Quand la mésange reste l'hiver
Mésange charbonnière en train de picorer au sol. / © Denis Clavreul

Cet article fait partie du dossier

Mésange mi-démon

Comment la mésange passe-t-elle l’hiver ?

Certains oiseaux migrent au soleil pour l'hiver, la mésange charbonnière préfère affronter le froid. Graines et insectes sont rares? Qu'importe! Parfois canaille, elle fait preuve de jugeote pour picorer malgré tout.

Auteur

Fleur Daugey



Certains oiseaux migrent au soleil pour l'hiver, la mésange charbonnière préfère affronter le froid. Graines et insectes sont rares? Qu'importe! Parfois canaille, elle fait preuve de jugeote pour picorer malgré tout.

La forêt scintille. La lumière de l’aube effleure les perles de givre qui recouvrent l’écorce. Une mésange charbonnière a passé la nuit tapie au creux d’une ancienne loge de pic. D’un saut, elle quitte son refuge et se perche sur un rameau dénudé. Son bec nerveux lisse quelques plumes. Bien vite, elle s’élance, active et résolue à faire face à la rigueur de l’air. Jusqu’au retour du printemps, la charbonnière sera fidèle à une seule et même devise : survivre, à tout prix.

L’union fait la force

D’ordinaire peu sociable, le passereau consent à intégrer de petits groupes en hiver. Quand les baies et les insectes sont rares et dispersés, mieux vaut s’y mettre à plusieurs pour inspecter les moindres recoins. On profite ainsi des trouvailles des autres. En bande, se met aussi en place un système de sécurité. Car, lorsque les feuilles sont tombées, les prédateurs affamés repèrent leurs proies facilement. Certains individus surveillent pendant que les autres mangent. Au moindre survol d’un épervier, un cri d’alerte et la troupe disparaît.

La mésange a aussi rendez-vous avec la mangeoire, inépuisable manne qui semble tombée du ciel. Forte de sa grande taille, elle houspille pinsons et chardonnerets et domine souvent la scène. Seul le rougegorge, aussi impétueux qu’elle, lui tient parfois tête.

Quand la mésange reste l'hiver
« Il fait froid et gris. Près d’un bouquet d’arbres, cette charbonnière cherche de la nourriture dans l’herbe en compagnie d’une grive musicienne. Plumage gonflé, nuque légèrement hérissée. » / © Denis Clavreul

Pique-assiette

Et puis, quand des milliers de moucherons pris dans la glace apparaissent soudainement au dégel d’une rivière, le cadeau inattendu attire de nombreux oiseaux. La mésange noire, la plus petite des mésanges européennes, cache son butin sous les lichens des troncs d’arbre ou entre les aiguilles des conifères. La charbonnière, elle, mange tout ce qu’elle peut sur place. Pourquoi faire des provisions quand on peut se servir dans celles des autres ? A l’occasion, elle piste une mésange noire qui tente de dissimuler des insectes. A peine la prise est-elle déposée que la charbonnière bouscule l’infortunée et s’approprie son butin.

Quand la mésange reste l'hiver
© Denis Clavreul

Un couple en hiver

Survivre n’est pas tout. La saison des amours se prépare déjà en hiver. Au moindre rayon de soleil, le mâle se perche bien en évidence, faisant entendre un chant énergique. Il virevolte, se pose un peu plus loin et lance un trille qui résonne comme une invitation à destination des femelles.

Dès le mois de janvier, on peut observer des duos qui vadrouillent de branche en branche. Ces couples seront probablement les parents des pontes les plus précoces, dès fin février. Mais, pour l’instant, le froid est toujours là et la mésange doit déployer des trésors d’ingéniosité pour se nourrir. Quitte, à l’occasion, à toquer à la porte des ruches…

Quand la mésange reste l'hiver
Mésange charbonnière avec une graine dans le bec / © Denis Clavreul

À table !

Que mange-t-elle ? En automne et en hiver, fruits et graines sauvages : faines, noisettes, fruits du fusain, de l’if et de l’aubépine, baies de lierre. Et bien sûr, les graines et boules de graisse des mangeoires. Au printemps, punaises, araignées, pucerons et mouches. Les chenilles sont sa cible favorite pour l’élevage des petits. En été, chasse aux papillons. Ils n’échappent pas à sa vivacité. La charbonnière apprécie aussi les graines des baies du sureau et de la mûre mais n’en mange pas la chair.

Article initialement publié dans la revue Salamandre sous le titre "Objectif survie"

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Couverture de La Salamandre n°196

Cet article est extrait de la Salamandre

n° 196  Février - Mars 2010
Catégorie

Dessins Nature

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