Jessica Joachim révèle le « petit truc en plus » des saltiques
À l’orée de la pinède se déroule un spectacle secret des plus colorés : la parade d’une araignée sauteuse aux pattes velues, captée par la photographe naturaliste Jessica Joachim.
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« J’ai toujours été passionnée par les insectes et les arachnides. Petite, je faisais des élevages de chenilles, de phasmes… Mes parents, qui sont naturalistes, m’ont souvent emmenée dans la nature pour observer les animaux. J’allais en forêt avec mon père, munie d’un filet à papillons. Alors que je commençais à m’intéresser aux libellules, il m’a offert un appareil photo macro. À peu près en même temps que mes débuts en photographie, en 2012, j’ai lancé mon site web d’identification. Au départ, j’avais envie de faire une photothèque de toutes les espèces que je rencontrais – j’ai l’esprit collectionneur. Puis, je me suis dit : « Pourquoi ne pas faire une encyclopédie ? » J’ai alors voulu prendre des photos plus esthétiques, mais ce n’est pas toujours mon but premier. Si je fais une belle photo sans arriver à déterminer l’espèce, cela me frustre un peu et je ne la publie pas.
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J’aime tous les arthropodes, mais les araignées sauteuses ont un petit truc en plus. Souvent, quand on les photographie, elles lèvent leurs grands yeux vers nous. Ceux des Saitis barbipes mâles, bien verts, sont superbes. Ces arachnides ont des attitudes que j’aime beaucoup : quand elles nous observent en bougeant leurs pédipalpes (> photo ci-dessous), elles sont adorables ! La troisième paire de pattes du mâle, très longue et colorée, nous donne l’impression d’être sous les tropiques. Pourtant, j’ai pris les photos ci-contre dans le Tarn, lors d’une sortie avec ma mère, au mois de mai. Nous étions dans une prairie sèche, en bordure d’une plantation de pins.
Il faisait très chaud, et quand la température est devenue insupportable, nous nous sommes retirées à l’ombre. Même en pause, nous avons continué à chercher partout. En regardant au sol, j’ai alors vu une Saitis, puis deux, puis trois…
Des dizaines de mâles se baladaient dans le sous-bois et passaient sous les aiguilles de pin. Ils s’entraînaient tranquillement à lever leurs pattes, l’une après l’autre. J’en ai suivi un pendant environ une demi-heure, qui a fini par rencontrer une femelle. Il s’est figé, l’a regardée, et là, terminés les petits étirements : il a levé les deux pattes en l’air et s’est mis à danser de droite à gauche. Il se donnait à fond ! La femelle semblait hypnotisée. J’ai eu de la chance, car ces saltiques s’étaient placées sur une petite branche de pin tombée par terre, bien en évidence, ce qui n’est pas toujours le cas. En plus, le matériel étant assez encombrant, il arrive qu’en s’approchant l’on fasse bouger la végétation. J’ai un objectif macro couplé à un flash, qui permet de capter plus de détails, et un diffuseur de lumière, qui ressemble à un gros abat-jour. Dans ce cas-ci, les araignées étaient au sol, c’était donc moins compliqué. La parade a duré environ dix minutes, puis elles sont parties se cacher dans le sous-bois. Je ne sais donc pas si elles ont conclu… »
Le saviez-vous ?
Entre huit yeux
Leur nom ne ment pas, les araignées sauteuses ont la bougeotte. Ces petites créatures (moins de 1 cm pour la plupart) ne construisent pas de toile de prédation : elles chassent à vue et bondissent sur leurs proies, en s’équilibrant parfois avec un fil de soie. Les saltiques ont donc besoin d’un arsenal optique de pointe. Leurs huit yeux, disposés de part et d’autre de leur tête, ont des atouts différents selon leur position. Les trois paires périphériques leur offrent un champ de vision à presque 360°. Mouvement détecté : la saltique se tourne et approfondit les investigations grâce à ses deux gros yeux principaux. Cette paire mobile, dont le champ de vision est plus restreint, leur permet cependant une perception haute résolution de très près.
Le rouge et le noir
À observer les couleurs chatoyantes du mâle Saitis barbipes, l’on est tenté de leur attribuer une utilité pour la parade. Pourtant, plusieurs études laissent penser que les yeux de la petite araignée ne possèdent pas les photorécepteurs nécessaires pour percevoir la couleur rouge. Elles seraient donc incapables de distinguer les bandes fauves des parties noires sur les pattes du mâle. Les femelles testées par une équipe de chercheurs ont d’ailleurs montré tout autant d’attrait pour des mâles dont les tarses avaient été peints en noir que pour ceux affichant leur couleur orangée naturelle. Sa fonction reste donc encore à déterminer…
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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