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Manon Béréhouc veille sur les chauve-souris endormies

De grottes en carrières désaffectées, Manon Béréhouc immortalise les chauves-souris dans leur sommeil hivernal. Rencontre avec un petit rhinolophe endormi…

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© Manon Béréhouc
Chiroptérologue de formation, Manon Béréhouc a publié « ­Cavernicoles », qui rassemble presque sept années de présence aux côtés des chauves-souris. / © Manon Béréhouc

« Pendant mes études d’écologie et biologie, je devais réaliser un stage à Madagascar sur les baleines à bosse, mais il n’a pas pu se faire à cause de l’épidémie de Covid. Je me suis donc dirigée vers une association près de chez moi dans les Deux-Sèvres, qui m’a proposé un stage sur les chauves-souris. J’ai dit oui pour essayer, et je n’en suis jamais ressortie ! Le jour de mes 20 ans, j’ai participé à une capture à but scientifique. La personne qui la gérait m’a mis un grand rhinolophe dans les mains. Je n’avais jamais porté de chauve-souris ni vu une d’aussi près. Je suis tombée amoureuse de cette toute petite chose qui mangeait mon gant, c’était adorable. C’est ce qui m’a donné envie de travailler avec elles. D’abord de manière scientifique, puis par l’image pour le côté moins intrusif. Je réalise mes photos pendant les comptages scientifiques hivernaux avec des chiroptérologues et des bénévoles. On se rend dans les cavités en journée, car les chauves-­souris sont en hibernation à cette période. Il y a peu de grottes naturelles dans ma région actuelle, la Nouvelle-Aquitaine, ces cavités sont donc très souvent d’anciennes carrières d’extraction de calcaire.

Réveiller des chauves-souris hibernantes peut leur être fatal. Elles le font naturellement toutes les deux à trois semaines pour se réhydrater ou changer de paroi. Mais des mouvements ou des bruits peuvent leur faire croire à un danger, et de multiples réveils peuvent les amener à ne plus réussir à se rendormir ou s’épuiser au point de ne plus pouvoir se réveiller. Je mets donc un point d’honneur à ne prendre qu’une photo par individu.

Si elle est ratée, tant pis ! En fin de compte, je supprime la plupart de mes clichés. Si j’en garde un par session, c’est déjà bien. C’est pour cela que j’ai mis six ans à faire mon exposition…

Les rhinolophes aiment se suspendre aux plafonds, tandis que d’autres espèces préfèrent les fissures. / © Manon Béréhouc

À part à l’entrée et dans quelques rares endroits, la luminosité n’est pas suffisante pour faire des photos à la volée. J’ai donc un boîtier qui monte haut dans les ISO et un objectif avec une grande ouverture, afin de ramener de la lumière. Je prends toujours un trépied avec moi pour faire des poses longues, de dix à trente secondes. J’arrive ainsi à obtenir assez de clarté avec un éclairage très faible sur un pan de mur, par exemple. Je profite aussi des moments où mes collègues éclairent des individus pour les compter.

Lire aussi: les chauve-souris en 8 chiffres surprenants

La photo ci-dessous a été prise en février 2025, dans une ancienne carrière d’extraction de calcaire en Dordogne. Des bâches en plastique sont restées de l’époque où elle abritait une champignonnière : aujourd’hui, les cavités sont remplies de déchets. Des petits rhinolophes, quasi exclusivement, s’y accrochent. Alors que nous avancions vers une de ces bâches dont le plastique était déchiré, nous avons réalisé que l’un des lambeaux était en fait une chauve-souris ! Au début, nous croyions que sa patte, dans une drôle de position, était cassée, mais s’il y avait eu une fracture, elle aurait été gonflée. Au vu des gouttes d’eau sur la bâche, je pense que le petit rhinolophe a simplement glissé. Le fond noir n’est pas dû à l’utilisation d’un flash : c’est que, derrière, il y a 1 km de tunnel ! J’ai rarement fait des photos de petits rhinolophes sur des bâches aussi bien dégagées. Je n’ai pas pris d’autres clichés dans cette grotte – ou alors ratés, évidemment... »

Petit rhinolophe (Rhinolophus hipposideros), Dordogne, février 2025 / © Manon Béréhouc

Des comptes d’hiver

Les comptages hivernaux, qui ont lieu sur les mêmes sites chaque ­année, permettent d’obtenir les tendances des populations. Cela permet ­ainsi la mise en place de mesures de gestion des espèces de chiroptères.
Ces comptages sont très encadrés ; le fait d’entrer dans des cavités représentant déjà un risque de dérangement. Ces expéditions doivent donc se faire avec une personne formée : les chauves-souris sont protégées par la loi, et il est interdit de les perturber intentionnellement. Il est toutefois possible de se rapprocher d’associations afin de devenir bénévole et participer à ces comptages.

Grand rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum). / © Manon Béréhouc

Au ralenti

Pour passer l’hiver, les chauves-souris élisent domicile dans des sites aux conditions stables, à l’abri du gel et des variations de température. Pour les rhinolophes, la température idéale oscille entre 6 et 12 °C, avec une forte humidité. Afin d’entrer en hibernation, comme les autres chiroptères, le petit rhinolophe réduit son rythme cardiaque : en quelques heures, il passe ainsi d’entre 300 à 400 battements par minute à ­seulement 10 à 80 battements. Une fois stabilisé, son pouls descendra à un rythme entre 11 à 25 battements par minute. Pour se protéger durant ce sommeil hivernal, le petit rhinolophe s’enveloppe dans ses ailes d’une envergure de 20 cm environ.

Couverture de La Salamandre n°292

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 292  Février - mars 2026, article initialement paru sous le titre "Songes de rhinolophes"

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