© Justin Long / Alamy, photomontage jean-luc wisard

Cet article fait partie du dossier

Du réseau sous le chapeau des champignons

Le rôle des champignons décomposeurs dans la nature

Les polypores et autres champignons décomposeurs croquent les arbres morts. Un travail de l’ombre essentiel à la vie de la forêt.

Auteur

Christine Wuillemin



Les polypores et autres champignons décomposeurs croquent les arbres morts. Un travail de l’ombre essentiel à la vie de la forêt.

Vous êtes-vous déjà demandé ce que deviennent les feuilles mortes tombées au sol ? Et les souches, branches, écorces laissées par les bûcherons ? Comment se fait-il que la forêt ne finisse pas ensevelie sous ses déchets alors qu’il en tombe chaque année 5 à 10 t par hectare ? Eh bien, c’est en grande partie grâce aux indispensables champignons fossoyeurs, les saprophytes mangeurs de matières organiques mortes, dont le bois. A eux seuls, ils décomposent 90 % de la matière organique et libèrent du gaz carbonique nécessaire à la photosynthèse des plantes ainsi que les éléments nutritifs nécessaires à leur croissance.

En recyclant ces matériaux, les mycètes participent également au renouvellement, à la fertilité et à la bonne santé des sols forestiers. Comment ? Par exemple, en produisant des acides humiques qui confèrent à l’humus sa capacité à retenir l’eau et fixer les sels minéraux.

Quant à leurs hyphes gluantes, elles collent entre elles les particules de terreau et lui donnent une structure. Hormis les racines, ces travailleurs représenteraient 80 % des êtres vivant sous la terre et assureraient 90 % de sa respiration. Bon boulot les décomposeurs !

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Curriculum recherché

Mais on ne s’improvise pas croque-mort. Ces champignons-là ont un profil précis. Seuls les lignivores ou xylophages ont la carrure nécessaire pour venir à bout du bois, un matériel aussi riche en énergie qu’il est difficile à digérer. Pas étonnant cela dit, car pour tenir debout et s’élever si haut, un arbre doit être solide. Et quoi de mieux que la lignine, cette grande molécule qui empaquette la tendre et nutritive cellulose, pour obtenir un tronc rigide et imperméable ? Heureusement, les champignons décomposeurs sont dotés d’enzymes ultra-performantes pour attaquer cette lignine qui représente jusqu’à 40 % du poids du bois mort.

Ce processus ne s’effectue toutefois pas en un jour. Comptez quelques années pour voir disparaître une petite branche dans une hêtraie de basse altitude à l’humus actif, jusqu’à un siècle pour un tronc de mélèze en montagne.

Ouvriers ripoux

Sur le chantier de la décomposition fongique, plusieurs artisans spécialisés se côtoient. Les pourritures brunes ou cubiques, comme la mérule pleureuse ou le coniophore des caves, sont connues pour s’attaquer aussi aux charpentes. Ces champignons dégradent principalement la cellulose et mettent de côté la lignine, dont la couleur brune ressort alors. Ils laissent un bois léger et mou qui, en séchant, se fractionne en petits cubes.

En parallèle agissent les pourritures blanches : des pleurotes ou des polypores comme les tramètes ou l’amadouvier. Ils détruisent d’abord la lignine, libérant ainsi la cellulose dont ils se nourrissent. Il ne reste alors plus que des petits monticules de fibres blanches qui seront mangés par les collemboles, cloportes et autres bactéries.

3 questions à Marc-André Selosse

Mycologue et professeur au Muséum national d'histoire naturelle de Paris.

Les décomposeurs rendent-ils encore d’autres services aux arbres ?

En forêt, les jeunes arbres ont des branches partout alors qu’elles disparaissent bizarrement du tronc des adultes. C’est qu’à force d’être à l’ombre, les ramifications basses meurent, faute de lumière. Or, si ces branches mortes restaient accrochées aux ligneux, elles faciliteraient l’entrée de parasites. Heureusement, des champignons saprophytes procèdent à un élagage naturel qui favorise la cicatrisation de l’écorce autour du point d’ancrage des branches.

Pourtant, certains arbres gardent leurs branches basses dans les bois…

Il s’agit d’essences introduites, telles que le sapin de Douglas, originaire d’Amérique du Nord, ou l’épicéa, un montagnard souvent planté dans les forêts de plaine. Comme chaque arbre possède son élagueur spécialisé, aucun champignon local n’est capable de rendre ce service à une essence étrangère.

Les fossoyeurs agissent-ils pour le bien de la forêt de manière désintéressée ?

Non, leur logique est de trouver de la cellulose qui fournit, après digestion, les sucres essentiels à la croissance du mycélium et à la production de fructifications. D’ailleurs, la plupart des décomposeurs créent des fructifications pérennes et non annuelles, comme les champignons que nous avons l’habitude de consommer.

Article initialement publié dans la revue Salamandre sous le titre "Restauration système"

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Du réseau sous le chapeau des champignons

Couverture de La Salamandre n°254

Cet article est extrait de la Salamandre

n° 254  Octobre - Novembre 2019
Catégorie

Sciences

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