Le jeune coucou, un affamé nourri sans cesse par des parents plus petits
© OldŘich Mikulica

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Coucou, t’es où ?

Le jeune coucou, un affamé à nourrir sans cesse

En quelques jours, le poussin rosâtre du coucou devient un véritable géant. Sans pour autant que ses parents adoptifs n'arrêtent de le nourrir.

Auteur

Julien Perrot



En quelques jours, le poussin rosâtre du coucou devient un véritable géant. Sans pour autant que ses parents adoptifs n'arrêtent de le nourrir.

Le jeune coucou a toujours faim. Dès qu’il voit ses parents adoptifs, cet enfant unique ultra-exigeant ouvre grand son gosier orange vif en poussant des cris stridents. Peu à peu, en testant sur eux différents rythmes et tonalités, il reproduit sans le vouloir les appels de ses faux frères et sœurs qu’il n’a – et pour cause – guère connus.

Le jeune coucou, un affamé nourri sans cesse par des parents plus petits
Le bec grand ouvert du coucou paraît irrésistible. C’est pourtant une stimulation visuelle nettement inférieure à celle de quatre à six gosiers différents. Le jeune coucou compense avec des cris sonores et des mouvements d’ailes. / © OldŘich Mikulica

Ses cris, il les module pour donner l’illusion auditive d’une nichée tout entière. Après l’imitation visuelle de l’œuf, voici encore une supercherie, auditive cette fois. Extrêmement efficace, cette stimulation lui assure plus de ressources alimentaires que n’en recevrait une nichée normale de quatre à six poussins. Il est tellement irrésistible que d’autres oiseaux du voisinage peuvent lui apporter quelques becquées.

Le jeune coucou, un affamé nourri sans cesse par des parents plus petits
Pourquoi le jeune coucou tue-t-il tous les autres habitants du nid ? Pas seulement pour avoir assez à manger. Les jeunes passereaux s’envolent vers l’âge de 12 jours, bien avant lui. S’il y a d’autres petits, ses parents adoptifs risquent de l’abandonner à ce moment-là pour continuer à nourrir hors du nid leur progéniture rescapée.

Si bien ravitaillé, le jeune oiseau grandit à toute vitesse et dépasse bientôt largement en taille les malheureux accenteurs ou troglodytes qui s’épuisent à l’alimenter. Bientôt, on pourrait même craindre qu’il avale l’un d’eux. Etonnamment, autant une infime variation de coquille pourrait trahir le coucou, autant l’aspect monstrueux de ce Gargantua n’éveillera aucune méfiance.

En cas d’attaque, le jeune oiseau pique vigoureusement du bec et projette un liquide répulsif nauséabond. Si ses parents adoptifs alarment, il fait silence et se plaque au fond de la cuvette en ouvrant tout grand le bec. A 11 jours, il commence à se toiletter et à étirer les ailes. Finalement, au bout d’environ vingt-deux jours, le jeune quitte ce qui reste du nid, tout en continuant d’être nourri pendant deux semaines. Cette période est certainement la plus dangereuse de sa vie. Il est gros, bruyant et vole mal. Autrement dit, c’est une proie parfaite. Dès qu’il sort du nid, le charme est rompu. Ses parents adoptifs se mettent à le houspiller mais ils reprennent leurs nourrissages dès qu’il réclame en criant. On dirait que ces appels lui permettent d’émousser leur réflexe défensif et même de les contrôler à distance. S’il survit à cette étape périlleuse, le jeune coucou s’envolera dans le courant de l’été vers le sud. Il migrera seul jusqu’en Afrique tropicale sans personne pour lui montrer la route.

Le jeune coucou, un affamé nourri sans cesse par des parents plus petits
Très rarement, en croyant parasiter un nid de rougequeue noir, il arrive qu’une femelle coucou ponde son oeuf chez une hirondelle rustique. / © Jean-Marie Durand

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C’est l’accroissement phénoménal du poids du bébé coucou en vingt-deux jours, soit de 2 g à la naissance à 90 g à l’envol.

Découvrez la suite de notre dossier sur le coucou gris.

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Le coucou ne fait pas qu'annoncer le printemps. C'est un usurpateur qui dépose ses oeufs dans les nids d'autres oiseaux... Ce qui donne lieu à une incroyable course aux armements entre parasites et parasités. Une intrigue digne d'un film d'espionnage.

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Article initialement publié dans la revue Salamandre sous le titre "Et voici Gargantua"

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Couverture de La Salamandre n°251

Cet article est extrait de la Salamandre

n° 251  Avril - Mai 2019
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