femelle de grand tétras
C’est sur les poules, beaucoup plus discrètes que les coqs, que repose l’essentiel de la reproduction. Extrêmement prudentes, elles prennent tout de même de gros risques en couvant sur le sol pendant près d’un mois. Du coup, leur espérance de vie est sensiblement plus faible que celle des coqs. / © Vincent Munier

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Grand tétras, l’oiseau totem

Les nichées du grand tétras sont fragiles

Un retour du froid, quelques giboulées ou des averses prolongées durant le mois de juin peuvent condamner tous les poussins du grand tétras. Le succès des nichées lui aussi tient à peu de chose.

Auteur

Julien Perrot



Un retour du froid, quelques giboulées ou des averses prolongées durant le mois de juin peuvent condamner tous les poussins du grand tétras. Le succès des nichées lui aussi tient à peu de chose.

Quelques jours après avoir rendu visite aux coqs, la poule gratte dans le sol une petite dépression qui sera sommairement tapissée d’herbes et de feuilles mortes. C’est là qu’elle dépose six à huit œufs jaune roussâtre. Pendant 28 jours, elle les couve assidûment, ne s’absentant très brièvement que deux à trois fois par jour pour se ravitailler et libérer des crottes presque aussi grosses que des escargots de Bourgogne !

Discrète

La couveuse se tient plaquée au sol, feuille parmi les feuilles, branche parmi les branches. Comme la bécasse sur son nid, elle mise tout sur son camouflage et ne s’envole qu’en dernière extrémité, quand le renard ou le promeneur est sur le point de lui marcher dessus.
Quelques heures avant l’éclosion, les œufs pépient, puis les poussins se libèrent les uns après les autres de leur coquille. Les petits oiseaux sont à peine secs que déjà la compagnie se met en marche derrière la mère et quitte pour toujours le nid rudimentaire.

Débrouillards

Les poussins ne sont pas nourris. Ils doivent se débrouiller pour trouver à manger et suivre leur mère vaille que vaille. Les premières semaines ils dévorent des fourmis, des chenilles et d’autres insectes. Un cocktail ultra-nutritif qui leur permettra d’atteindre en neuf semaines seulement la taille d’un adulte. S’ils parviennent à cet âge, le plus dur est fait.

Frileux

La poule sait détourner l’attention d’un prédateur en mimant l’oiseau blessé. Mais elle a peu de ressources pour sauver ses poussins en cas de pluie ou de neige. Jusqu’à l’âge de cinq semaines, ceux-ci dépendent étroitement de sa chaleur. En cas de mauvais temps prolongé, ils n’ont d’autre choix que mourir de faim au chaud et à l’abri… ou mourir de froid en cherchant pitance.
Les grands tétras sont des oiseaux prolifiques comme les poules de nos basses-cours. Mais s’il neige fin mai, toutes les couvées sont perdues. Dans ce cas, seule une partie des femelles retourneront à l’arène pour mettre en route une ponte de remplacement. Si c’est le mois de juin qui est pourri, c’est encore pire : aucun poussin ne s’en sortira.
Heureusement, poules et coqs vivent longtemps et peuvent supporter plusieurs mauvaises reproductions consécutives. Une saison favorable tous les trois ou quatre ans leur a suffi depuis des millénaires pour renouveler leurs effectifs… Aujourd’hui hélas, il semble que cela ne suffise plus.

Du soleil et des fourmis

Les célèbres fourmis rousses du Haut-Jura constituent une nourriture de choix pour les jeunes poussins.
Les célèbres fourmis rousses du Haut-Jura constituent une nourriture de choix pour les jeunes poussins. / © Patrice Olivier

En hiver, coqs et poules n’ont que des aiguilles de sapin blanc à se mettre sous le bec. Au début des parades, cette maigre pitance est complétée par des bourgeons d’airelle, puis de hêtre, puis enfin de myrtille. Ensuite et jusqu’à l’automne, ils peuvent se régaler de friandises telles qu’herbes tendres, framboises et myrtilles, vers et chenilles. Les fourmis et les insectes en général revêtent une importance particulière dans l’alimentation des jeunes. Les poussins ont aussi besoin de chaleur et de soleil, parce que c’est dans ces conditions qu’ils attraperont le plus de proies.
D’instinct, la poule emmène ses jeunes dans de petites clairières et des coupes récentes où ils trouveront facilement à manger en picorant. Noyée dans les hautes herbes, la compagnie y sera parfaitement invisible.

Article initialement publié dans la revue Salamandre sous le titre "Nichées fragiles"

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Grand tétras, l’oiseau totem

Couverture de La Salamandre n°161

Cet article est extrait de la Salamandre

n° 161  Avril - Mai 2004
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