Le parvis de Notre-Dame aurait vu ses derniers moineaux vers 2017 alors qu’en 2013, une bande ...

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Le moineau, piaf, tout simplement

L’histoire du moineau domestique à Paris

Après les villages, le moineau a pris ses quartiers en ville, au point parfois de se faire une belle place dans la culture populaire.

Après les villages, le moineau a pris ses quartiers en ville, au point parfois de se faire une belle place dans la culture populaire.

« Cela a commencé tout naturellement, il y a vingt ans peut-être. Je traversais le jardin des Tuileries pour me rendre à mon bureau. J’avais pris l’habitude d’émietter du pain que je distribuais aux pierrots. J’ai fini, à force de m’intéresser à eux, par leur trouver des physionomies. Chacun me regardait à sa façon. Je différenciais leurs allures et il s’établit petit à petit entre nous une réelle intimité. » C’est avec ces mots que se confiait Henri Pol au journal Le Petit Parisien, le 17 juillet 1901. Ce charmeur de moineaux, comme il en existait plusieurs dans les quartiers de la capitale, se qualifiait plutôt de charmé. Il a exercé son art populaire durant près de quarante années, sous le regard de passants vêtus de chapeaux et de curieuses en grandes robes sombres.

Le moineau des squares est arrivé dans les grandes villes avec les chevaux, leur crottin abandonné sur la chaussée et les réserves d’avoine qui les accompagnaient. Puis, il a trouvé dans l’habitat urbain les cavités, les miettes et l’affection de la population.

Henri Pol, célèbre charmeur de moineaux du jardin des Tuileries, à Paris, dans les années 1900. / © cartes postales : rangizzz / stock.adobe.com 

A Paris, le moineau franc – tel qu’on l’appelait autrefois – a toujours été une icône de la culture populaire. De Jacques Prévert à Victor Hugo, ce pierrot est assimilé au peuple, face à l’oppression ou à la bourgeoisie. Vivant en bandes, on le compare aux troupes de gamins espiègles chahutant et piaillant sur les trottoirs.
Un siècle plus tard, Paname abrite toujours ses petits oiseaux effrontés. Mais beaucoup moins. Selon la Ligue pour la protection des oiseaux d’Ile-de-France, les trois quarts des piafs parisiens ont disparu depuis 2003, année du début de l’enquête menée par les bénévoles de l’association.

Les ornithologues sont formels : la gentrification, cette évolution sociale qui permet à une population aisée, taxée de bobo, d’investir des quartiers jusqu’alors populaires, expliquerait en grande partie le recul du moineau. Fini les petits marchés, les herbes folles entre les pavés, les cours peuplées de buissons rebelles et les murs qui s’effritent. Le crépi neuf, les parkings et la guerre contre la poussière ne sont pas vraiment du goût du pierrot. Ces observateurs d’oiseaux en conviennent, ici comme dans d’autres métropoles, les moineaux sont confrontés à d’autres risques comme la prédation par les chats ou la pollution.

La sensibilisation de la population et des professionnels de l’urbanisme est une forme de résistance possible contre le recul de l’oiseau parisien. Certains passionnés ont même espéré convaincre la ville de faire du piaf le symbole des Jeux olympiques de Paris 2024.

Malbouffe & Cie

© Laurent Geslin

Et si le moineau souffrait lui aussi de la vie moderne ? C’est ce que laissent supposer les résultats d’études comparatives entre le piaf des champs et celui des villes. En moyenne 15 % plus petit et nettement plus gras, le moineau urbain a un régime alimentaire déséquilibré qui manque cruellement d’insectes. Les jeunes auraient un plumage de moins bonne qualité et un taux de survie inférieur à celui de leurs cousins campagnards. Les chercheurs constatent également l’existence d’un stress oxydant chez les oiseaux citadins, source d’un vieillissement prématuré et de diverses maladies. Même s’il reste beaucoup d’éléments à préciser dans ce domaine, les moineaux du béton n’échapperaient pas non plus aux perturbations provoquées par la 5G ou la pollution sous toutes ses formes : chimique, lumineuse et sonore.

Icône parisienne à travers le monde, la môme Edith Piaf doit son illustre nom de scène au surnom du moineau ! Comme l’oiseau, la chanteuse était de petite taille et a grandi dans la rue.

© Laurent Geslin

A la campagne... électorale

Ou quand le moineau fait de la politique malgré lui. Lors des dernières élections municipales au printemps 2020, une candidate à la mairie de Paris a réuni son programme politique dans un livre intitulé Paris, les moineaux reviendront. Une façon de relier le destin des oiseaux qui disparaissent avec celui des classes populaires, tout en identifiant des ennemis communs comme la bétonisation et le capitalisme.

Découvrez comment le moineau vit dans notre livre de référence Le comportement des oiseaux d'Europe.

Un ouvrage unique et le plus complet à ce jour, pour tous les amoureux des oiseaux. 576 pages pour découvrir les techniques de vol, les stratégies de chasse, les parades nuptiales et autres comportements de 427 espèces. Magnifiquement illustré avec plus de 1800 dessins.

Article initialement publié dans la revue Salamandre sous le titre "Pierrot le Parigot"

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Le moineau, piaf, tout simplement

Couverture de La Salamandre n°259

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 259  Août-Septembre 2020
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