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Le code secret du cachalot

En Méditerranée, un dispositif protège les cachalots des bateaux

Les cachalots n’ont pas de prédateurs en Méditerranée, mais la perturbation sonore et les collisions avec les navires sont une sérieuse menace. On peut l’éviter.

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© StockStudio / Alamy

Comment des géants capables d’occuper des kilomètres cubes de volume marin et d’atteindre des profondeurs remarquables peuvent-ils voir leur survie remise en question par des bateaux ? Principalement par deux types de risques.

Tout d’abord, le cachalot est un mammifère qui doit respirer en surface quelques minutes par heure. Dans un couloir maritime aussi emprunté que la Méditerranée, ce risque n’est pas plus négligeable que pour un chevreuil amené à traverser une route circulante dans une immense forêt. Mais, contrairement au cervidé, le cachalot est en haut de la chaîne alimentaire et mise sur sa longévité plutôt que sur la reproduction. Il n’est donc pas censé mourir fortuitement. Pour limiter ce risque, le dispositif Repcet a été mis en place.

Lire aussi : au XIXe siècle, la guerre oubliée des cachalots contre l’Homme

Ensuite, le quotidien du cétacé prédateur est guidé par deux activités vitales : chasser pour se nourrir et communiquer avec ses congénères. L’animal doit donc être en mesure d’écouter son environnement de manière optimale. Or, la pollution sonore ponctuelle tout comme le bruit de fond engendré par le flux incessant de navires rendent partiellement sourds les cachalots. « Jusqu’à maintenant, on considérait un seuil de perturbation sonore à partir du moment où celle-ci était douloureuse ou assourdissante pour le cachalot. Il faut désormais prendre en compte l’impact sur le comportement des animaux », selon Hervé Glotin, bioacousticien au CNRS et à l’Université de Toulon.

Anticollision : Première cause de mortalité non naturelle des grands cétacés, les collisions expliquent 16 à 20 % des découvertes de baleines mortes en Méditerranée ( 1972-2001 ). Le grand rorqual serait concerné par 8 à 40 collisions mortelles par an dans cette mer. Le dispositif Repcet a été développé pour permettre un signalement par les navires eux-mêmes des cétacés observés sur les voies maritimes. Participatif et basé sur une transmission par satellite, le logiciel permet aux navires équipés d’être vigilants tout en constituant une base de données précieuse.

© Jean-Philippe Paul

Selon le chercheur, brouiller les capacités auditives du cétacé pourrait diminuer de moitié la distance à partir de laquelle il détecte correctement une proie ou communique clairement avec un congénère – par exemple 200 m au lieu de 400 m. En trois dimensions, cela revient à diviser par huit le volume d’eau qu’il peut prospecter efficacement en un temps donné. Donc, restreindre d’autant ses chances de captures et in fine de survie. « C’est comme rendre à moitié aveugle une meute de loups », illustre efficacement le scientifique.

Lire aussi : en France, des croisières respectueuses pour observer les cachalots

Pour remédier à cela, des bouées équipées de détec­teurs et enregistreurs très sophistiqués sont réparties entre Marseille, Nice et Monaco. Elles détectent la présence, la mobilité et les directions des cachalots et des rorquals dans un rayon de 10 km, y compris – et c’est tout l’intérêt – en profondeur. Les scientifiques ont pour objectif de signaler le plus rapidement possible la fréquentation d’une zone par les gros cétacés. « Si c’est rapide et peu sûr, ou certain, mais trop tardif, cela ne fonctionne pas », explique Hervé Glotin. Mais signaler à qui ? Au réseau Repcet anticollision, afin que les autorités et les navires soient prévenus immédiatement. Détourner la trajectoire des bateaux est compliqué et illusoire. Le principe consiste principalement à les faire ralentir, ce qui diminue le bruit et le risque d’accident.

25 % : Part du trafic maritime global transitant par la Méditerranée. La plus grande mer semi-fermée de la planète voit entrer 100 000 bateaux par an à Gibraltar et accueille 10 % des croisières mondiales.

Couverture de La Salamandre n°295

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 295  Août - Septembre 2026, article initialement paru sous le titre "Circulation alternée"
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