Ces oiseaux de Suisse qui vont de mieux en mieux
Les rapports le montrent, l’avifaune européenne bat de l’aile. Mais grâce aux mesures de conservation et parfois, ironiquement, au changement climatique, certaines espèces semblent (re)trouver en Suisse des vents favorables… Florilège de duos gagnants.
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Les gagnants du réchauffement
Après un premier succès avéré de nidification en 2012, le circaète Jean-le-blanc, rapace des terres méditerranéennes, a décidé de poser ses bagages en territoire helvétique. Le pays compte aujourd’hui une quinzaine de couples, satisfaits par l’offre en reptiles, ses proies de prédilection, et par le réchauffement du climat. Ce dernier a aussi attiré chez nous un oiseau des plus colorés : le flamant rose.
Favorisé par le réchauffement climatique, le flamant rose tente des expéditions plus nordiques et s’est même aventuré en Suisse, en Argovie, à l’automne 2025). L’augmentation des effectifs à l’échelle européenne explique également cet élargissement des horizons des jeunes individus. Toutefois, aucune installation n’est à prévoir, notre pays ne disposant pas du milieu nécessaire pour les accueillir sur le long terme.
Les frileuses débarquent
La bouscarle de Cetti et la cisticole des joncs, deux petits oiseaux aux mœurs plutôt sédentaires rebutés par les hivers rudes, sont favorisés par le réchauffement du climat helvétique. Ainsi, toutes deux étendent leur aire de répartition vers le nord. La bouscarle est sortie du bassin tessinois auquel elle se cantonnait habituellement, prenant ses quartiers dans le canton de Genève, où l’on attend une possible nidification. Du côté de la cisticole, qui s’aventure dans des altitudes plus élevées, entre 25 et 27 territoires ont été dénombrés en 2025 : un record ! Son évolution est aussi favorisée par une population en plein essor en Italie.
- Guère plus lourde qu’un roitelet, la cisticole des joncs reste souvent à couvert dans la végétation herbacée dense et haute. Elle se repère surtout à ses cris courts et aigus lancés en vol au rythme d’une trotteuse.
Les anciens persécutés
L’un était détesté et qualifié de diabolique, l’autre était convoitée pour son élégance : le destin du gypaète barbu et celui de la grande aigrette n’ont pourtant pas été bien différents. La blanche échassière, chassée pour l’utilisation de ses plumes au XIXe siècle, est passée au bord de l’extinction. La fin de cette industrie et l’adoption de mesures de protection ont fait repartir de plus belle les populations en Europe, et augmenter les observations en Suisse entre octobre et mars. La tendance pourrait toutefois se tasser si le réchauffement climatique freine les besoins migratoires de l’espèce.
- x2 : Le gypaète barbu, éradiqué par les humains, a fait son grand retour grâce à un projet de réintroduction lancé dans les années 1980. La population continue d’augmenter : en 2025, on comptait 35 couples nicheurs dans les Alpes suisses – le double de 2017 – et 26 jeunes à l’envol. On note la première reproduction dans le canton de Saint-Gall.
D’une pierre deux coups
Deux amateurs d’insectes, et deux victimes de l’agriculture intensive. Les zones favorables au bruant proyer et à la pie-grièche écorcheur se sont dramatiquement raréfiées, causant leur net déclin. Du côté du bruant, les effectifs ont chuté de 80 % depuis les années 1990. Aujourd’hui, malgré une population encore très réduite, il remonte localement la pente grâce à des mesures de conservation comme les fauches tardives, qui protègent ses nids construits au sol.
- La pie-grièche écorcheur profite des mesures de conservation mises en place pour le bruant proyer, comme la création de jachères florales. On comptait entre 10 000 et 15 000 couples nicheurs pour la période 2013-2016, contre 15 000 à 30 000 couples aujourd’hui, selon la Station ornithologique.
Les adaptables
Le corbeau freux et le pigeon ramier ont su évoluer avec leur temps. Tous deux ont investi le milieu urbain et y fondent leurs familles : chez le corbeau freux, les couples nichant en ville sont même majoritaires par rapport aux couples ruraux. Pour se nourrir, le corvidé s’éloigne toutefois de son site de nidification tout en continuant à profiter de la présence humaine, se régalant des semis dans les champs. Mais il sait aussi rendre la pareille aux agriculteurs, dans certaines régions, en chassant campagnols et insectes.
- Le pigeon ramier tire parti de l’urbanisation, son succès de reproduction étant plus élevé dans les villes. Son développement au niveau européen s’explique aussi par l’extension des grandes cultures.
