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Le code secret du cachalot
Au XIXe siècle, la guerre oubliée des cachalots contre l’Homme
Au XIXe siècle, les cachalots ont été victimes d’une chasse intensive pour leur huile. Mais, grâce à leur langage développé, leur pêche s’est vite révélée difficile.
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Dans les océans, les grands cachalots ont un prédateur : les orques. Les épaulards chassent en effet les baleineaux lorsqu’une occasion se présente. Pour défendre leurs jeunes, les pods ( clans ) de cachalots ont une parade : se regrouper en cercle à la surface avec les juvéniles au milieu. Mais si elle fonctionne contre les baleines tueuses, cette tactique était en revanche très contre-productive face aux baleiniers, qui ont commencé à écumer les mers au XVIIIe siècle pour extraire l’huile des cétacés pour les lampadaires et les machines de la Révolution industrielle.
À l’époque, les navires de haute mer étaient uniquement des voiliers. Et pour approcher et chasser les immenses animaux, les baleiniers quittaient le vaisseau principal à la barque avant de lancer leurs harpons une fois à portée de tir. La cible était facile : d’énormes animaux groupés en surface et quasiment immobiles.
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Mais les baleiniers ont vite déchanté. Le grand spécialiste de la chasse au cachalot, le chercheur canadien Hal Whitehead, a étudié des milliers de carnets de bord de baleiniers américains dans le Pacifique Nord au XIXe siècle – les archives de l’époque étaient particulièrement riches et bien conservées aux États-Unis. Et ce qu’il a trouvé en consultant ces 77 749 récits de navigation numérisés – dont 2 405 voyages lors desquels des cachalots ont été aperçus – est assez extraordinaire. En moyenne, 2,4 années après le premier tir réussi contre un grand cachalot dans une région, le taux de réussite du harponnage diminuait de 58 % dans un périmètre de 1 000 km. Une baisse qui se maintient ensuite sur le long terme. Comment l’expliquer ?
Le légendaire cachalot blanc
En passant à la moulinette différentes hypothèses pour coller aux données récoltées, Hal Whitehead et son équipe ont déterminé que la raison de cette chute rapide du taux de succès du harponnage était la communication entre les pods de cachalots, qui échangeaient entre eux leur expérience de rencontres avec les baleiniers.
« Les baleiniers eux-mêmes décrivent les méthodes défensives adoptées par les mammifères : communiquer à propos du danger dans leur pod, fuir – spécialement contre le sens du vent – ou attaquer les embarcations. Des plongées en profondeur auraient également été efficaces. Mais le changement le plus rapide observé est que les cachalots cessent d’utiliser leur comportement défensif caractéristique utilisé contre leur plus sérieux prédateur, Orcinus orca », écrit Hal Whitehead dans Biology Letters.
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Cette résilience des cachalots face aux baleiniers est vite devenue légendaire au cours du XIXe siècle, forgeant le héros de Moby Dick – un grand cachalot blanc. Dans son livre L’incroyable victoire des cachalots ( éditions de l’Onde, 2020 ), Alain Sennepin évoque même une « première guerre du Pacifique », qu’il situe de 1820 à 1862, pendant laquelle les cachalots traqués coulèrent de nombreuses embarcations. « Les cas explosent dans la deuxième moitié des années 1830 dans le Pacifique, et s’étendent à l’Atlantique à partir des années 1840 », précise-t-il. En 1836, par exemple, le Lydia et l’Arabella sont envoyés par le fond. « Dans le second cas, le navire est brisé en deux et le vainqueur nage ostensiblement au milieu des pièces de bois, sans toucher à l’équipage qui se débat dans l’eau. »
Sauvés par le kérosène
Sans un apprentissage social entre pods pour apprendre à déjouer la chasse des baleiniers, la population de cachalots aurait chuté bien plus drastiquement, juge Alain Sennepin. « Par rapport à d’autres populations de baleines visées elles aussi par les pêcheurs, les effectifs de cachalots ont bien moins baissé », estime l’auteur, qui a nourri son livre avec les archives et les dernières études scientifiques.
Physeter macrocephalus n’est cependant pas sorti indemne de cette chasse intensive. Selon les estimations, entre 200 000 et 300 000 individus ont été tués au cours du XIXe siècle à travers le globe. C’est la découverte du médecin chimiste canadien, Abraham Gesner, en 1853, qui offre un répit aux cétacés avec l’invention du kérosène : ce carburant issu du charbon puis du pétrole remplace très vite l’huile de baleine pour l’éclairage public. Le déclin des baleiniers semble alors inéluctable, jusqu’à l’irruption de la Seconde Guerre mondiale.
Une relance de la chasse au milieu du XXe siècle
L’irruption de la Seconde Guerre mondiale relance l’intérêt pour la chasse au cachalot, qui avait décliné à un très bas niveau dans la première moitié du XXe siècle. La nitroglycérine contient un ingrédient tiré du cétacé : le spermaceti. Cette cire liquide extraite de la tête des cachalots est un stabilisant pour le puissant explosif. Puis, on trouve à cette cire des débouchés pour les cosmétiques. Avec les harpons mécaniques, le rythme de la chasse est bien plus soutenu qu’au XIXe siècle : plus de 770 000 spécimens sont tués entre 1946 et 1980, au point de mener l’espèce au bord de l’extinction. La Commission baleinière internationale en interdit finalement la chasse commerciale en 1982.
Le saviez-vous ?
40 : À l’époque de sa chasse, un grand mâle cachalot pouvait fournir jusqu’à 6 000 l d’huile, soit 40 barils. En 1856, le prix de l’huile était de 1,77 dollar le gallon.
1,95 : Une étude parue dans Nature estime a posteriori la population de cachalots à 1,95 million d’individus en 1710, avant l’impact de la chasse. En 2022, l’effectif mondial est remonté à 845 000 individus.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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