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Planète algue

Quand une algue rouge a mangé une bleue

Il y a 1,2 milliards d'années, une grande cellule d'algue rouge a avalé une petite algue bleue tout en la laissant vivre. Son but ? Récupérer son superpouvoir de photosynthèse.

Il y a 1,2 milliards d'années, une grande cellule d'algue rouge a avalé une petite algue bleue tout en la laissant vivre. Son but ? Récupérer son superpouvoir de photosynthèse.

Sur l’estran, dans la zone des marées, les algues les plus colorées sont vermillon, coquelicot, grenat ou cerise. La lignée qui a produit toutes ces belles teintes est apparue d’une manière étonnante. Il y a très longtemps, une cellule vivante complexe avec un noyau et d’autres organes – ce n’était donc plus une bactérie – aurait tout bonnement avalé une cyanobactérie ou algue bleue douée pour la photosynthèse. Au lieu de digérer bêtement sa prise, la cellule prédatrice aurait veillé au bon fonctionnement de sa prisonnière tout en lui soustrayant une partie des sucres qu’elle produisait. Ainsi commença un heureux mariage qui dure depuis plus d’un milliard d’années.

Lors de cette endosymbiose, comme l’appellent les scientifiques, l’outillage bactérien se serait enrichi de nouveaux pigments rouges pour renforcer l’efficacité de la chlorophylle. A l’origine simple plancton de cellules solitaires, ces nouvelles algues dites rouges se sont organisées de manière de plus en plus complexe. Aujourd’hui, la plupart d’entre elles sont pluricellulaires avec des organes différenciés et parfois même un véritable appareil conducteur. Pour se défendre des herbivores en tout genre, certaines sécrètent une batterie complète de toxines à base de brome.

Les algues rouges pratiquent une sexualité sophistiquée. Cas unique dans le monde vivant, leurs gamètes mâles n’ont pas de flagelle pour quérir l’âme sœur. Ils dérivent passivement. Heureusement, les cellules femelles développent un long filament capteur pour explorer un vaste volume d’eau en vue d’une rencontre. Quand tout se passe bien, la fusion des deux sexes produit une espèce de fruit qui pousse en parasite sur l’algue mère avant de libérer des cellules fondatrices. Celles-ci produiront à leur tour d’autres algues adultes aptes à former de nouveaux gamètes. Heureusement, ces quelques détours n’ont pas empêché ces plantes de coloniser gaillardement toutes les mers du monde.

50 m

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A pareille profondeur, très peu de lumière bleue atteint le fond de la mer. Cela suffit pour la lithophylle ou feuille de pierre. On dirait un petit corail rose ou un drôle de lichen qui se serait perdu en mer. En réalité c’est une algue rouge encroûtante, autrement dit qui pousse en précipitant du calcaire. En Méditerranée, ce végétal contribue à la formation de véritables récifs qui croissent au rythme de 1 à 4 mm par an.

Reines des sushis

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Bien connues des amateurs de sushis qui les utilisent pour enrouler les makis, les Porphyra déploient de fines lames violettes qui peuvent atteindre jusqu’à 60 cm de long. Certaines Porphyra sont cultivées au Japon depuis trois siècles sous le nom de nori, un mot qui veut tout simplement dire algue. Riche en protéines, en acides gras insaturés et en vitamines A et B, le nori est connu pour ses vertus contre l’anémie et la chute des cheveux. C’est l’algue la plus consommée de nos jours.

Gel magique

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On dirait des fines fougères rouges. Les Gelidium s’utilisent depuis deux cents ans pour produire une alternative aux gélatines animales : l’agar-agar ou E406. Extrait de la paroi des cellules de cette algue rouge, ce polymère de saccharose s’emploie sous forme de poudre. Dissous à très petite dose, il immobilise les molécules d’eau en formant un gel épais. Réchauffé à 85 °C, ce gel se liquéfie… pour se reformer en refroidissant.

Article initialement publié dans la revue Salamandre sous le titre "Les rouges séquestrent des bleues"

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Planète algue

Couverture de La Salamandre n°260

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 260  Octobre-Novembre 2020
Catégorie

Sciences

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