L’entraide, quand plantes et animaux s’échangent des services
D’innombrables plantes peu douées pour les voyages pratiquent l’entraide pour se reproduire et disséminer leur graines.
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Comment rejoindre un partenaire et s’ouvrir à de nouveaux horizons quand on est enraciné par nature ? En fidélisant des compagnons mobiles avec des récompenses. Les plantes à fleurs embauchent même des transporteurs hyperspécialisés : les butineurs.
Quand le chèvrefeuille des bois, arbrisseau aux pousses volubiles, déploie ses fleurs blanches en été, nul ne peut l’ignorer. Elles embaument l’air d’un parfum suave, surtout au crépuscule et de nuit. Pour les insectes, cet effluve annonce une ressource alimentaire sucrée : du nectar. Mais chez le chèvrefeuille, ce sirop attractif se situe au plus profond d’une interminable corolle en forme de tube. Autant dire que très peu de candidats ont une langue assez bien pendue pour le lécher. Difficulté supplémentaire, la fleur n’offre pas de plate-forme où atterrir pour progresser vers la manne.
Qu’à cela ne tienne, des papillons de nuit de la famille des sphinx sont capables d’effectuer un vol stationnaire comme des colibris tout en déployant une longue trompe. Parmi ce club très noctambule, le moro-sphinx (> ci-dessous) s’observe souvent car il est le seul à butiner en plein jour. La dépense énergétique d’une telle opération est énorme, mais le jeu en vaut la chandelle. Pour le chèvrefeuille également, l’investissement pour produire le nectar est élevé, mais avec un immense bénéfice : il voit son pollen acheminé rapidement et avec sûreté à la bonne adresse.
Groupées à l’aisselle des feuilles, ses fleurs hébergent les deux sexes tout en évitant les fécondations croisées. Car les étamines mâles et le stigmate femelle dépassent de la corolle de manière décalée dans le temps pour caresser le front du papillon de passage. Ainsi, les étamines s’ouvrent et libèrent le pollen avant que le stigmate ne soit mûr.
Mais le chèvrefeuille n’est pas à l’abri de brigands qui consomment le pollen, ou lui dérobent du nectar, sans rendre de service. Les bourdons attirés par la blancheur des fleurs pratiquent un larcin de l’extérieur et en plein jour. De leurs mandibules puissantes, ils percent la base de la fleur et s’abreuvent de nectar avec leur langue courte. C’est bien moins fatiguant qu’un vol stationnaire dont ils sont, par ailleurs, incapables.
140 millions
C’est l’âge des premières plantes à fleurs qui ont rapidement collaboré avec des animaux pour leur pollinisation. En produisant un nectar attractif, elles s’assurent que le pollen n’est pas détourné de ses fonctions. Ici un chèvrefeuille des bois.
Sans faire de vagues
La pollinisation par des coursiers animaux s’observe aussi en mer. L’algue rouge gracilaire, que l’on trouve sur les côtes de la Manche, ne confie pas ses gamètes aux clapots de l’eau. Elle bénéficie du service des idotées, petits crustacés longs de 2 cm qui broutent les diatomées proliférant à sa surface. En se frottant à l’algue, ces bestioles embarquent sur leur carapace les gamètes mâles de la plante… et les transportent jusqu’aux organes femelles. L’algue augmente ainsi son succès reproductif et pousse mieux grâce à l’élimination des diatomées. Et les crustacés ont un habitat riche en nourriture où se cacher.
Auto-stop gourmand
Le gui vit aux dépens d’un arbre hôte dont il prélève la sève brute. Cela ne l’empêche pas d’entretenir des relations d’entraide avec certains oiseaux. En hiver, il leur offre une ressource alimentaire. Et eux assurent sa dispersion. La grive draine digère la pulpe des baies, puis rejette dans ses fientes un chapelet de graines dans une substance collante. La fauvette à tête noire au fin gosier cueille une baie puis en déchire la peau. Elle retire la graine et la colle sur le rameau avant d’avaler le reste du fruit. Le gui conquiert ainsi de nouvelles branches avec la fauvette, ou des arbres plus lointains grâce à la grive.
Pas folle la guêpe
Le blastophage rend un immense service au figuier… A moins que ce ne soit le contraire. Cette minuscule guêpe, dont les larves se développent uniquement à l’intérieur de la figue, assure en effet la pollinisation de l’arbre. C’est une liaison d’entraide obligatoire où chacun a besoin de l’autre pour achever son cycle de vie. Le processus est complexe et passe par deux types de figuier et de figue qui n’arrivent pas à maturité au même moment. Il est même si finement ajusté que chacune des 750 espèces de figuiers à travers le monde possède sa guêpe pollinisatrice attitrée.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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