© Marcello Pettineo

Cet article fait partie du dossier

Mille et une guêpes

Le frelon européen est aussi nocturne

Dans la tribu des guêpes sociales, voici Goliath. Quand le frelon européen cherche souvent la petite bête, mais rarement la bagarre.

Dans la tribu des guêpes sociales, voici Goliath. Quand le frelon européen cherche souvent la petite bête, mais rarement la bagarre.

Soirée chaude et lourde. Fenêtres ouvertes et lampe de chevet allumée. Immersion dans un bon polar avant le dodo… Tout à coup, une créature volante entre dans la chambre avec vacarme. La bête énorme fonce sur la source de lumière et percute l’ampoule à plusieurs reprises avec la maladresse d’un hanneton. Va-t-elle carrément finir sur l’oreiller ?

Dans pareille situation, l’indulgence est rarement de mise et beaucoup de frelons finissent écrasés sous la couverture rigide d’un best-seller. C’est que notre guêpe géante est la seule parmi ses cousines sociales à vivre aussi la nuit. Et comme beaucoup d’insectes noctambules, le frelon européen est attiré, ou plutôt perturbé, par toute source lumineuse artificielle. La fin de l’été correspond à l’activité maximale des ouvrières et ces bolides corpulents peuvent se retrouver en grand nombre autour d’une ampoule ou contre une baie vitrée. La meilleure solution est de plonger la pièce dans l’obscurité et d’attendre – parfois jusqu’à l’aube – que les frelons mettent les voiles.

Malgré sa taille, le cul-jaune, ou talène, comme on l’appelle parfois, n’est pas du tout agressif. La cohabitation avec un nid proche au jardin peut tout à fait se passer sans incident. Ce gros insecte, qui a donné son nom a un robuste hélicoptère de combat de l’armée française, est un chasseur efficace. Pour nourrir les larves de leur colonie, les ouvrières patrouillent dans les lieux fleuris à la recherche d’abeilles, araignées, sauterelles, libellules et même d’autres guêpes. Quel spectacle de voir zigzaguer cette terreur des plates-bandes parmi les plantes aromatiques.

Pour leur propre consommation, ces grandes chasseresses sont végétariennes. Elles recherchent le nectar ou le sucre des fruits bien mûrs. Et quand une colonie jette son dévolu sur un généreux prunier, Vespa crabro ne se fait à nouveau pas que des amis…

Que de la gueule

Se déguiser en méchant alors qu’on ne ferait pas de mal à une mouche, c’est la ruse de certains insectes pour survivre. On appelle ça le mimétisme batésien, du nom du naturaliste anglais du XIXe siècle Henry W. Bates qui a mis ce phénomène en lumière. Les guêpes et autres frelons ont inspiré bien des faussaires à six pattes avec leurs couleurs dites aposématiques, c’est-à-dire vives et synonymes de danger.

Buzz venu d’Asie

Nid de frelons asiatiques
© Hans Verburg / Alamy

Lorsqu’on tape frelon dans un moteur de recherche, c’est le cousin asiatique qui se taille la part du lion dans les résultats : fiche d’identification, cartes de progression, témoignages et faits divers… L’exotique Vespa velutina fait couler beaucoup d’encre. En France continentale, un nid de frelons asiatiques est signalé pour la première fois en 2004 dans le Lot-et-Garonne. Au printemps 2021, seul le Haut-Rhin et la Corse échappaient encore à cette invasion sur la carte officielle du Muséum d’histoire naturelle de Paris. En Suisse, l’insecte redouté a fait son apparition officielle en 2017 dans le canton du Jura. Un premier nid a été détruit à Genève le 22 septembre 2020 après que des minuscules émetteurs radio de 0,3 g ont été posés sur des ouvrières pour localiser précisément la colonie.

Fausses querelles

Frelons européens qui se battent
© Jacques Hausser

En début d’automne, il n’est pas rare de voir circuler sur les réseaux sociaux d’amateurs de nature des photos de combats de frelons. Ces prises de bec sont en fait le plus souvent des échanges de nourriture entre ouvrières en période de disette ou pour répartir la charge entre deux individus. Ou alors une façon pour les ouvrières de nourrir les futures reines avec des aliments protéiques issus de proies réduites en bouillie. Le tube digestif des frelons adultes est en effet trop étroit pour avaler des morceaux d’insectes. Ce partage appelé trophallaxie est bien connu chez les fourmis.

Apprenez-en plus sur le 1er nid de frelons asiatiques repéré et détruit en Suisse.

Et du côté français.

Découvrez ce reportage riche et complet sur le frelon européen.

Cet article fait partie du dossier

Mille et une guêpes

Couverture de La Salamandre n°265

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 265  Août-septembre 2021, article initialement paru sous le titre "Un vrombissement dans la nuit"
Catégorie

Sciences

Vos commentaires

Réagir

Pour commenter sans créer de compte, il vous suffit de cliquer dans la case « nom » puis de cocher la case « je préfère publier en tant qu’invité ».

Ces produits pourraient vous intéresser

Un tour de roue

19.00 €

Le faucon de l’espoir

34.00 €

La forêt hyperconnectée

19.90 €

Histoires surnaturelles. Alliances, ruses et stratagèmes entre plantes et insectes

39.00 €

Découvrir tous nos produits

Poursuivez votre découverte

La Salamandre, c’est des revues pour toute la famille

Découvrir la revue

Plongez au coeur d'une nature insolite près de chez vous

8-12
ans
Découvrir le magazine

Donnez envie aux enfants d'explorer et de protéger la nature

4-7
ans
Découvrir le magazine

Faites découvrir aux petits la nature de manière ludique

Nos images sont protégées par un copyright,
merci de ne pas les utiliser sans l'accord de l'auteur