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Le moineau, piaf, tout simplement

Comment le moineau domestique est devenu invasif en Amérique

Importé de l’Ancien Monde il y a 170 ans, le moineau domestique est aujourd’hui devenu terriblement envahissant aux Etats-Unis.

Importé de l’Ancien Monde il y a 170 ans, le moineau domestique est aujourd’hui devenu terriblement envahissant aux Etats-Unis.

Qui était le Christophe Colomb des moineaux, le premier piaf européen à poser la patte sur le Nouveau Monde ? A l’automne 1850, un certain Nicholas Pike aurait acheté 16 oiseaux à Liverpool, au Royaume-Uni. Destination New York, après un voyage en bateau très coûteux, évalué à 200 $. Les huit couples de moineaux passent l’hiver en cage puis sont relâchés au printemps suivant, en 1851.

Ont-ils survécu ? Certains prétendent que non, d’autres pensent qu’ils n’ont simplement pas été revus. Une équipe de chercheurs de l’Université de Floride publie en 2010 les résultats d’une enquête sur l’histoire du premier house sparrow américain. Selon eux, les témoignages évoquant d’autres lâchers au début des années 1850 à New York ne sont pas fiables. Les 16 migrants débarqués à Brooklyn auraient donc bel et bien suffi à créer la première population américaine de moineau domestique !

L'histoire se répétera ici et là durant les décennies suivantes. Que ce soit pour recréer un environnement naturel de plantes et animaux familiers dans les jardins des colons européens ou pour lutter contre les pullulations d’insectes néfastes pour les arbres et l’agriculture. Ainsi, à la fin du XIXe siècle, la quasi-totalité des Etats-Unis est occupée par le très prolifique moineau des Anglais. En 1883, The Messenger, un journal de l’Etat de l’Indiana, publie le texte suivant : « Le petit moineau a été déclaré hors-la-loi par voie législative et il peut être tué à tout moment. Il a été importé d’Europe dans notre pays il y a quelques années comme destructeur d’insectes, mais il a été constaté qu’il n’est pas insectivore. De plus, il chasse tous nos passereaux. Qu’il soit éradiqué. »

A l'heure actuelle, 75 millions de couples de moineaux domestiques vivent dans la quasi-totalité des Etats américains et le volatile immigré n’a toujours pas bonne presse. Réputé agressif envers les oiseaux indigènes qu’il tue ou déloge de leurs cavités, il fait l’objet d’une lutte inlassable. De nombreux sites internet et associations proposent ainsi des solutions d’effarouchement ou de destruction dans le respect de la loi fédérale.

Ennemi public numéro un, l’audacieux piaf s’est fait embarquer dans une mondialisation débridée pour les marchandises, et sans pitié pour le vivant. Pourtant, c’est bien à cause de nous si le moineau domestique est aujourd’hui partout.

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La faute à Shakespeare ?

Le 6 mars 1890, Eugene Schieffelin, fabricant de produits pharmaceutiques à New York, se dirige vers Central Park avec 60 étourneaux sansonnets importés d’Europe. Son projet : introduire en Amérique du Nord chaque oiseau mentionné dans les œuvres de Shakespeare, auteur auquel il voue un véritable culte. Contrairement aux rossignols et alouettes exportés outre-Atlantique, l’étourneau connaît un succès fulgurant. A l'instar du moineau domestique, il est devenu abondant au point d’être considéré comme une espèce invasive à abattre.

© Rian Kushner / Alamy

Déjà menacée par le changement climatique, l’hirondelle bicolore est un oiseau cavicole américain qui souffre en plus de la compétition du moineau domestique introduit.

Sale temps sur Londres

Pendant que les Américains luttent contre le moineau British, les Anglais tentent de comprendre le mal qui touche ce même oiseau à Londres et dans les campagnes. Dans la capitale, 71 % des moineaux domestiques ont disparu depuis 1995. A tel point qu’en 2000, le journal The Independent a proposé £5000 au premier scientifique qui éluciderait les causes de cet effondrement. A ce jour, le prix n’a pas encore été gagné. La malaria aviaire fait partie des pistes actuellement pointées du doigt. Le parasite Plasmodium relictum, transmis par un moustique, serait présent chez les trois quarts des moineaux londoniens, soit nettement plus que chez les autres oiseaux sauvages en Europe du Nord. L’infection provoquerait une diminution de la survie des adultes et des jeunes, ainsi qu’une baisse du taux de croissance des oiseaux. Le changement climatique pourrait favoriser cette forme de paludisme.

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Le moineau, piaf, tout simplement

Couverture de La Salamandre n°259

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 259  Août-Septembre 2020
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Sciences

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