Vers luisant : l'insecte menacé par la pollution lumineuse en Pays de Gex
Pollution lumineuse en Pays de Gex / © Florian Rochet

En Pays de Gex, la pollution lumineuse menace le vers luisant

Rendez-vous avec la nuit en Pays de Gex, dans l’Ain. Le vers luisant, autrefois commun, y est menacé par d'autres lumières que la sienne.

Auteur

florian rochet



Rendez-vous avec la nuit en Pays de Gex, dans l’Ain. Le vers luisant, autrefois commun, y est menacé par d'autres lumières que la sienne.

Vers luisant : l'insecte menacé par la pollution lumineuse en Pays de Gex
Avec Sophie Ginter, chargée de mission à la FRAPNA Ain

Chaque soir d’été, une fois que le soleil a fini de dévaler les pentes du Jura et que le plateau lémanique plonge dans l’obscurité, une intrigue se joue dans les hautes herbes. Sophie Ginter, experte biodiversité dans la région de Gex, nous en présente le personnage principal.

Le ver luisant, espèce phare

Au cœur d’une prairie, dans un fossé ou en lisière de forêt, une pointe de lumière éclot entre les tiges et les feuilles des plantes basses. Un trouble de la vision ? Une étoile perdue ? Approchons-nous. C’est un ver luisant ou lampyre.

Notre guide du soir est chargée de mission à la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (FRAPNA) de l’Ain. Elle en connaît un rayon sur la biologie de Lampyris noctiluca : « Ce n’est pas un ver mais un coléoptère, comme le hanneton ou la coccinelle, explique-t-elle, la femelle dépourvue d’ailes brille dans la nuit pour attirer les mâles. Eux volent mais n’émettent pas de lumière. » Un insecte lampadaire, comment est-ce possible ? « Par une réaction de bioluminescence. Une protéine de luciférine s’oxyde au contact d’une enzyme de luciférase et d’oxygène, produisant cette lumière verte », poursuit avec passion la naturaliste.

Vers luisant : l'insecte menacé par la pollution lumineuse en Pays de Gex
Mâle de vers luisant / © Roger Eritja / Biosphoto

Malheureusement, les amours luisants des lampyres connaissent quelques vacillements ces dernières décennies. Sophie Ginter le déplore : « Dans notre Pays de Gex densément peuplé, les lampions des femelles sont concurrencés par l’éclairage artificiel. Les mâles finissent par mourir d’épuisement ou brûlés à force de tourner autour des lampadaires. » Summum du drame, les vers luisants ne s’accouplent qu’une seule fois dans leur vie. Quand le rendez-vous est manqué, tout est gâché.

Pour sensibiliser le grand public aux conséquences de cette pollution lumineuse, la FRAPNA Ain utilise le capital sympathie du coléoptère éclaireur. En effet, selon Sophie Ginter, les promeneurs sont captivés par le super pouvoir de cet insecte qu’ils considèrent comme féerique.

Vers luisant : l'insecte menacé par la pollution lumineuse en Pays de Gex
Femelle de vers luisant / © Christophe VÈchot / Biosphoto

Au pays des Lumières, la nature est borgne

Quand vient la nuit au pays de Voltaire et de Rousseau, les amoureux de la nature rêvent d’une trame noire. Mais l’urbanisation galopante illumine toujours plus et de façon dramatique ce coin de France. « Il y a trois réactions animales face à la pollution lumineuse, précise l’écologue en observant un superbe vers luisant : l’attraction, la fuite ou l’adaptation comportementale. » Parmi les constats alarmants, les biologistes dénombrent environ 150 insectes tués par nuit et par lampadaire. Chouettes et chauves-souris sont perturbées, tandis que certains oiseaux se croient en pleine journée et modifient leur horloge interne, voire leur calendrier de nidification.

Pour la quiétude de la faune, la FRAPNA Ain envisage d’effacer la pollution lumineuse le long d’un corridor écologique transfrontalier. La commune de Versonnex accepte d’éteindre une partie de son éclairage public, encouragée par les communes voisines de Chevry et Sauverny qui préservent la nuit de minuit à 6 heures du matin depuis déjà deux ans. « Ici et dans les champs alentour, il n’y a vraiment aucune lumière la nuit, c’est exceptionnel pour la région », rapporte Sophie Ginter en nous invitant à entrer dans le bois de la Versoix.

Des astrologues renversés

Aux effets biologiques sur la nature sauvage et sur l’homme – les éclairages LED empêchent par exemple la sécrétion de mélatonine – la gardienne de la nuit regrette des dommages culturels : « On perd notre ciel nocturne alors que beaucoup de citadins n’ont jamais vu la Voie lactée et ne connaissent pas les étoiles. Leur montrer ce patrimoine céleste en grimpant sur les crêtes du Jura, c’est leur révéler cette beauté qui disparaît. » Parallèlement, l’association départementale invite le public à jouer les astrologues renversés, selon la formule du surréaliste André Breton. La FRAPNA Ain propose à tout un chacun de transmettre ses observations de lampyres dans le cadre de l’Observatoire national des vers luisants et lucioles. Elle éditera d’ici la fin de l’année un guide des balades nocturnes en Pays de Gex.

Autre démarche brillante, côté suisse cette fois, le 26 septembre prochain verra l’extinction des feux à Genève et dans les communes des environs pour rallumer les étoiles le temps d’une nuit.

Article initialement publié dans la revue Salamandre sous le titre "Des étoiles tombées du ciel"

Couverture de La Salamandre n°253

Cet article est extrait de la Salamandre

n° 253  Août - Septembre 2019
Catégorie

Récit des balades

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