Soutenir les vignes avec des murs de pierre
Dans les Alpes valaisannes, sur les hauteurs de Sion, les vignes sont soutenues par de gigantesques murailles. Balade sur les terrasses, au soleil.
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Le soleil d’août cogne sur la pierre. Des cigales stridulent contre les troncs des figuiers et des amandiers plantés aux angles des terrasses. Sans parvenir à masquer le brouhaha de la ville située en contrebas. On se croirait en Provence, et pourtant nous sommes juste au-dessus de Sion, en Suisse, dans la première et haute vallée du Rhône.
Un chemin se faufile entre les murailles gigantesques des vignobles de Clavau. Ici les lézards sont rois et la vigne suzeraine… Son feuillage déborde des «parchets» et illumine les murs que les hommes lui ont bâtis.
Retenir le soleil
« Le bon Dieu a fait la pente, mais nous on a fait qu’elle serve », écrivait Ramuz. Les hectares de terrasses accrochées en gradins aux escarpements des coteaux valaisans sont là pour en témoigner.
A l’origine, les vignobles étaient destinés à une consommation familiale et locale. Dès l’arrivée du chemin de fer, en 1880, le vin fut exporté. Les vignerons ont redoublé d’ardeur pour rompre la pente. A Clavau, c’est à l’immense rocher surplombant le site qu’ils se sont attaqués en vue de le déliter. Le calcaire schisteux se prêtait particulièrement bien à ce genre d’exercice. Les plus grosses pierres ont servi d’assise aux murs, les plus petites les ont élevés. Les espaces entre les murs ont été comblés avec un peu de terre végétale et de la menue pierraille, appelée «brisé». Ses qualités thermiques favorisent aujourd’hui encore la croissance de la vigne et la maturation du raisin.
Partager la chaleur
Monocultures des versants arides, les vignobles seraient d’une terrible pauvreté écologique s’il n’y avait les murs de pierres sèches pour rompre leur monotonie. De nombreux insectes amateurs de chaleur trouvent refuge dans ces enceintes fortifiées. Côté plantes, on y rencontre quelques raretés botaniques comme le muflier oronce et l’éphédra. Ces végétaux parviennent à s’implanter dans le maigre substrat que le vent et l’érosion ont déposé entre les pierres.
Ce n’est pas tout : en prolongeant les steppes, les pinèdes et les affleurements rocheux épargnés par le vignoble, les murets offrent aux animaux un «réseau routier» extraordinaire.
Effet muraille
Certains murs du vignoble de Clavau atteignent 16 mètres de haut. De larges pierres plates imbriquées en escalier permettent de s’élever d’une terrasse à l‘autre.
C’est aux angles des escaliers, sur le haut des murs et à leur pied que les plantes s’installent le plus volontiers. Tels sont les seuls endroits où elles trouvent un substrat digne de ce nom !
Quant au bisse de Clavau, il court le long des murs en irriguant 200 hectares de vignoble. L’eau est captée dans la Sionne, via un tunnel percé dans la roche.
Le vin et la vie
« L’abus de pesticides n’est pas bon pour la santé. » Une nouvelle devise de vignerons ? En Suisse en tout cas, ils sont toujours plus nombreux à appliquer les principes de la production intégrée ou, mieux encore, biologique. Bandes herbeuses entre les lignes et herbes folles au pied des murs sont un spectacle courant. Résultats ? Les sols et la microfaune souffrent moins du sec et de l’érosion. Les insectes et les reptiles, plus nombreux, contribuent à contrôler les ravageurs des cultures, et donc à limiter le nombre des traitements.
Pour en savoir plus : vitiswiss.ch
Découvrez le témoignage d'Etienne Bétrisey, vigneron encaveur qui exploite ses vignes de manière respectueuse de l'environnement.
Retrouvez tous les articles du dossier : Des murs pour la vie.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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