Balade de décembre, au douxième matin - La Salamandre sentier
Le sentier le jeudi 14 décembre. / © Giles Hayoz

Cet article fait partie du dossier

Au fil des saisons, ou comment redécouvrir votre sentier préféré…

Au douxième matin

Jeudi 14 décembre, départ à 7 h 15, -2  °C - Froid, givre, silence. L’hiver s’installe. Et nous offre la visite d’un hôte de marque.

Auteur

Julien Perrot



Jeudi 14 décembre, départ à 7 h 15, -2  °C - Froid, givre, silence. L’hiver s’installe. Et nous offre la visite d’un hôte de marque.

Les sapins de Noël brillant dans le village annoncent très clairement la saison. Passé le verger sur la droite et les dernières maisons, un givre tout neuf crisse sous les pas : il fige la terre, pétrifie les feuilles mortes, recouvre la campagne d’un linceul blanc de cristaux acérés. La boucle est bouclée.

Merles fidèles ?

Les couleurs se sont évanouies le long de la haie. Plus une feuille, juste les baies flétries des viornes et les grappes des aubépines qui résistent encore. Silence. La nature se tait à l’aube de l’hiver. On s’arrête un moment dans l’espoir d’entendre quelque chose. Ouf ! Le trille fidèle de nos merles nous rassure, même si ce ne sont pas forcément les mêmes oiseaux que ce printemps. Sur le chemin, un chat noir en maraude épie leur réveil.

Balade de décembre, au douxième matin - La Salamandre troglodyte
Troglodyte / © Victor Ortega

Cela fait une année que nous passons une fois par mois à côté d’une touffe de roseaux piquée en bordure du champ, sans jamais nous arrêter. Ce matin, la raison d’être de ce bouquet de chaumes nous saute aux yeux : bruants, chardonnerets, verdiers et tarins s’y tiennent rassemblés. Ils vont et viennent sur les herbes blanchies, récoltant quelques graines oubliées.

Rapaces en chasse

Encore cinq cents mètres au milieu des champs et nous serons en forêt. Et là, soudain, sur notre droite, un rapace en poursuit un autre plus petit qui tient une proie dans ses serres. Devant, le faucon crécerelle s’esquive. Derrière, c’est un… busard Saint-Martin ! Le poursuivant renonce, repasse devant les sommets enneigés, louvoie, hésite en rase-mottes entre vols battus et parfois planés, pour se poser finalement dans l’herbe. Le soleil se lève à cet instant précis, illuminant son iris jaune. Un second busard passe tout près tandis que le premier capture un long ver de terre.

Comme le faucon crécerelle, les busards recherchent eux aussi les campagnols et pourquoi pas quelques oiseaux. Si la neige ne les chasse pas, ils écumeront ces champs durant plusieurs semaines.

Balade de décembre, au douxième matin - La Salamandre dessin busard
Longues ailes, longue queue, vol habile au ras du sol, c’est un véritable délice que de suivre dans ses jumelles la chasse d’un busard Saint-Martin. / © Laurent Willenegger

La crue

La rivière est en crue. Voilà qui fait l’affaire des truites en plein frai. Le bras mort qui serpente entre des touffes de saules est entièrement gelé. Trille aigu, bien reconnaissable. Un troglodyte prospecte les berges, passant à toute bombe d’une rive à l’autre. Patiente encore un peu, souris de plumes…

Hors des bois, le givre réchauffé par le soleil est devenu filet de brume au creux des champs. L’hiver s’est évaporé, mais il reviendra bientôt. Et nous aussi peut-être ? Ici ou ailleurs, l’an prochain, pour le sentier des douze soirs ?

Balade de décembre, au douxième matin - La Salamandre dessin busard
Busard Saint-Martin / © Laurent Willenegger

Le roi du rase-mottes

Longues ailes, longue queue, vol habile au ras du sol, c’est un véritable délice que de suivre dans ses jumelles la chasse d’un busard Saint-Martin. L’oiseau de proie épouse les reliefs de son vol élégant, passe et repasse inlassablement au-dessus des champs et des labours.

Fidèle même en hiver

Rapace plutôt nordique, le Saint-Martin ami des étendues dégagées a pour habitude de nicher sur le sol. La mécanisation de l’agriculture ne lui a guère laissé de place. Disparu de Suisse depuis longtemps comme nicheur, l’oiseau s’est heureusement maintenu ici ou là en France, où ses effectifs sont même en sensible augmentation.

Au printemps et en automne, on l’aperçoit parfois, généralement une femelle ou un jeune au plumage brun, plus rarement un mâle magnifique en livrée grise et noire. Parmi les busards, c’est le seul qui peut rester tout l’hiver chez nous, prospectant les surfaces cultivées en basse altitude. C’est ainsi que nous l’avons vu.

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Couverture de La Salamandre n°183

Cet article est extrait de la Salamandre

n° 183  Décembre 2007 - Janvier 2008
Catégorie

Dessins Nature

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