© Sophie Luciani

Au pied des champignons, avec la photographe Sophie Luciani

Sophie Luciani capte des micropaysages dans les sous-bois. Avec son art de la macrophotographie, elle fait ressortir les champignons des tapis de feuilles automnaux.

Sophie Luciani capte des micropaysages dans les sous-bois. Avec son art de la macrophotographie, elle fait ressortir les champignons des tapis de feuilles automnaux.

Ce que j’adore à l’automne, c’est photo­graphier le sol et nouer un contact avec lui. Je scrute les flaques d’eau, les feuilles mortes. Il y a d’abord septembre et ses lumières douces, octobre et ses feuilles d’or, puis la salamandre qui sort sous la pluie de novembre. Pour les macrophotographes, cette saison est aussi l’occasion de partir en quête de champignons. Non pas pour en remplir des paniers entiers qui finiront en omelettes, mais plutôt pour en faire des tableaux graphiques dans lesquels ils tiendront le rôle vedette. Car c’est bien cela qui distingue photographie animalière et végétale. Ici, il n’est pas question de rechercher des attitudes, ou de capturer des instants de vie, comme j’ai pu le faire lors d’affûts au renard, dont le regard du petit peut suffire à vous emporter.

En macro, il s’agit d’une recherche picturale, faite de lenteur et de patience. Habituellement, j’emprunte des chemins et des sentiers peu fréquentés pour arpenter le sous-bois. Je laisse alors traîner mon regard à la recherche du plus discret détail, de ce qui ne se voit pas au premier abord.

Lorsque l’œil accroche enfin un champignon, je m’en approche. Et comme pour tout sujet en macrophotographie, je tourne autour, je cherche le meilleur angle, un ­arrière-plan satisfaisant, une belle lumière, une ambiance particulière. Pour cela, il faut parfois se contorsionner, s’allonger dans la terre, se relever les cheveux pleins de feuilles mortes, peu importe. Mais la récompense est gratifiante. C’est la lumière qui passe au travers de lamelles cachées sous un grand chapeau marron ou la silhouette floue d’une feuille de houx qui rappelle celle d’une chauve-souris. L’ingrédient principal, dont on ne peut pas se passer, c’est l’émotion. Lorsque l’on est saisi par ce que l’on découvre dans le viseur, il faut déclencher. Pour ma part, ce qui me touche le plus, ce sont les couleurs, la façon dont elles pourront se mélanger les unes aux autres, surtout si l’on choisit une faible profondeur de champ.

Et puis, il y a ces sujets plus charismatiques que les autres, comme l’amanite tue-mouches. Je la cherchais depuis longtemps sans succès, parce qu’elle ne hante pas les forêts autour de chez moi. Par chance, un jour, quelqu’un a eu la gentillesse de m’indiquer un endroit où il en trouve régulièrement. Je m’y suis rendue.

Les champignons de près avec la photographe Sophie Luciani
Emergence d’une amanite tue-mouches, des champignons de la même espèce en arrière-plan. Forêt domaniale de Saint-Léger en Côte-d’Or, le 24 octobre 2014 à 17 h 26. / © Sophie Luciani

La lumière est un peu triste en cet après-midi de novembre, mais ici et là, des taches écarlates colorent étrangement le sol terne de la forêt. Je m’allonge à côté des petites boules rouge et blanc. Si les bois sont propices à nous rappeler les contes de notre enfance, ce champignon l’est encore plus. J’y vois le petit chaperon rouge, mais aussi de véritables familles de champignons, car selon leur niveau de maturité, les amanites sont de tailles et de formes différentes. Peut-être est-ce cela qui me décide à prendre dans mon viseur une jeune amanite, pour laisser deviner en arrière-plan un spécimen beaucoup plus imposant et protecteur avec son large chapeau rose orangé. Dans ce tableau miniature, je retrouve ce que je préfère : l’opposition et l’harmonie des couleurs complémentaires. Légèrement surexposés, mes sujets semblent comme baignés de lumière.

L’amanite, pleine de vie

Ce champignon célèbre pour ses couleurs vives et pour sa toxicité pousse dans les forêts de conifères et de feuillus, avec une préférence pour les pins et les bouleaux. Mais on peut aussi trouver l’amanite tue-mouches dans les parcs urbains ou les jardins. Comme souvent dans le règne fongique, Amanita muscaria a cependant besoin d’une condition pour se développer : avoir un arbre comme partenaire. Concernant son étrange apparence, les flocons blancs visibles sur le chapeau du champignon sont les restes d’un voile qui recouvrait l’individu lors de son émergence. Une forte pluie peut les faire disparaître, et provoquer une confusion entre l’amanite tue-mouches et sa cousine comestible, l’amanite des césars.

Les champignons de près avec la photographe Sophie Luciani
Un bokeh pour capturer l’essence du champignon / © Sophie Luciani

En quête de détails

La macro, c’est la photographie d’un très petit sujet pour modifier la perspective qu’on a de celui-ci. Sophie Luciani a plongé dans ce monde du minuscule par hasard. Le premier appareil qu’elle a emmené pour aller en balade n’était pas équipé pour faire de la macro. Mais cette amoureuse de la forêt a tout de suite fait des plans très serrés pour aller chercher des détails presque invisibles aux pieds des arbres. Elle apprécie la façon dont cette technique fait ressortir des tons et permet au spectateur d’être complètement immergé dans la couleur.

Sophie Luciani

Les champignons de près avec la photographe Sophie Luciani

Cette photographe française est installée dans un petit village de Côte-d’Or. Agée de 47 ans, Sophie Luciani s’est mise à la photographie en 2011 et s’est très vite prise de passion pour la macro. Sur son site web, elle accompagne certaines de ses images de textes philosophiques ou poétiques.

Couverture de La Salamandre n°278

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 278  octobre - novembre 2023, article initialement paru sous le titre "Symbiose avec l’automne"

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