Oui, les insectes aussi ont souffert de la canicule !

Il n’y a pas que les oiseaux, les amphibiens, les humains et autres mammifères. L’entomologiste, auteur et conférencier François Lasserre nous rappelle que le petit peuple des insectes aussi a souffert des canicules et de la sécheresse.

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On a donné de l’eau aux oiseaux et aux hérissons dans nos jardins. Mais qu’en est-il de l’impact des températures caniculaires sur les insectes ?

Les insectes, c’est un sujet très vaste : des milliers d’espèces et des cycles de vie complexes qui vont se manifester par des œufs, des larves, des chrysalides ou des adultes ( imagos ) selon les périodes et les régions. Globalement, oui, les canicules longues et à répétition, tout comme les sécheresses, ont des effets néfastes sur les individus de cet immense groupe animal. L’accès à la nourriture peut devenir très difficile, par exemple pour les criquets ou les chenilles dans les prairies grillées par le soleil. Les insectes floricoles ( abeilles, guêpes, mouches etc. ) auront du mal à s’hydrater en l’absence de fleurs à nectar. Rappelons que beaucoup d’insectes sont liés à des plantes précises qui, si elles disparaissent du paysage, entrainent une mortalité inévitable chez les insectes.

© Audrey Nicoleau

Comment survivent-ils ?

La plupart vont s’abriter dans des microhabitats humides ou ombragés. Certains entrent en quiescence, façon d’estiver en ralentissant leur activité. Certaines coccinelles le font déjà l’été en l’absence de pucerons. Dans l’ensemble, les insectes des latitudes élevées ( nord de l’Europe ) ne sont pas habitués à ces conditions et ont éprouvé des difficultés d’adaptation.

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Je préfère parler de l’impact sur les individus et non sur les espèces. Les premiers souffrent de la chaleur et de la déshydratation et peuvent mourir ou ne pas se reproduire. Les espèces dans leur ensemble ne sont pas directement menacées par un accident météorologique ou climatique. En revanche, si de telles conditions venaient à être quasi annuelles, il y aurait un impact sur la diversité. Avec, paradoxalement, des insectes du sud, mieux préparés, qui pourraient remonter vers le nord…

Qu’avez-vous observé personnellement cet été concernant ces êtres à six pattes qui vous sont chers.

Les insectes sont les premiers animaux qu’on voit autour de nous dès le petit déjeuner et dès les premiers pas d’une balade, ils sont normalement partout. J’ai donc très vite remarqué que ces êtres vivants étaient comme moi, comme nous, hébétés, en recherche de cachettes… Et j’ai noté une forme d’absence qui s’est traduite aussi par un certain silence. Comme beaucoup, j’ai constaté l’absence des moustiques. Un ressenti positif, mais révélateur d’un phénomène peu réjouissant : la disparition des moindres pièces d’eau. Plus positif, j’ai remarqué que certains papillons continuaient à voler vigoureusement. Je pense que parmi eux, il y avait des espèces migratrices, habituées aux longs trajets dans des conditions difficiles, comme les belles dames.

Guêpes et frelons, ces compagnons plus ou moins appréciés de l’été ont brillé par leur rareté, semble-t-il ?

C’est général, mais on le remarque plus sur ces insectes auxquels ont fait habituellement attention, soit parce qu’on les craint, comme les guêpes et apparentés ou les moustiques, soit parce qu’on les aime, comme les papillons ou les coccinelles. S’il fait trop chaud, les insectes sont physiologiquement altérés. Physiquement, ils sont limités dans leurs déplacements.

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Dans le cas des guêpes, le manque d’eau pour rafraîchir et hydrater l’intérieur du nid peut être fatal. Tout comme le manque d’insectes proies pour les adultes. En fin de compte, moins de déplacements, plus de mortalité, moins d’éclosions… cela conduit à une rareté effective de la plupart des insectes sur toute la durée de cet été hors norme.

Y aura-t-il moins d’insectes au printemps prochain ?

Difficile à dire précisément. Mais si le cycle est affecté, comme la reproduction des adultes ou la survie des larves, il y aura probablement des conséquences négatives au moins localement et pour certains groupes. La difficulté à prédire ceci vient du fait que les espèces ne sont pas partout au même stade de leur cycle à un moment donné. Dans le cas de pièces d’eau totalement vidées cet été, on peut supposer qu’il y aura eu beaucoup moins de reproduction d’insectes aquatiques… Avec des impacts démographiques probables, néanmoins amenés à se résorber avec le temps si les conditions des mois à venir se normalisent à nouveau et suffisamment longtemps.

Certains insectes profitent-ils de ce chaos apparent ?

Oui, cela peut profiter à certains insectes. Je pense aux punaises des céréales, originaires du sud et qui sont habituées à ces conditions. Elles sont donc de plus en plus nombreuses ces dernières années. Les groupes opportunistes et souples, comme certaines mouches, peuvent profiter des perturbations. Les espèces méridionales, comme je l’ai dit, peuvent tirer leur épingle du jeu.

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