Fins gourmets
La nette rousse a vu sa population exploser en Suisse à partir des années 1990, période d’essor des hivernants dans le pays. L’arrivée en masse de ce flamboyant canard a été poussée par une quête de nourriture liée à la sécheresse dans son Espagne natale. Celle-ci a coïncidé avec une amélioration de la qualité des eaux suisses, qui leur a permis d’y trouver leurs algues favorites, les characées... Ce menu nouvellement étoilé a profité à un autre amateur de plantes subaquatiques, le cygne tuberculé.
- Issue d’introductions, la population nicheuse suisse de cygnes tuberculés, comme la population hivernante, est en progression. L’espèce est à la fois favorisée par l’abondance de nourriture et par des hivers plus doux.
Sous perfusion
En Suisse, la sterne pierregarin a trouvé un sauveur en celui qui a causé sa perte. Elle ne doit en effet la stabilité de ses populations nicheuses qu’à la mise en place d’îlots artificiels, venus remplacer son milieu naturel détruit par les corrections fluviales. Elle reste toutefois sensible aux facteurs météorologiques, comme au dérangement humain. Le vanneau huppé, qui remonte la pente depuis le début des années 2000, marche lui aussi sur un fil…
- En Suisse, le maintien de la population de vanneaux huppés dépend des mesures de conservation. Par exemple, la protection des nids, situés dans les exploitations agricoles, bastions de repli de l’espèce à défaut de zones humides.
Première nichée
Telle une truite qui ne mord pas à l’hameçon, la première reproduction de la cigogne noire s’est faite attendre en Suisse, tout comme celle d’un autre oiseau gourmand de poisson : le balbuzard pêcheur. En août 2026, l’association Nos Oiseaux a annoncé la première nichée depuis cent douze ans d’un couple de ce rapace piscivore dans le Pays des Trois-Lacs. Une bonne nouvelle qui vient couronner une décennie d’efforts. Le projet de réintroduction du balbuzard a en effet été lancé en 2015, avec 66 spécimens réintroduits jusqu’en 2020. De nombreux cas de reproduction avaient été recensés en France et Allemagne voisines, mais les rapaces boudaient jusqu’ici la Suisse. Nous avions notamment raconté l’histoire d’Arthur, un mâle solitaire qui a arpenté durant plusieurs années les bords du lac de Bienne, sans succès.
C’est finalement un mâle relâché en 2020, qui s’est reproduit avec une femelle non baguée. Trois petits sont nés, deux femelles et un mâle. Ces trois rejetons ont survécu au printemps pluvieux puis à l’été caniculaire, bien couvés par leur mère et nourris par leur père. Partis en Afrique, comme leurs parents qui y hivernent chaque année, les juvéniles devraient y rester au moins deux ans avant de revenir dans nos contrées.
- Sa nidification en Suisse était suspectée depuis plusieurs années : et voilà que la cigogne noire a signé sa première reproduction ! Ce printemps 2026, un nid contenant trois jeunes a en effet été découvert dans une lisière forestière du canton de Vaud.
Pêcheurs dans le viseur
Ni l’un ni l’autre n’est exotique, aucune introduction à dénoncer et pourtant, le grand cormoran et le harle bièvre ne font pas l’unanimité. En cause, leur régime alimentaire dans des milieux aquatiques déjà dégradés par les endiguements, le réchauffement des eaux et les pollutions diverses. Le premier, bête noire des pêcheurs depuis longtemps, a débuté sa colonisation du pays après avoir été protégé au niveau européen, nichant d’abord sur des îles, puis se tournant vers les arbres de bords de lacs. Le second continue de gagner le réseau hydrographique du nord-est helvétique depuis son expansion, entamée il y a trente ans sur les lacs alpins.
- La Suisse comptait entre 700 et 900 couples nicheurs de harles bièvres en 2025.
Pour aller plus loin...
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65 % : Part des espèces étudiées par l’Agence européenne de l’environnement connaissant une évolution plus positive en Suisse qu’en Europe. Cette dynamique est à nuancer, car, dans le détail, l’évolution fulgurante de certaines espèces, parfois nouvellement arrivées, masque le déclin d’espèces indigènes.
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99 : Sur les 180 espèces d’oiseaux nicheurs suisses évaluées par le Swiss Bird Index du Vogelwarte, 99 sont en augmentation. Les rapaces, notamment, ont le vent en poupe grâce aux mesures prises pour leur protection, se remettant pour certains de plusieurs siècles de persécution...
- 21 : C’est le nombre d’espèces exotiques ayant déjà niché en Suisse et recensées dans un rapport en 2022. Parmi elles, certaines se sont tellement plu sur nos terres qu’elles en sont devenues une menace pour notre biodiversité. C’est le cas de plusieurs oiseaux d’eau, comme le tadorne casarca qui peut concurrencer l’effraie des clochers en squattant ses nichoirs.
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Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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