère surtout à ses cris courts et aigus lancés en vol au rythme d’une trotteuse.
Bouscarle de Cetti / © lucaar / stock.adobe.com

Les grandes dames

Elles ont des modes de vie bien différents. La cigogne blanche et la cigogne noire partagent cependant quelques points communs : outre leur plumage couleur damier et leurs becs et pattes rouges, elles se portent toutes deux à merveille.

La première connaît une véritable envolée après avoir failli disparaître : 11 couples en 1974, presque 7 000 aujourd’hui, tout est dit. Réintroduction, plate­formes de nidification, sécurisation du réseau électrique et hivers moins rudes ont littéralement ­sauvé l’espèce.

La seconde, nettement plus rare – une centaine de couples environ –, gagne régulièrement du terrain depuis ses bastions du centre et de l’est. En 2024-2025, deux nouveaux départements ont accueilli sa nidification : la Manche et la Seine-et-Marne. Soupçonnée depuis quelques années, elle a même signé sa première reproduction en Suisse, dans le canton de Vaud, au printemps 2026.

Cigogne noire / © Stefan Huwiler / imagebroker

Les deux ibis

Cousin plus massif et plus court sur pattes que l’ibis falcinelle, l’ibis chauve revient de très très loin. Vers 2000, il était l’un des oiseaux les plus rares au monde tandis que les derniers individus sauvages vivaient au Maroc. Comme l’oiseau ébouriffé habitait l’Europe centrale il y a plusieurs siècles, avant d’être éradiqué, un projet de réintroduction est né il y a quatorze ans.

Au cœur de l’aventure, le programme LIFE Northern Bald Ibis, piloté par le zoo de Vienne, mobilise de nombreux partenaires. L’objectif est d’atteindre une population viable et autonome de 360 oiseaux en 2028. Reproduction en captivité, apprentissage de la migration avec des ULM… l’affaire semble fonctionner, avec des hauts et des bas. En 2026, la reproduction est jugée exceptionnelle sur les sites historiques du projet situés en Allemagne et Autriche. Et c’est en Suisse que l’ibis chauve crée la surprise en nichant dans le canton de Fribourg en 2025 et 2026. Cette année, le couple a élevé quatre jeunes ! En France, ces grands oiseaux noirs à la tête dénudée sont de plus en plus régulièrement observés.

  • x 250 : Multiplication de la population de l’ibis falcinelle en France en 16 ans, passant de 14 couples en 2006 à 3 500 en 2022. L’oiseau colonial, apparu naturellement en 1988, est surtout réparti sur les littoraux méditerranéen et atlantique. Ce boom démographique, miroir inversé de la courbe de son bec, fait suite à celui d’abord observé en Espagne. L’ibis au plumage rouille peut désormais être admiré en intersaison dans de nombreuses régions de l’Hexagone.
Ibis chauve / © fluffandshutter / stock.adobe.com

Echappées belles

Elles refusent leur destin de captives et mutilées. Cages étroites ou ailes coupées, c’est fini : liberté ! Plus de 20 espèces d’oiseaux se sont ainsi installées en France, d’où elles ne sont pas originaires. Exotiques, envahissantes, poules… peu importe le sobriquet qui les accompagne, elles s’installent désormais à l’état sauvage. Marqué chez les canards et les oies, le phénomène touche aussi d’autres groupes. Moins célèbre que la perruche à collier, le léiothrix jaune est un passereau multicolore originaire de Chine et de Birmanie, noté à l’état sauvage en France depuis les années 1990. Il compte plusieurs milliers d’individus dans le Béarn, et quelques centaines en Île-de-France et dans les Alpes-Maritimes. Si une telle irruption compte « +1 » pour la biodiversité d’un pays, cela n’est pas dû à une embellie des écosystèmes.

