Chaque cachalot a son propre répertoire : une chercheuse explique sa découverte
Pascale Giraude, enseignante à l’Université de Toulon (Var) et chercheuse en bioacoustique, explique ses recherches actuelles sur le cachalot.
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Pourquoi, en tant qu’acousticienne, vous intéressez-vous particulièrement au cachalot ?
Parce qu’il est très bavard, il émet des clics d’écholocation et de communication qui portent loin, quasi en permanence. J’étudie particulièrement les séries de clics émis à intervalle irrégulier : les codas. Elles représentent un mode de communication propre à l’espèce et même à un groupe.
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Les cachalots de Méditerranée auraient un langage différent de ceux de l’océan Indien par exemple ?
Tout à fait. On connaît encore mal ceux de Méditerranée, car ils sont nomades et difficiles à suivre. Mais on sait que leurs codas comportent quatre clics : trois proches et un quelque peu décalé . Pour ma part, je travaille sur les sons de l’île Maurice fournis par l’association Longitude 181 depuis 2013 et qui expriment en moyenne huit clics constitués de 2 rapprochés suivis de six plus espacés .
Que peuvent nous apprendre ces lointains cachalots ?
François Sarano et les chercheurs impliqués là-bas remarquent que le clan serait en train de se diviser en deux groupes. Les observations de terrain sont corroborées par l’étude des codas : nous constatons que ces sons se singularisent en deux sous-groupes : celui d’Irène gueule tordue et celui de Vanessa. Ils utilisent encore les mêmes formes générales, mais vont se spécialiser sur un type plutôt qu’un autre.
Chaque individu a-t-il un répertoire à lui ?
Oui ! Nous sommes en train de le démontrer, et c’est une découverte que je m’apprête à publier. Je travaille notamment sur trois adultes : Vanessa, Caroline et Delphine. Pour les identifier et savoir qui émet quelle coda, on utilise l’IPI. Caroline a par exemple un IPI de 3,38 millisecondes et on constate qu’elle est quasiment la seule à émettre tel type parmi le répertoire de sept formes de codas que l’on a recensées. De la même manière, on identifie les codas préférées par chaque animal.
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L’intervalle interpulse (IPI) est le temps mis par le son pour faire l’aller-retour dans la tête du cachalot. Cette durée proportionnelle au trajet parcouru renseigne donc sur la taille du cachalot. Les mâles étant plus grands, on sait qu’un IPI mesuré au-delà de 4 ms est indubitablement l’œuvre d’un mâle adulte. Entre 3 et 4 ms, en revanche, il s’agira soit d’un mâle subadulte, soit d’une femelle adulte. En deçà, l’IPI indique un cachalot plus jeune. Mesuré avec grande précision, il peut permettre de reconnaître un individu.
Qu’espérez-vous découvrir prochainement ?
Chaque individu de ce clan est connu grâce aux détails de sa morphologie, comme des marques sur la peau. Les liens de parenté entre femelles et jeunes sont identifiés. Des vidéos simultanées aux enregistrements permettraient d’associer une coda à un comportement particulier de tel ou tel animal. On se demande aussi si une coda est une signature du cachalot qui l’émet ou peut être celle du cachalot interpellé – comme quand on appelle quelqu’un, on dit son prénom. On sait qu’ils émettent souvent lors de contacts physiques. Dès qu’on aura un répertoire individuel fourni, on espère détailler la nature de ces dialogues.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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