Deinococcus radiodurans, la bactérie qui ressuscite
Aussi minuscule qu'elle soit, la bactérie Deinococcus radiodurans est certainement l'organisme vivant le plus résistant au monde. / © Dr. M. J. Daly, USUHS, Bethesda, USA

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Secrets de longévité

Deinococcus radiodurans, la bactérie qui ressuscite

Tel le Phénix, la bactérie Deinococcus radiodurans peut renaître de ses cendres grâce à un système très perfectionné de réparation de l'ADN.

Auteur

Christine Wuillemin



Tel le Phénix, la bactérie Deinococcus radiodurans peut renaître de ses cendres grâce à un système très perfectionné de réparation de l'ADN.

Deinococcus radiodurans, la bactérie qui ressuscite
© Ambroise Héritier

Avec son plumage flamboyant et son incroyable longévité, le Phénix tient un rôle clé dans nombre de récits fantastiques. Mais c'est surtout son don de résurrection qui titille l'imagination. Certaines légendes racontent que lorsque cet oiseau magique arrive à la fin de sa vie sans avoir pu se reproduire, il construit un nid de branches aromatiques et d'encens, y met le feu et s'y laisse consumer. De ses cendres jaillit alors un jeune phénix. Revenir à la vie, qui n'en a jamais rêvé ? Impossible, direz-vous, mettons un point final à ce dossier longévité et n'en parlons plus. Et pourtant… Un petit être vivant est capable d'une telle prouesse. Il s'agit de Deinococcus radiodurans, surnommée la bactérie du corned-beef. Pourquoi ce pseudonyme culinaire ? Parce que cette curiosité a été découverte inopinément en 1956 par des chercheurs américains qui tentaient de déterminer si des aliments en conserve pouvaient être stérilisés aux rayons gamma. Contre toute attente, du bœuf salé contenu dans l'une des boîtes a été retrouvé faisandé, ce qui trahissait la présence de bactéries. L'unique survivante n'était autre que D. radiodurans. Cette petite teigne n'avait en réalité pas résisté aux radiations. Elle a fait beaucoup mieux en ressuscitant après une mort clinique ! Une prouesse si inimaginable que certains ont d'abord cru à l'origine extraterrestre de la bestiole. Non, c'est un pur produit terrien, capable de s'adapter à des conditions extrêmes : hautes et basses températures, acide, vide, UV, dessèchement… En zone désertique par exemple, elle peut succomber aux rayons brûlants du soleil et renaître des années plus tard, à la faveur d'une simple goutte d'eau.

Son pouvoir de résurrection, D. radiodurans le doit à un mécanisme unique d'autoréparation de l'ADN. La bactérie possède au moins deux copies de son patrimoine génétique, soit un stock de pièces de rechange. Lorsqu'elle est irradiée et que ses chromosomes volent en milliers d'éclats d'ADN, ces derniers peuvent s'assembler de nouveau dans le bon ordre, grâce à la complémentarité des matériaux à double. Un peu comme si vous déteniez plusieurs exemplaires d'un même jeu de construction dont certaines pièces auraient été détruites. En utilisant celles qui restent, vous pourrez bâtir une maquette complète.

Pour achever ce processus de rafistolage, il faut encore qu'une protéine, réparant les erreurs de copie de l'ADN, se charge de reconstituer les chromosomes circulaires de la cellule. Cette étape franchie, la vie peut reprendre. Magique, non ? Mieux encore, il faudrait trouver le moyen de préserver et booster cette fameuse protéine réparatrice que les humains portent aussi en eux afin de vivre plus longtemps et en meilleure santé. Un défi que des scientifiques tentent actuellement de relever. Mais est-ce vraiment souhaitable ?

Le rotifère bdelloïde résiste à tout

Les rotifères bdelloïdes, des vers ultra résistants
© Michael Plewka, www.plingfactory.de

S'ils ne peuvent pas ressusciter, les rotifères bdelloïdes n'en sont pas moins coriaces. Violentes radiations, dessèchement complet… rien ou presque ne peut venir à bout de ces invertébrés microscopiques qui peuplent les eaux douces du monde entier depuis des dizaines de millions d'années. Ils ont développé un puissant mécanisme de réparation de l'ADN qui s'apparente en partie à celui de la bactérie Deinococcus radiodurans.

Tardigrade, ourson indestructible

Le tardigrade, l'animal qui résiste au vide spatial
© eye of science

Ses griffes et son air patibulaire lui ont valu le surnom d'ourson d'eau. Mais le tardigrade aurait plutôt mérité celui de Ken le Survivant, tant il est indestructible. Certains de ces animaux que l'on retrouve aussi bien sur terre que dans l'eau résistent à tout, malgré leur taille minuscule : températures allant de - 200 °C à + 100 °C, pressions énormes, privation d'eau et d'oxygène, radiations ou vide spatial. En 2003, des individus congelés depuis vingt ans sont revenus à la vie. On a récemment découvert que ces champions de la survie portent une série de gènes codant des protéines spéciales qui soutiennent leurs structures cellulaires. En cas de sécheresse notamment, elles remplacent l’eau dans les cellules et maintiennent ainsi la microstructure de l'organisme en attendant le retour de l'humidité.

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Article initialement publié dans la revue Salamandre sous le titre "Résurrection !"

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Secrets de longévité

Couverture de La Salamandre n°250

Cet article est extrait de la Salamandre

n° 250  Février - Mars 2019
Catégorie

Sciences

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