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Vous avez dit lézard ?

Zoom sur les geckos de nos régions

Dans le halo d’un lampadaire, un gecko se tient immobile sur la façade, comme à l’affût. Quelle étrange bestiole se cache derrière ces gros yeux ?

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Tarente de maurétanie
© Matthieu Berroneau
Tarente de maurétanie
© Nathan Horrenberger

Non, il ne s’agit pas d’un reptile exotique échappé d’un vivarium ! Ce lézard à la silhouette bien particulière, c’est la tarente de Maurétanie, du nom d’un ancien royaume mauresque entre Algérie et Maroc. Vivant à proximité des humains, cette curiosité s’accommode parfaitement au milieu urbain. Son appétit vorace l’amène parfois à délaisser les insectes pour s’attaquer à des proies plus volumineuses telles que de petits lézards. Opportuniste, la tarente peut même s’installer dans les cavités où nichent des martinets pour récupérer les insectes qui ne terminent pas dans le bec des poussins.

La longue période d’activité de ce gecko s’étend de février à novembre. Il passe la majeure partie de la journée abrité derrière un volet, sous une tuile ou dans l’interstice d’une façade. S’exposant par moments au soleil, il s’assombrit pour maximiser l’accumulation de chaleur et sa pupille se réduit alors à un fin trait vertical.

Sa tête ne vous dit rien ? Pas étonnant si vous n’habitez pas le tiers sud de la France. Mais gardez patience ! D’origine méditerranéenne, la tarente est en pleine expansion, bénéficiant notamment du dérèglement climatique. En remontant la vallée du Rhône, elle est dernièrement apparue à Grenoble et à Lyon. On la signale même jusqu’à la frontière suisse où sa présence permanente reste encore à confirmer.

Au sud des Alpes, le reptile remonte aussi depuis l’Italie et une population de tarentes a récemment été découverte au Tessin. Son expansion est involontairement accélérée par les activités humaines, les geckos et leurs œufs voyageant avec nos marchandises. C’est ainsi que la tarente a été introduite à Toulouse dès la fin des années 1980. Jusqu’où ira-t-elle ?

Patte de gecko
© Frank Hecker

15 000/mm2

C’est la densité des poils microscopiques – appelés sétules – qui tapissent les fines lamelles adhésives sous les doigts de la tarente. Elles lui permettent d’adhérer à tous types de supports, y compris à des surfaces verticales lisses comme des vitres.

Geckos sudistes

Deux autres geckos fréquentent le pourtour méditerranéen et la Corse. Moins communs que la tarente, ils sont aussi plus localisés.

L’eulepte d’Europe est le plus petit gecko du continent avec 8 cm pour seulement 2 g. Très discret, il n’est actif que de nuit, chassant des insectes à quelques mètres de son abri. Il vit en groupe comptant parfois plusieurs dizaines d’individus qui s’agglomèrent durant l’hiver pour se protéger du froid. Sa disparition de certains îlots corses s’expliquerait notamment par la prédation de la tarente.

Eulepte d’Europe gecko
© Matthieu Berroneau

L’hémidactyle verruqueux ressemble à une petite tarente de 10 à 12 cm. Exclusivement nocturne, ce gecko originaire du Proche-Orient peut vivre en ville mais évite le voisinage de la tarente de Maurétanie.

Hémidactyle verruqueux gecko
© Frank Hecker
Philippe Geniez Biologiste au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier (EPHE).
Philippe Geniez Biologiste au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier (EPHE).

Le boom des geckos

Depuis quand la tarente de Maurétanie est-elle présente dans le Languedoc ?

Il semble qu’elle a été observée à Montpellier pour la première fois en 1972 mais elle était alors déjà présente dans d’autres villes comme Nîmes. Auparavant, elle n’était signalée que dans le sud de la Provence et les Pyrénées-Orientales où elle fréquente les villes mais aussi les milieux naturels. Aujourd’hui, elle est commune dans la plupart des agglomérations du pourtour méditerranéen. Cette espèce très adaptable s’accommode au milieu urbain et pourrait bien concurrencer d’autres lézards, notamment le lézard des murailles.

Qu’est-ce qui fait penser cela ?

Eh bien, pendant que la tarente gagne du terrain dans la région, le lézard des murailles se fait de plus en plus rare. Dans les années 1980, on pouvait en voir des dizaines sur un court trajet à Montpellier. Aujourd’hui, c’est presque devenu exceptionnel, on observe dix fois plus de tarentes !

Comment l’expliquer ?

Pour l’instant on ne sait pas vraiment… La tarente étant à la fois diurne et nocturne, elle est active tout le temps et pourrait donc s’accaparer les proies qui conviendraient au lézard. Elle monopolise aussi les interstices des bâtiments. Les nombreux travaux d’urbanisme dans notre ville semblent davantage perturber Podarcis muralis. Enfin, la tarente étant capable de manger de grosses proies, il lui arrive de s’attaquer à de petits lézards des murailles.

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Couverture de La Salamandre n°264

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 264  Juin-Juillet 2021, article initialement paru sous le titre "Le couche-tard"
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