  • 10 000 individus ? 15 000 ? Difficile d’estimer les effectifs nationaux de la perruche à collier, psittacidé originaire d’Afrique et d’Asie et très majoritairement concentré en Île-de-France et en Provence. Celle qui est apparue dans l’Hexagone au milieu des années 1970 après avoir colonisé plusieurs grandes villes d’Europe continue son expansion.
Perruche à collier / © Cyril Ruoso / NaturePL

Blancs comme neige

Quand elle s’envole, la grande aigrette, immaculée et gracile, révèle ses immenses ailes et son vol lent. Il est désormais possible d’admirer son élégante silhouette dans la plupart des zones humides et des plaines de nos régions. L’arrêt de diverses persécutions, dont la plumasserie – activité de confection d’objets et d’ornements à partir de plumes – a permis d’éviter son extinction. Avec l’expansion du héron garde-bœufs, le bond de ses effectifs depuis la fin du XXe siècle est l’un des plus spectaculaires que l’avifaune ouest-européenne ait connu.

Surtout répandue et abondante d’octobre à mars, elle continue de gagner du terrain en période de nidification. Plus de 10 000 individus passent aujourd’hui l’hiver en France, près de 750 ont été dénombrés en janvier 2024 en Suisse tandis que la population hivernale britannique a été multipliée par 24 en dix ans… Mais où s’arrêtera la grande aigrette ?

  • Il y a cinquante ans, il fallait aller en Camargue pour le voir parmi les taureaux et les chevaux. Aujourd’hui, le héron garde-bœufs niche jusque dans le nord de la France. De moins en moins freiné par les hivers rudes, il a même conquis la Suisse en 2023.
héron garde-bœufs / © ms_pics_and_more - stock.adobe.com

Pas difficiles

On les voit ou les entend un peu partout, au sud, au nord, en forêt, dans la campagne, au jardin et même en ville… Les ­oiseaux qui s’adaptent aux changements, voire en profitent, sont mieux lotis que leurs cousins exigeants. Ainsi, le pigeon ramier, amateur de grandes cultures – maïs, colza, tournesol – bénéficie de la conjonction entre pratiques agricoles intensifiées et hivers adoucis. Nourriture abondante plus longtemps, moins besoin de migrer : combinaison gagnante !

Lire aussi : les 5 espèces à observer dans la nature en octobre

Dans un autre genre, la fauvette à tête noire est l’un des rares passereaux en partie insectivores à tirer son épingle du jeu. Peu exigeante en termes d’habitat, migratrice partielle, elle a su moduler son calendrier et ses routes de migration. Elle est en outre capable de fréquenter les mangeoires en hiver… Autant d’atouts pour expliquer le bond de ses effectifs en dix-neuf ans : + 30 % entre 2001 et 2019 ! Elle est par ailleurs devenue l’oiseau le plus répandu de Suisse en 2026, notamment en colonisant les forêts d’altitude.

  • + 100 % : Le pigeon ramier a vu sa population doubler en près de 20 ans en France (2001-2019), une tendance notée partout en Europe.
Pigeons ramiers / © Sylvain Cordier / naturepl

Good vibe ?

Parmi les nouvelles surprenantes, le rebond de certains oiseaux marins fait chaud au cœur. Alors que les océans, chamboulés par le réchauffement climatique, la surpêche et les pollutions cumulent les signaux d’alerte, savourons la croissance des colonies de guillemots de Troïl et de pingouins torda que l’on croyait condamnées au début des années 2000. Elimination des prédateurs non indigènes sur les îles, baisse du dérangement, regain des populations de sardines en nord-Bretagne, extension de la réserve des Sept-Îles en zone marine… Autant de coups de pouce pour ces alcidés !

  • Fragiles et fluctuants, les effectifs nicheurs de pingouins torda sont surveillés comme l’huile sur le feu. Avec 233-265 couples en 2024, l’oiseau de mer de la famille des alcidés a remonté la moitié de la pente qui le sépare de son dernier âge d’or, il y a soixante ans.
Pingouin torda / © Andres M. Dominguez / NaturePL

Pêcheurs dans le viseur

Ils ne sont ni exotiques ni introduits et pourtant, le grand cormoran et le harle bièvre ne font pas l’unanimité. En cause, leur régime alimentaire dans des milieux aquatiques déjà dégradés par les aménagements et les pollutions diverses.

