L’été, la saison sociale des marmottes
Au fil des journées chaudes et ensoleillées dans les alpages fréquentés, les marmottes ne chôment pas. À cette saison, les enjeux sont nombreux pour chaque membre de la colonie. Planning familial.
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Manger-bouger
Pour ce qui est de grignoter des herbacées ou surveiller les alpages, tout le monde est logé à la même enseigne. Une étude menée dans les Grisons a révélé que les marmottes se concentrent sur les plantes les plus nourricières, comme le trèfle des Alpes, pour faire des réserves. Quasi exclusivement végétariennes, elles passent la moitié du temps d’éveil à se nourrir et avalent quotidiennement près de 1,5 kg de nourriture vers la fin de l’été. Elles prennent ainsi entre 15 et 25 g par jour à cette période. En dehors de cette activité cruciale, toutes aiment tisser des liens via des toilettages mutuels, joutes amicales ou attouchements…
Coopérer
Les individus matures apparentés au couple dominant et qui ne se sont pas encore émancipés restent subordonnés. Le marquage du chef supprime l’activité reproductrice des mâles de sa famille. Ces dominés marquent parfois aussi le territoire, mais au-delà d’une certaine mesure, ils sont réprimandés par le chef. Ils aident à l’élevage des jeunes en participant à la surveillance des alentours et en réchauffant le terrier durant l’hibernation sociale. L’importante implication des mâles pour la survie des juvéniles expliquerait pourquoi il y a moins de femelles dans le sex-ratio des portées.
S’imposer
Être un mâle dominant chez les marmottes n’est pas de tout repos. Au sein de la colonie, c’est lui qui défend le territoire d’une taille moyenne de trois terrains de foot. Ainsi, un individu étranger qui s’aventurerait trop près serait aussitôt averti par un cri ou un remuage de queue accompagné d’un jet d’urine. Car le risque est grand : si un mâle étranger chasse le dominant de la famille, il tuera les petits de l’année.
Pour éviter les affrontements, les marmottes ont du flair. Le boss parcourt les nombreux chemins empruntés par ses congénères et marque les rochers et le sol de ses phéromones. Semblables au musc, elles sont sécrétées par des glandes jugales situées entre les yeux et les oreilles, ainsi que par des glandes anales, plus particulièrement utilisées à proximité du terrier. Ces barrières chimiques dissuadent généralement les intrus qui ont tout intérêt à éviter un affrontement coûteux en énergie.
Composer
La femelle aide également à asseoir l’autorité du couple sur la petite famille. Si une congénère de second rang vient à être fécondée, elle ne parviendra pas au terme. Elle sera harcelée et stressée par la dominante qui agit alors en véritable despote !
Cette dernière tolère cependant les incursions de consœurs étrangères qui portent une descendance extrafamiliale. Les faits parlent pourtant : jusqu’à 19 % des jeunes ne proviennent pas du couple légitime. En début d’été, la femelle gestante prête à mettre bas ne supporte plus aucune présence aux alentours de la loge de parturition. Elle donnera naissance à deux à six petits pesant seulement 30 g. Elle veillera sur eux avec soin et leur montrera comment sociabiliser pour s’intégrer à la communauté.
Jouer
Pour les nouveau-nés du début de l’été, la mi-juillet signe la grande sortie du terrier. Si les marmottes partagent une passion pour la sieste et les encas, les juvéniles s’adonnent volontiers au jeu. Dans ce nouvel environnement riche en stimulus, seuls les adultes responsables les ramènent à la réalité via des alertes répétées. Cela ne suffit pas toujours à pallier l’imprudence des marmottons, car seulement 20 à 30 % arriveront à l’âge adulte. Dans certaines régions alpines, 80 % de la nourriture des aiglons est à base de jeunes marmottes. Quand tout se passe bien, une marmotte peut espérer vivre douze ans.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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