Balade de janvier, au début était le vent - La Salamandre
Le sentier le jeudi 25 janvier / © Gilbert Hayoz

Cet article fait partie du dossier

Au fil des saisons, ou comment redécouvrir votre sentier préféré…

Au début était le vent

Jeudi 25 janvier, départ à 7 h 30, -9 °C (à l’abri de la bise !) - C’est parti ! L’aventure commence ce matin, sur le seuil de la maison. Départ au lever du jour, dans le blizzard.

Auteur

Julien Perrot



Jeudi 25 janvier, départ à 7 h 30, -9 °C (à l’abri de la bise !) - C’est parti ! L’aventure commence ce matin, sur le seuil de la maison. Départ au lever du jour, dans le blizzard.

Primevères en fleurs, températures printanières. C’était mal parti pour vivre en ce début janvier le frisson du grand hiver. Et puis, oui, la chance a tourné. Mardi soir l’air a fraîchi d’un coup. Des flocons légers sont tombés toute la nuit. La neige est donc là, invitée inespérée à la première aube de nos jeudis fixés plusieurs mois à l’avance (voir présentation du dossier).

Neige soufflée

Nous partons à sept heure trente, une demi-heure avant le lever du soleil, avec moufles, écharpes et bonnets. Et ça commence fort ! Au sortir du village, passé les dernières maisons, on se prend dans les dents une gifle glacée. La bise souffle si fort que nous tenons à peine debout. « Il n’y a pas de mauvais temps, juste de mauvais habits… » Ragaillardis par ce bon mot de l’ami François et heureusement bien équipés, nous poursuivons. A part quelques pinsons déportés dans la tourmente comme des fétus de paille, nous ne croisons dans la campagne ni oiseau, ni trace, ni âme qui vive.

Le jour est-il bien choisi pour vous décrire quatre kilomètres que nous allons explorer durant toute une année ? Les champs, les routes, les chemins ont disparu sous une immensité blanche battue par la tempête. Le vent sculpte la surface des congères. Il déplace, cisèle et arrache la neige en dessinant des dunes douces ou des bas-reliefs en biseau derrière chaque herbe, chaque brindille, chaque ressaut du terrain. L’hiver s’amuse. Il modèle des îles, creuse des gorges, dresse des montagnes en une géographie sauvage.

Balade de janvier, au début était le vent - La Salamandre
Mésange en hiver / © Ari Helminen

Thé fumant sur le pont

Un instant, les nuages s’entrouvrent pour laisser filtrer un rai de lumière. Le soleil colore les reliefs et les creux de cette fresque de rose, de bleu, de gris et d’orange. Le blanc se révèle brièvement comme addition étincelante de toutes les couleurs. Puis le rideau se referme.

Ah ! Voici la forêt ! Ici, la bise faiblit. Mais la vie se cache. Il faut attendre le vallon qui annonce la rivière pour entendre enfin quelques cris dans les arbres. Seuls un grimpereau, des mésanges et une sittelle animent ces lieux. Ouvrons le thermos ! Une tasse de thé sur le pont de vieilles planches, puis retour rapide dans le blizzard. Au village, nous ne croiserons qu’un merle et une bande de moineaux.

Balade de janvier, au début était le vent - La Salamandre
Le vent sculpte la surface du sol. / © Laurent Willenegger

Appel d’air

Le vent est longtemps resté pour les hommes un grand mystère attribué à des forces surnaturelles. Pour couvrir l’ensemble de la rose des vents, les Grecs vénéraient douze dieux et les Romains vingt-quatre ! Au Moyen Age, l’énigme demeurait complète. Les feuilles des arbres bougeaient-elles à cause du vent ou, au contraire, étaient-ce elles qui, en s’agitant, lui donnaient naissance ?

En 1640, Galilée découvre que l’air a un poids… lequel dépend de sa température. Et voilà : c’est le soleil qui, en réchauffant irrégulièrement la surface du globe, est le moteur des vents. L’air recouvrant les zones les plus chaudes s’allège et s’élève. Il exerce donc à la surface du sol une pression inférieure à la moyenne. Cet échauffement provoque ce qu’on appelle des zones de basse pression ou dépressions. A l’inverse, l’air plus froid, plus lourd, crée des zones de haute pression ou anticyclones.

Le vent est un grand courant d’air qui s’écoule naturellement des zones de haute pression à celles de basse pression. Du fait de la rotation de la Terre, les vents sont sous nos latitudes majoritairement dirigés d’ouest en est. Voilà pourquoi c’est en regardant vers le couchant que nous pouvons le plus souvent guetter l’arrivée du beau ou du mauvais temps.

Ecoutez la musique du vent avec Boris Jollivet.

Retrouvez tous les articles du dossier : Le sentier des douze matins.

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Couverture de La Salamandre n°183

Cet article est extrait de la Salamandre

n° 183  Décembre 2007 - Janvier 2008
Catégorie

Dessins Nature

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