A Montreux, ils protègent les vipères d’un chantier routier
Protéger la vipère c’est possible ! Sur la Riviera vaudoise, les abords de chemins de fer et d’autoroutes font l’objet d’expériences de sauvegardes exemplaires.
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Tout commence lors d’une expertise des risques de collision avec les mammifères sur l’autoroute A9, près de Montreux (VD). Ce jour d’été 2016, le biologiste Sylvain Dubey découvre une vipère aspic qui se chauffe au soleil au bord de la chaussée. Persuadé que cet individu ne doit pas être isolé, l’herpétologue investigue les alentours. Très vite, il s’aperçoit qu’entre Vevey et Villeneuve, les accotements de l’autoroute constituent un habitat de substitution pour une des dernières populations d’aspics hors des Alpes. « Cette vipère est en danger critique d’extinction sur le Plateau », précise-t-il en citant la Liste rouge des reptiles de Suisse.
Mauvaise nouvelle, des travaux de rénovation de l’axe routier sont en cours et menacent la population relictuelle du reptile qui était passé inaperçue lors des études préliminaires. Il y a urgence. Grâce à l’alerte de l’expert naturaliste, le chantier est interrompu le temps de trouver une solution.
Opération de sauvetage
Au printemps 2017, Sylvain Dubey et ses collègues s’engagent dans une incroyable opération de capture de vipères et autres serpents. L’objectif est de les garder en captivité pendant les travaux. Mieux, c’est aussi l’occasion d’aménager sur place des pierriers refuges. « Ces microbiotopes artificiels bien exposés sont paradoxalement les derniers habitats pour les vipères en plaine. Le dérangement et la prédation par les chats y sont moins importants qu’ailleurs », constate l’écologue.
Durant l’automne qui suit, les femelles gestantes captives mettent bas en terrarium puis entrent en hivernage avec la cinquantaine de vipéreaux. Au printemps 2018, la centaine de reptiles est relâchée en nature. Un moment fort ! Chaque individu est scrupuleusement replacé là où il a été prélevé. Sylvain Dubey souhaite que cette expérience soit riche d’enseignements : « Toutes les vipères ont été photographiées, car la disposition unique de leurs écailles sur la tête permet de les identifier individuellement. Idéal pour connaître leur survie après la réintroduction. »
Une expérience exemplaire
L’opération fait figure d’exemple. Non loin de là, une autre population de vipères bénéficie d’un coup de pouce tout à fait comparable lors de travaux sur les voies ferrées CFF, à Lutry, près de Lausanne. Environ 160 vipères ont ainsi réintégré leur milieu à la fin de l’été 2018.
Que pensent les riverains et les entrepreneurs de ces incroyables et coûteuses missions de sauvetage de serpents venimeux ? Sylvain Dubey passe-t-il pour un fou ? « Les mentalités évoluent. La vipère est strictement protégée, comme tous les serpents, et de plus en plus de gens prennent conscience du besoin de protéger la nature. » Pour autant, l’expert n’est pas dupe, il sait que ses animaux fétiches finissent encore trop souvent sous un coup de pelle ou au fond d’une bouteille d’eau-de-vie.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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