© Louis-Marie Préau

A la rencontre du balbuzard pêcheur

Louis-Marie Préau documente depuis plusieurs années la recolonisation de la Loire par le balbuzard pêcheur. Il pratique l’affût flottant pour être au plus près de ce rapace.

Louis-Marie Préau documente depuis plusieurs années la recolonisation de la Loire par le balbuzard pêcheur. Il pratique l’affût flottant pour être au plus près de ce rapace.

J’apprécie la Loire à la fin de l’été, le paysage est très esthétique dans les basses vallées angevines situées dans l’ouest de la France. Le niveau de l’eau est bas et on devine comme des dessins dans le lit du fleuve. Ce sont les courants qui s’infiltrent dans le sable mouvant et créent des formes particulières. J’utilise un drone pour obtenir un point de vue vraiment différent sur ce paysage. Vu du ciel, on croirait voir des arbres flotter dans l’eau.

A la rencontre du balbuzard avec le photographe Louis-Marie Préau
© Louis-Marie Préau

La Loire est relativement sauvage. Un important combat écologique a été mené avec succès dans les années 1970 contre la construction de barrages. Des installations hydroélectriques existent cependant plus en amont sur le cours du plus grand fleuve de France. Grâce au maintien d’un régime hydrique quasi naturel, la vie foisonne. Le long des berges, les populations de guêpiers sont florissantes et la diversité des hérons impressionnante. Le rarissime râle des genêts trouve même ici son bastion national. Mon oiseau fétiche, le balbuzard, profite des eaux poissonneuses de la large rivière. C’est le seul rapace strictement piscivore. J’apprécie aussi son histoire. Après un siècle d’absence, il niche à nouveau en France continentale depuis les années 1980. Le balbuzard s’arrêtait cependant encore sur la Loire lors de ses migrations de la Scandinavie vers l’Afrique. Les premiers qui ont recolonisé la région ont niché vers Orléans. Ces dernières années, l’oiseau a largement reconquis l’aval. On le retrouve désormais jusqu’en Brenne. En France, environ 150 couples sont présents. L‘Allemagne, par exemple, en compte un millier.

C’est un oiseau magnifique à voir quand il plonge. Aussi étonnant que cela puisse paraître, j’aime la dimension sonore de sa pêche. L’oiseau frappe l’eau, il peut même parfois complètement s’immerger. En septembre, c’est une bonne période pour l’observer. La migration bat son plein. Il redescend du nord de l’Europe pour aller en Afrique où se situent ses aires d’hivernage. En général, le balbu, comme on l’appelle parfois, stationne plus longtemps sur les bords de la Loire à cette période que lors de sa migration printanière. A l’automne, il est en famille avec les jeunes de l’année. Les immatures suivent les adultes et apprennent à pêcher.

J’aime photographier ces redoutables pêcheurs quand le niveau du fleuve est bas. Les poissons piégés sont assaillis par le balbuzard et d’autres prédateurs venus du ciel. Je peux ainsi assister plus facilement à des scènes de pêche.

A la rencontre du balbuzard avec le photographe Louis-Marie Préau
© Louis-Marie Préau

Ce fameux jour de septembre, j’étais en affût flottant, une structure gonflable dans laquelle je suis camouflé et qui me permet de me mouvoir silencieusement au ras de l’eau. J’étais tout proche de la rive, quand j’ai vu un balbuzard s’approcher avec un gros mulet dans les serres. Il avait du mal à le déplacer. Soudain, quatre ou cinq pies sont venues tourner autour de lui. J’ai déclenché au moment où l’une d’entre elles s’est approchée davantage pour tenter de l’effrayer. Finalement, elles n’ont pas réussi à lui chiper son poisson.

Du haut de son pylône

A la rencontre du balbuzard avec le photographe Louis-Marie Préau
© Louis-Marie Préau

Pour nicher, le balbuzard apprécie dominer le paysage et disposer d’un support stable. Le long de la Loire, de plus en plus de couples choisissent donc d’installer leur nid sur... des pylônes électriques. En effet, ces constructions en métal fournissent des caractéristiques analogues aux arbres ou falaises, qu’il affectionne à l’origine. Dans certains départements (Maine-et-Loire, Sarthe), le premier couple nicheur s’est justement installé sur un pylône.

Un retour en Suisse ?

A la rencontre du balbuzard avec le photographe Louis-Marie Préau
La pie et le balbuzard Maine-et-Loire, le 29 septembre 2006 à 11 h 00. / © Louis-Marie Préau

Espèce cosmopolite, le balbuzard pêcheur avait disparu d’une large partie de l’Europe de l’Ouest et centrale au cours du XXe siècle, notamment à cause de la chasse que lui menaient les pêcheurs. S’il a fait son retour dans certains pays, Pandion haliaetus est toujours éteint comme nicheur en Suisse où la dernière nidification date de 1911. Un projet de réintroduction est cependant en cours depuis 2016 avec des lâchers réguliers dans la région des Trois-Lacs. Deux femelles relâchées en Suisse se sont déjà reproduites en France et en Allemagne et plusieurs mâles sont revenus à la belle saison sur les abords des lacs de Neuchâtel, Bienne et Morat.

Louis-Marie Préau

Photographe professionnel depuis 2001, Louis-Marie Préau sillonne très régulièrement deux sites naturels remarquables : la vallée de la Loire et les basses vallées angevines. Originaire de la région, il a été trois fois primé au prestigieux Wildlife Photographer of the Year organisé par la BBC.

Couverture de La Salamandre n°277

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 277  Août - Septembre 2023, article initialement paru sous le titre "A la pêche au balbuzard"

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