© Brian Valentine

Cet article fait partie du dossier

Les araignées, huit pattes, un monde !

Comment l’araignée ressent-elle son environnement ?

Equipée d’un attirail sensoriel ultraperfectionné, l’araignée perçoit le monde bien mieux que les humains, mais très différemment.

Equipée d’un attirail sensoriel ultraperfectionné, l’araignée perçoit le monde bien mieux que les humains, mais très différemment.

Savez-vous que la bête à huit pattes possède l’un des radars les plus performants jamais inventés ? Si, si… et il se résume à un poil, ou plutôt à des milliers de soies sensorielles ou sensilles. Ces bijoux de technologie n’ont rien à voir avec le fil de soie produit par l’animal, ils lui servent à percevoir son environnement de manière extrêmement fine.

Difficile à croire ? Mettons de côté notre expérience humaine des cinq sens. Bien qu’elle possède des yeux, l’araignée n’a ni nez, ni oreilles et encore moins de papilles gustatives ou de peau pour toucher. Pourtant, elle sent, entend, goûte et palpe comme personne. Mais alors, comment fait-elle ? Et bien, elle mobilise les fameuses soies implantées sur l’ensemble de son corps, en particulier sur ses pattes et ses pédipalpes, des pattes-mâchoires très sensibles utilisées comme de petites mains. Chaque type de soie est spécialisé pour un sens précis et renseigne la petite bête sur son environnement, ses proies, ses congénères et ses ennemis.

Zoomons donc sur l’une de ces pédipalpes. On y trouve les trichobothries, des biocapteurs parmi les plus sensibles du monde naturel. Plus fiables que des oreilles, leur finesse et leur souplesse permettent à l’araignée d’évaluer la force du vent ou de capter le battement d’ailes d’une mouche. De leur côté, les organes lyriformes sont des petites fentes allongées qui perçoivent merveilleusement bien les vibrations. C’est grâce à elles qu’une épeire, par exemple, détecte la sauterelle prise dans sa toile. Pour le toucher, la bête peut compter sur d’autres poils spéciaux encore : en effleurer un seul provoque selon les cas la fuite, la riposte ou la mort simulée.

L’odorat de l’araignée renferme quant à lui encore bien des mystères. On soupçonne qu’il fonctionne un peu comme le goût. Tout se passe ainsi au bout des pédipalpes, via des sensilles qui captent des messages chimiques. En promenant ces pattes-
mâchoires sur une abeille morte, la prédatrice peut la goûter pour évaluer sa fraîcheur.

Ce système pileux made in araignée intervient aussi dans les amours. Au cours de ses déplacements, la femelle prête à s’accoupler va enduire son fil de phéromones sexuelles. Un mâle dans les parages utilisera sa toison sensible pour humer le séduisant fumet et remonter jusqu’à la prétendante. Moralité, pour courtiser, l’araignée doit être à poil !

Danse, distribution de cadeau, caresses… les araignées assurent niveau séduction. Certains don Juan, comme ce mâle d’araignée-loup, misent sur un concert de percussions. Il tente d’impressionner sa belle en tambourinant sur le sol avec ses pédipalpes, voire son corps tout entier. Ces vibrations sont captées par les soies de la femelle qui choisira le meilleur batteur.

Schéma de pédipalpe avec bulbe copulateur

Chargement

Soies mécanoréceptrices : sensilles tactiles extrêmement sensibles au toucher.

Trichobothries : longues tiges fines et dressées, insérées dans une petite cupule, détectant les plus faibles variations de l’air.

Organes lyriformes : série de petites fentes allongées sensibles aux vibrations du support, à la gravitation et aux propres mouvements de l’araignée.

Soies chimioréceptrices : sensilles détectant les substances chimiques telles que les phéromones.

Canal éjaculateur

Bulbe copulateur

Comment l'araignée perçoit-elle son environnement ?
© Marcello Pettineo

Avec doigté

Mr. et Mme araignée ne s’accouplent pas comme tout le monde. Pas question de contact direct entre les organes sexuels. Le mâle utilise un gant un peu spécial à l’avant de ses pattes-mâchoires : le bulbe copulateur. Après avoir sécrété quelques gouttelettes de sperme sur une toile spécialement tissée, il les prélève avec ses fameux bulbes. Il introduit ensuite sa semence dans la fente génitale – épigyne – de la femelle. Pour réussir cette manœuvre, chaque espèce a sa position préférée. Certaines femelles stockent ce cadeau dans leur spermathèque pour une fécondation ultérieure. D’autres le refusent et l’éjectent pour le remplacer par un autre.

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Couverture de La Salamandre n°272

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 272  Octobre - novembre 2022, article initialement paru sous le titre "Hypersensible"
Catégorie

Sciences

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