De quoi la vipère se nourrit-elle et comment chasse-t-elle ?
Vipère aspic avalant un lézard des murailles. / © Andreas Meyer

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Vipère, la pacifique

De quoi la vipère se nourrit-elle et comment chasse-t-elle ?

« Cinq mulots et musaraignes par an », tel pourrait être le slogan santé de la vipère aspic. Technique de chasse et menu détaillé d'un prédateur sobre et économe.

Auteur

Jean-Philippe Paul



« Cinq mulots et musaraignes par an », tel pourrait être le slogan santé de la vipère aspic. Technique de chasse et menu détaillé d'un prédateur sobre et économe.

Régime drastique

L’hyperactivité ne fait pas partie du dico des serpents. Et pour cause, toute dépense d’énergie menace leur survie d’animal à température variable, c’est-à-dire ectotherme. Cela ne signifie pas cependant que la vipère, a le sang froid. Mais juste qu’elle est incapable de produire elle-même la chaleur de son corps. Son secret ? Un mode de vie ultra-écolo basé sur une sédentarité exemplaire, un recours à la seule énergie solaire et un régime drastique. Inspirant, non ?

Côté diététique, l’aspic est passée maîtresse en sobriété. Comment ça, ce n’est pas un monstre sanguinaire ? Raison principale de cette abstinence forcée, sa digestion ne peut avoir lieu que par une température extérieure supérieure à 15 °C. Partant de ce constat, l’hivernage est déjà un exploit. D’octobre à mars, c’est jeûne absolu ! Réfugiée dans un terrier ou au fond d’une cavité, la vipère coupe le moteur et passe en mode zéro conso, sans puiser dans ses réserves. Contrairement à un mammifère, son premier réflexe au réveil n’est pas de se précipiter sur un bon repas. Loin de là.

Cinq mulots et musaraignes par an

Opération ventre vide, voilà le sort du mâle au début du printemps. Pour lui, pas question de casse-croûte avant d’avoir joué au don Juan et de s’être accouplé. Impensable ! C’est seulement en mai que Monsieur aspic se rappelle qu’il a un estomac. L’été sera l’occasion d’avaler une poignée de mulots et autres micromammifères. Parfois, dès fin septembre, l’activité digestive risque d’être interrompue par la fraîcheur extérieure. Hiberner avec une proie qui fermente dans l’estomac serait fatal. Déjà la fermeture de la chasse pour le reptile prédateur ?

La vie des femelles non reproductrices et des jeunes n’est guère plus orgiaque, même s’ils s’autorisent à s’alimenter plus tôt en saison. En revanche, pour une vipère mère, c’est l’enfer : un apéro dînatoire en avril-mai, un dessert fin septembre… et c’est tout !

Drame en 5 actes

Dans la microjungle de la haie ou dans un labyrinthe de pierres, la vipère accomplit son œuvre prédatrice patiemment et sans éclat.

Chargement

1 : Repérer

2 : Mordre

3 : Retrouver

4 : Avaler

5 : Digérer

Radiographie d'une vipère aspic ayant avalé un campagnol.

Repérer

A l’affût ou lors d’une lente maraude, c’est surtout à vue que la vipère débusque sa proie. Le ventre du prédateur améliore la détection en captant les vibrations du sol.

Mordre

Dans une action vive, l’ouverture de la gueule et sa projection vers la proie permettent aux crochets de se dresser entre les mâchoires. Le venin, cocktail d’enzymes et de protéines, est injecté à la manière d’une double seringue.

Retrouver

La proie peut être maintenue le temps que le venin fasse effet. Si elle est relâchée, la vipère part à sa recherche quelques minutes plus tard grâce à sa langue, véritable radar sensoriel détecteur d’odeurs. En sortant et entrant dans la bouche, la langue informe chimiquement l’organe de Jacobson via le palais.

Avaler

La vipère ingurgite sa victime entière, vivante ou morte, généralement par la tête pour faciliter le glissement des poils ou des écailles. Grâce à la mobilité des os du crâne et à l’indépendance des mandibules inférieures, la tête du serpent s’adapte au volume de sa proie.

Digérer

Plus il fait chaud, plus la digestion est rapide : 10,5 jours par 15 °C contre seulement 2,4 jours par 35 °C. Dans la nature, il faut d’ordinaire une semaine à la vipère pour digérer une proie entièrement, sans régurgiter aucune pelote.

Au menu de la vipère

  • Rongeurs avant tout : Les petits mammifères comme les campagnols, les mulots et les souris tiennent la vedette dans le menu
  • En option : Lorsque les rongeurs se font rares, les musaraignes et autres crocidures peuvent compter pour trois quarts des proies.
  • Menu enfant : Pour la jeune aspic, le lézard des murailles est un mets de choix qui représente souvent sa proie exclusive. Commun dans l’habitat du serpent, le petit reptile à forme allongée est facile à ingérer.

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Article initialement publié dans la revue Salamandre sous le titre "Diète éthique !"

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Vipère, la pacifique

Couverture de La Salamandre n°252

Cet article est extrait de la Salamandre

n° 252  Juin - Jullet 2019
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