Cet article fait partie du dossier

Le sexe des plantes

Quand le pollen est transporté par le vent

Le vent peut faire l'affaire pour la fécondation de quelques plantes. Démonstration.

Abonnés
Chatons de noisetier (Corylus avellana) / © Gilbert Hayoz

La grande innovation des plantes à fleurs est d'avoir recouru aux insectes – et parfois sous les tropiques aux oiseaux ou aux mammifères – pour disperser leur pollen. Le végétal, incapable de se déplacer, a trouvé des convoyeurs efficaces. Pourtant, certains de ces végétaux s'en remettent au vent pour faire voyager leurs gamètes. Chez les arbres, c'est le cas du noisetier, du bouleau ou du peuplier. Chez les plantes herbacées, celui des massettes, des plantains ou des graminées. Le vent est extrêmement compétitif pour féconder des espèces sociales où de nombreux individus peuplent de larges surfaces.
Le pollen de ces plantes est dépourvu de l'enduit visqueux des espèces entomophiles. Au contraire, il est sec, petit et léger. Cela rend possibles des relations sexuelles longue distance, par exemple entre des arbres éloignés de plusieurs dizaines voire centaines de kilomètres.

Sourdes aux bestioles...

Ces plantes anémophiles ne se soucient guère de séduire les insectes. Leurs fleurs n'ont que faire de livrées criardes. Elles sont souvent petites et modestement pigmentées. Nul besoin d'atours lorsque l'on possède d'autres atouts. L'un d'entre eux est la générosité, à savoir des quantités monumentales de pollen aléatoirement dispersées aux quatre vents. Le gaspillage est énorme, mais cette méthode a l'air de fonctionner puisqu'elle est adoptée par 20% des plantes à fleurs européennes. La nature ne s'embarrasse pas de savoir s'il est plus évolué de recourir aux insectes ou d'en revenir au vent. Tant que ça marche...

... Mais folles d'Eole

Si l'anémophilie est l'apanage des plantes anciennes comme les conifères, chez les plantes à fleurs, le vent est apparu bien après les insectes comme instrument de pollinisation. Pour preuve, le cas de l'ortie. Sa fleur produit du nectar et un parfum agréable. A première vue, elle, et probablement ses ancêtres, cherchait à enjôler les insectes. Pourtant, l'ortie compte bel et bien aujourd'hui principalement sur Eole.
L'utilisation du vent oriente l'anatomie vers l'abandon des pétales et des nectaires, ces glandes productrices de nectar. En revanche, les fleurs mâles ont tendance à se regrouper en chatons longilignes et pendants qui offrent une prise maximale au vent. Et au lieu de se cacher dans la corolle, les étamines des graminées possèdent de longs filets que la moindre brise agite à son gré.
Quant aux organes femelles, ils déploient des structures spécialisées pour attraper ce pollen fugace. Voilà pourquoi les exubérants stigmates rouges du noisetier et de la pimprenelle tendent des bras chevelus vers les prétendants qui passent. Un look hirsute séduisant ? En matière de sexe comme en botanique, il semble bien que tous les goûts soient dans la nature.

Retrouvez les autres stratégies intimes et parfois cocasses des fleurs

1 - Prôner le chambre à part

2 - Privilégier les rencontres exotiques aux arrangements personnels

3 - Recourir à un entremetteur pour conquérir sa belle

5 - Subjuguer le complice pour le rendre esclave de nos jeux

6 - Revendiquer d'être satisfaite comme il se doit

Couverture de La Salamandre n°214

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 214  Février - Mars 2013, article initialement paru sous le titre "Transports amoureux"
Catégorie

Sciences

Ces produits pourraient vous intéresser

Une vie pour la nature

19.90 €

Agir pour la nature – Balcons et terrasses

19.90 €

Le grand livre de la nature

69.00 €

Les plantes sauvages

49.00 €

Découvrir tous nos produits

Poursuivez votre découverte

Dessin de la semaine
Dessin de la semaine
Abonnés

Fleurs jaunes et bavettes bleues

Voyez-vous ces étendards dans l'horizon vendéen jaune citron ? Ce sont des gorgebleues. Par Benoît Perrotin.

La Minute Nature
La Minute Nature

La fleur du Grand Nord

Rendez-vous dans l'endroit le plus froid de Suisse à la rencontre de la saxifrage dorée. Cette relique glaciaire ne survit plus que dans quelques endroits de Suisse et de France.

Photos
Photos
Abonnés

Les fleurs amoureuses

Le photographe Stéphane Hette et le botaniste Frédéric Hendoux plongent dans l’intimité de la sexualité des anémones et autres tulipes. Aperçu de leur tout nouvel ouvrage Les fleurs amoureuses.

Nos 3 revues

Revue Salamandre

Plongez au coeur d'une nature insolite près de chez vous

Découvrir la revue
8-12
ans

Salamandre Junior (8 - 12 ans)

Donnez envie aux enfants d'explorer et de protéger la nature

Découvrir le magazine
4-7
ans

Petite Salamandre (4 - 7 ans)

Faites découvrir aux petits la nature de manière ludique

Découvrir le magazine

La Salamandre est un éditeur indépendant et sans but lucratif entièrement dédié à une cause essentielle : faire aimer la nature. Partez à la rencontre d'animaux petits et grands ou de plantes incroyables qui vivent tout près de chez vous.

Salamandre newsletter
Nos images sont protégées par un copyright,
merci de ne pas les utiliser sans l'accord de l'auteur