La polygale faux-buis (Polygala chamaebuxus), une plante aux fleurs hermaphrodites contenant à la fois les organes mâles et les organes femelles. / © Gilbert Hayoz

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Le sexe des plantes

Tabous et manigances

Prôner le « chambre à part » pour éviter l'ennuyeux mariage avec soi-même.

Auteur

Fleur Daugey



Prôner le « chambre à part » pour éviter l'ennuyeux mariage avec soi-même.

Chez les animaux comme chez l'humain, l'inceste est évité à tout prix et non sans raison. Du côté des plantes, le mariage avec soi-même, ou autofécondation, paraît encore plus lourd de conséquences. Il annihile en effet tout l'intérêt de la sexualité qui permet des recombinaisons d'autant plus créatives que les deux géniteurs sont différents. Ainsi, la fleur potentiellement dotée de sexes mâle et femelle se retrouve face à un défi de taille pour éviter de produire des clones monotones.

Houblon (plante dioïque) / © Gilbert Hayoz

Séparation de corps

Première possibilité : certaines plan­tes font comme la plupart des animaux. Elles évitent cet écueil avec des individus uniquement mâles ou femelles. L'autofécondation est tout simplement impossible. C'est le cas de l'ortie, du houblon, du houx ou du compagnon blanc.

Ortie (plante dioïque) / © Gilbert Hayoz
Noisetier (plante monoïque) : fleur femelle (glomérule) / © Gilbert Hayoz

Deuxième solution pour limiter les risques : porter les deux sexes sur un même individu mais sur des fleurs distinctes. Beaucoup de graminées comme le maïs ou le blé, ou des arbres comme le noisetier ou le châtaignier ont adopté cette stratégie.

Pour éviter que du pollen d'une fleur mâle ne féconde accidentellement une fleur femelle du même individu, ces plantes ont dû développer des mécanismes subtils. Dans le cas du noisetier par exemple, la fleur femelle ne peut pas choisir la provenance du grain de pollen qui atterrit sur son stigmate. En revanche, elle évalue sa proximité génétique. Des mécanismes moléculaires empêchent leur appariement si cette parenté est trop forte... au profit d'un autre grain de pollen au charme exotique infiniment plus attrayant. Mais la ruse ne fonctionne pas à cent pour cent. Si le vent n'apporte aucun pollen d'un autre arbre, le noisetier pourra en dernière extrémité se débrouiller tout seul.

Noisetier (plante monoïque) : fleur mâle (chaton) / © Gilbert Hayoz
Géranium sanguin (fleur hermaphrodite) / © Gilbert Hayoz

Promiscuité calculée

Troisième cas de figure, de loin majoritaire, avec des fleurs qui rassemblent à la fois des organes mâles et femelles. On vit ainsi hermaphrodite, avec même une étroite contiguïté entre étamines et pistil. Et là, attention, danger ! Le risque de l'autofécondation est important. Pourquoi l'évolution aurait-elle alors favorisé ce type de fleur ?
La réponse est sans détour : par souci d'économie et de rentabilité. Réserver une plante entière au sexe masculin est extrêmement coûteux. Cela signifie qu'un pied sur deux ne produira aucun fruit. Au niveau des fleurs, c'est pareil. Il est dommage, en séparant les sexes, de priver la moitié d'entre elles d'une maturation prometteuse. A contrario, une population constituée d'individus entièrement mâles et femelles permet à chaque fleur de transmettre complètement la vie. Mais cela a nécessité le développement d'un véritable arsenal pour contourner dans tous les cas une appauvrissante autofécondation.

Hélianthème des Apennins (fleur hermaphrodite) / © Gilbert Hayoz

Toutefois, la nature déjoue toujours nos tentatives pour la cataloguer : on trouve dans de nombreux cas des plantes dont les individus peuvent être uniquement mâles, femelles ou hermaphrodites, ou sur le même pied des fleurs dans ces trois configurations.

Retrouvez les autres stratégies intimes et parfois cocasses des fleurs

2 - Privilégier les rencontres exotiques aux arrangements personnels

3 - Recourir à un entremetteur pour conquérir sa belle

4 - Souffler le vent du désir

5 - Subjuguer le complice pour le rendre esclave de nos jeux

6 - Revendiquer d'être satisfaite comme il se doit

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Le sexe des plantes

Couverture de La Salamandre n°214

Cet article est extrait de la Salamandre

n° 214  Février - Mars 2013
Catégorie

Biodiversité

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