« Au bon endroit, au bon moment » avec la relève de l’ornithologie romande

Tous les mois, des passionnés d’ornithologie se retrouvent au sein de la section « jeunes » de Nos oiseaux. Escapade en leur compagnie à La Chassagne d’Onnens (VD).

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À la sortie de la gare d’Yverdon, un petit groupe d’adolescents se détache du ballet d’arrivées-départs. Vestes et pantalons de randonnée aux teintes vert-marron, jumelles au cou, et, pour certains, entre leurs mains, d’imposants objectifs et longues-vues. Pas de doute, c’est bien eux, le Groupe des jeunes de la société Nos oiseaux, sur le point de partir en excursion. L’association organise diverses activités à travers la Suisse romande, entre construction de nichoirs, plantation de haies ou encore suivi d’espèces, parfois en collaboration avec d’autres organismes tels que Pro Natura.

La bande de ce jour s’est rassemblée pour une sortie d’observation menée par Kahleo Thompson. Étudiant en master de biologie spécialisé en ornithologie et en herpétologie à Neuchâtel, le bénévole encadre des sorties depuis trois ans environ. Aujourd’hui, direction La Chassagne d’Onnens, entre prairie sèche et vieille chênaie. Dans le bus, chacun annonce son « espèce-bain » : ceux qui trouvent l’animal qu’ils ont annoncé devront se jeter dans le point d’eau le plus proche. « À chaque fois, ils ont peur de se mettre à l’eau, alors ils choisissent des espèces improbables », rit Kahleo. Pour Nicolas Henninger, 14 ans, qui n’en est pas à sa première sortie, ce sera donc le pluvier ­argenté.

Aigle en vue

La balade commence sur les chapeaux de roues. À peine descendus du bus dans le village d’Onnens, les jeunes ornithologues ne peuvent résister à l’appel strident d’un torcol fourmilier et se lancent à sa recherche, tandis que Kahleo tente de compter ses troupes. À une dizaine de minutes de là, sur le site de La Chassagne, une autre belle observation les attend. Intrigué par une branche à la forme singulière, Gaël Escabert, 15 ans, vient de débusquer un hibou moyen-duc. Une séance photo s’impose… un second hibou, encore mieux camouflé, est aussi repéré. ­Enfin, l’ascension de la colline reprend. Tandis que les jeunes gardent le nez en l’air, Kahleo scrute les amas de pierres sur son chemin. « Cet endroit grouille de vipères, c’est pour ça que je l’ai choisi. » Observer les oiseaux n’empêche pas de s’intéresser à ce qui se passe à nos pieds.

Lire aussi : torcol, pic vert, pic cendré, trois chercheurs de fourmis

Arrivé sur un plateau d’herbes sèches à environ 600 m d’altitude, le groupe s’arrête de nouveau et reprend les jumelles. Au loin, à peine visible, la silhouette d’un grand rapace est assaillie par deux autres plus petites, des buses. Mais à qui s’en prennent-elles ? La taille suggère un aigle. Vite, on s’équipe du plus gros objectif avant de le perdre de vue. Puis, agglutinés autour de l’écran, les adolescents débattent. Ailes en forme de planche, virgule claire… Un aigle criard ? « Elle est en deux pixels, ta virgule ! », raille l’un d’eux.

« Si c’est bien un aigle criard, alors a fait une observation vraiment rare, juge Kahleo. C’est un rapace qui niche dans l’est de l’Europe, il s’agirait donc d’un migrateur de passage. » Pour être sûr de son identification, le groupe décide d’appeler son mentor, l’ornithologue expert Lionel Maumary. Coup de chance, il décroche du premier coup. L’hypothèse lui ­paraît juste. Effusion de joie. « On était au bon endroit, au bon ­moment, commente Kahleo. Ça n’arrive pas souvent ! »

Dans le bois des Vernes, changement de paysage après les prairies sèches de la Chassagne.

Ambiance relâchée

Cela fait bientôt quatre-vingts ans que le Groupe des jeunes, qui compte un peu plus d’une centaine d’adhérents, partage ainsi sa passion. Mais ici, pas de vieux de la vieille : les membres arrivent dès 10 ans, sont formés par leurs aînés et, passés les 25 ans, doivent céder leur rôle de guide à la génération suivante.

Cet environnement réservé aux jeunes leur permet de profiter de moments plus détendus et, pour certains, c’est ce qui compte le plus. « Je n’apprends pas beaucoup de choses, admet Siméon Bergier, 14 ans, habitué des expéditions naturalistes. Je viens surtout pour l’ambiance. » Pour les moins experts, c’est l’occasion de se former dans une atmosphère bienveillante, et de se construire un cercle amical dans un domaine peu connu de leurs camarades de classe. « Ils se forment des petits groupes ici, et ils peuvent ensuite partir en voyage ensemble », observe Kahleo, lui-même passé par là.

À midi, l’excursion sur le site de La Chassagne est terminée. Le jeune bénévole déclare ouverte la séance de lutte qui clôt traditionnellement ses sorties. On rit, on roule, on s’entasse... La relève est assurée.

Le saviez-vous ?

Malgré son aspect aride, le site naturel de La Chassagne d’Onnens, au pied du Jura vaudois, est réputé pour la richesse de la faune et de la flore qu’il abrite. Il est inscrit à l’Inventaire fédéral des paysages, sites et monuments naturels d’importance nationale (IFP). La prairie, ponctuée d’arbres et de buissons, séduit des oiseaux comme le tarier pâtre, le bruant jaune ou encore le hibou moyen-duc. Au printemps, cette vaste étendue est égayée par les couleurs de diverses orchidées, incluant l’orchis homme-pendu et l’orchis mâle. Les tas de pierres qui parsèment le site, eux, sont le refuge de reptiles tels que la vipère aspic.

De son côté, la vieille chênaie offre un abri de choix pour le pic mar, spécialiste de ce type de milieu et menacé en Suisse par sa régression.

Hibou moyen-duc / © Cyrill Ruoso / Biosphoto

Pour aller plus loin

Notre guide nature Les oiseaux : Apprenez à identifier rapaces, passereaux, oiseaux des lacs et plus encore !

Couverture de La Salamandre n°294

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 294  Juin - Juillet 2026, article initialement paru sous le titre "La relève de l’ornitho"
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