Le premier, bête noire des pêcheurs depuis longtemps en hiver, colonise aussi l’intérieur des terres depuis 1981 pour se reproduire le long des lacs et cours d’eau.

Le second continue de gagner le réseau hydrographique de l’est depuis son expansion, entamée il y a trente ans dans les lacs alpins. Des tendances qui reposent en partie sur le développement des populations de poissons aux faibles exigences écologiques, dans des cours d’eau qui s’eutrophisent et se réchauffent.

  • Le harle bièvre niche surtout dans les Alpes, en Bourgogne-­Franche-Comté et en Alsace.
Grand cormoran / © Quarterland Photos / stock.adobe.com

Le clan des nettoyeurs

Les vautours continuent d’honorer les importants moyens de conservation qui leur sont destinés depuis plusieurs décennies. Le gypaète barbu garde son dynamisme dans les Alpes, tient bon dans les Pyrénées, mais bat de l’aile en Corse. Le casseur d’os approche le cap des 100 couples en France.

Quant au seul vautour à avoir totalement disparu du pays avant d’être réintroduit, le vautour moine, il atteint désormais 52 couples en 2026. Il est encore le plus rare des quatre nécrophages, derrière le vautour percnoptère, mais pour combien de temps ?

  • + 30 : En dix ans (2014-2024), le nombre de couples territoriaux de gypaètes barbus est passé de 62 à 92 couples en France.

  • Malgré une faible production – 0,52 jeune à l’envol par nid en 2024 –, le vautour moine gagne chaque année quelques couples.
Vautours moines / © Joël Vialettes

Les revenants du Midi

Ambassadeurs de la biodiversité menacée, les rapaces ont longtemps été la figure de proue de la protection de la nature. De solides programmes de conservation, portés par les associations et les collectivités, portent leurs fruits. L’aigle de Bonelli, symbole des paysages méditerranéens, a frôlé l’extinction à la fin du siècle dernier. Aujourd’hui, bien que fragile, l’espèce affiche une cinquantaine de couples en France, au rythme d’environ 1,5 couple supplémentaire chaque année.

Autre rapace méridional, emblématique des villages provençaux et languedociens, le faucon crécerellette a failli disparaître totalement il y a quarante ans. Ce sont près de 600 couples qui nichent désormais dans le midi de la France.

Aigle de Bonelli / © Loic Poidevin / NaturePL

Pour aller plus loin...

  • 314 : Nombre d’espèces nicheuses en France métropolitaine sur la période 2019-2024, soit une bonne quarantaine de plus qu’au début des années 1970. Actions de protection, changements globaux et arrivée d’espèces exotiques contribuent à ce bilan. Une arithmétique réjouissante qu’il ne faut pas bouder, mais une réalité aux mille nuances qui masque la baisse des effectifs de nombreuses espèces communes.

  • 48 % : Part des oiseaux ayant une aire de répartition plus importante en France aujourd’hui qu’il y a cinquante ans : 45 % suite à une augmentation, 3 % parce qu’ils sont apparues dans le pays.

  • 76 % : Part des espèces de grands échassiers (hérons, spatules, ibis, cigognes…) dont les populations croissent depuis plusieurs décennies.

  • 50 % : des oiseaux de France sont des passereaux, mais seulement un quart des espèces de ce groupe voient leur population augmenter. Le seul autre groupe en plus mauvaise santé est celui des perdrix, tétras et apparentés dont 9 espèces sur 10 sont en déclin.
Couverture de La Salamandre n°296

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 296  Octobre. Novembre 2026, article initialement paru sous le titre "Quand les courbes s'envolent"
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