Bec-croisé des sapins, le perroquet de nos montagnes
Plumes exotiques, mandibules croisées, poussins en plein hiver…Comment le bec-croisé des sapins trouve-t-il à manger pour sa nichée ?
Abonnés
Il neige sur la forêt de montagne. Les deux becs-croisés ne passent pas inaperçus dans cette ambiance immaculée. Le mâle au plumage brique et la femelle vert-jaune s’activent parmi les branches d’épicéa, faisant valser les flocons. On dirait des perroquets avec leurs couleurs vives et cette façon de s’accrocher tête en bas sur les rameaux. Droites à la naissance, les mandibules ne se croisent qu’un mois plus tard pour donner à l’oiseau une allure unique. Ce bec, il l’insère fermé entre les écailles d’un cône puis l’ouvre par effet de levier pour les écarter et en extraire la graine avec sa langue. Cela fait de lui, avec les écureuils et les pics, l’un des rares animaux capables de se nourrir des graines de résineux lorsque les cônes sont encore fermés.
S’il n’est pas posé en évidence sur la cime d’un conifère, vous l’observerez peut-être au sol en train d’ingérer des grains de sable ou de petits cailloux. Stockés dans son gosier, ils facilitent le broyage des graines et fournissent le calcaire nécessaire au développement de la coquille des œufs. En hiver, le bec-croisé peut profiter du salage des routes d’altitude pour faire le plein de sels minéraux. Sur les murs de bâtiments, il grignote aussi du salpêtre, qui servirait à débarrasser son bec de la résine. Les graines dont il se nourrit sont riches en huile et donnent soif, il boit donc régulièrement pour se désaltérer et peut manger de la neige. Car le bec-croisé des sapins ne craint pas le froid. Sédentaire, il est capable de nicher toute l’année, avec un pic de reproduction entre décembre et mai. Pratique, les cônes d’épicéas pendent et sont donc accessibles même si les arbres sont couverts de neige ! Les individus de Scandinavie ou de Sibérie migrent, l’intensité de leur exode dépend de la fructification des épicéas.
Au sud du continent, on observe une spécialisation sur différents conifères. La taille et la structure du bec varient d’une population à l’autre selon les arbres nourriciers. Même les cris diffèrent entre les bandes de becs-croisés qui se focalisent sur l’épicéa et ceux qui s’alimentent sur le pin sylvestre, d’Alep ou à crochets. Chez ces oiseaux, les accents ne sont donc pas régionaux, mais liés à l’alimentation. Les ornithologues expérimentés peuvent ainsi connaître le régime d’un oiseau juste en l’entendant chanter !
90 000
Nombre de graines d’épicéas nécessaires pour nourrir une couvée jusqu’à son envol. Elles sont transformées en bouillie par les adultes pour être facilement assimilées par les poussins.
3
Maximum de couvées annuelles pour le bec-croisé. C’est l’abondance de la nourriture disponible qui détermine le nombre de nichées. La plupart du temps, c’est une ou deux.
54 %
Proportion de becs-croisés gauchers, avec la mandibule supérieure croisée à gauche.
Pas de prise de bec
Dans les Galápagos, Charles Darwin a étudié la manière dont le bec des oiseaux s’adapte en fonction de la ressource alimentaire. Ainsi, une quinzaine d’espèces de thraupidés, appelés pinsons de Darwin, cohabitent sur des îles de l’archipel sans entrer en concurrence grâce à une grande diversité de taille et de forme des becs. Les mandibules les plus fines atteignent la chair des cactus, tandis que les plus robustes cassent des graines. Un célèbre exemple de sélection naturelle.
Croisés malgré eux
Chez certains oiseaux, une mystérieuse malformation provoque un développement chaotique des mandibules qui s’allongent et se croisent. Le trouble de la kératine aviaire complique le nourrissage, le lissage des plumes ou la construction du nid. Frappant notamment les mésanges, il peut conduire à la mort. Le phénomène, qui s’amplifie en Amérique du Nord, pourrait être provoqué par un virus.
Apprenez-en plus sur le bec-croisé et d'autres volatiles dans notre livre de référence Le comportement des oiseaux d'Europe.
Un ouvrage unique et le plus complet à ce jour, pour tous les amoureux des oiseaux. 576 pages pour découvrir les techniques de vol, les stratégies de chasse, les parades nuptiales et autres comportements de 427 espèces. Magnifiquement illustré avec plus de 1800 dessins.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
Catégorie
Ces produits pourraient vous intéresser
Poursuivez votre découverte
Haut-Jura, pour un équilibre entre fréquentation et quiétude dans la nature
Vaste écrin de forêts, le Haut-Jura est de plus en plus convoité pour les activités de plein air. Rendez-vous près du col de la Faucille, où la cohabitation entre tourisme et biodiversité pose question.
Nos 3 revues
Salamandre Junior (8 - 12 ans)
Donnez envie aux enfants d'explorer et de protéger la nature
Découvrir le magazinePetite Salamandre (4 - 7 ans)
Faites découvrir aux petits la nature de manière ludique
Découvrir le magazineLa Salamandre est un éditeur indépendant et sans but lucratif entièrement dédié à une cause essentielle : faire aimer la nature. Partez à la rencontre d'animaux petits et grands ou de plantes incroyables qui vivent tout près de chez vous.