A Genève, le milan noir niche en pleine ville
A fin mars, les milans installent leurs quartiers en ville. Et se livrent à des joutes spectaculaires au-dessus du fleuve.
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Entre deux averses fraîches, une lumière oblique éclaire Genève. Comme des projecteurs, les rayons de soleil pointent les banques, les boutiques de luxe, mais aussi le Rhône et ses arbres gigantesques.
Il y a des nids partout, cachés dans les feuilles des deux côtés du pont qui surplombe le fleuve. Une, deux, quatre, six, neuf aires occupées – peut-être plus – sur quelques centaines de mètres à vol de rapace. Au cœur de la cité des hommes s'est installée pour quelques mois la cité des milans.
Rénovation
Les mâles ont repris leurs quartiers les premiers. Les femelles sont arrivées quelques jours plus tard. A peine installé, tout ce beau monde prend du bon temps. On mêle parades, jeux et accouplements, sans oublier de complexes travaux de rénovation et d'embellissement. Les milans cassent des branches avec les pattes, à coup de bec, ou en se projetant sur elles de tout leur poids. A chaque instant, ils passent avec des rameaux dans les serres.
Ici, deux oiseaux enchaînent les piqués puis s'accrochent les pattes en plein vol. Ils s'attaquent, se poursuivent... Jeu de séduction, escarmouche entre concurrents ? Là, des trilles redoublés signalent un bref accouplement : elle couchée à l'horizontale sur une branche sèche, lui sur elle pour quelques instables secondes. Un rapace, plumage ébouriffé, se toilette sur son perchoir. Soudain il s'envole en décrivant de larges courbes. Ses plumes brunes, beiges, rousses brillent au soleil. Pourquoi diable l'appelle-t-on noir, le beau milan ? Pourquoi Schwarzmilan ? Pourquoi black kite ? Parce qu'on ne connaît trop souvent de lui qu'une silhouette qui s'inscrit comme une ombre chinoise sur la toile infinie du ciel.
L'aire la plus visible est lovée au creux d'une branche oblique suspendue au-dessus du fleuve. Comme souvent, les milans ont décoré leur demeure avec des chiffons et des sacs en plastique. Un oiseau s'y tient, immobile. Son manteau uniforme tranche avec la tête claire, les culottes rousses et les motifs contrastés d'un voisin perché en sentinelle sur le même arbre une dizaine de mètres plus haut. La femelle au nid, le mâle aux aguets. Un couple splendide dont Pierre Baumgart va dessiner ici l'histoire ces prochains mois.
Avec les jours qui passent, les séjours de la femelle au nid se prolongent. Elle agence avec une étonnante délicatesse branchettes puis herbes, terre et chiffons. Le mâle la relaie parfois, sans jamais participer à l'aménagement.
Nidification
Dans les derniers jours de mars, la femelle creuse une cuvette en s'enfonçant toujours plus au creux du nid. Le 8 avril, elle se tient tapie au fond de l'aire qu'elle ne quitte pratiquement plus. Les deux ou trois œufs blancs tachetés de brun ont-ils déjà été pondus au fond de la cuvette ? Mystère. En tous cas, le temps des parades est révolu. Une longue attente commence...
La colonie des colonies
Lyon, Grenoble ou Marseille ont leurs colonies en pleine ville, tout comme Genève. Dans ce dernier cas, une addition de facteurs extrêmement favorables – abondance de grands arbres, propriétés tranquilles au bord de l'eau, nourriture à profusion dans le Léman, le Rhône et l'Arve, ordures transportées dans une barge à ciel ouvert et nourrissages clandestins en pleine ville – expliquent une des plus fortes densités connues au monde de ce rapace : 369 couples dans un tout petit canton-ville !
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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