Les enfants terribles du héron
Les héronneaux grandissent vite entre franches ripailles et bousculades familiales.
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Le printemps s’affirme haut et fort. Baignée de vert tendre, la colonie a complètement changé d’allure. Très affairés, les grands oiseaux vont et viennent dans un concert de cris gutturaux. Nous sommes en plein jurassique : les hérons sont des dinosaures.
Une mort, un sursis
En toile de fond, le marais qui fume et les bourgeons qui éclatent. Au premier plan, des poussins échevelés sur leur nid de branchages : cous reptiliens, pattes immenses. Ils peinent à tenir debout sur l’espace restreint de la plateforme. Hier encore ils étaient quatre, mais le dernier-né est mort de faim. Ses frères, voraces, ne lui ont pas laissé une miette. Le cadet est en sursis : trois fois moins lourd que ses deux aînés, il semble pourtant bien décidé à se battre.
Dressé par-dessus la mêlée, le père héron joue les vigies. Des cris aigres et discordants fusent autour de lui. Des voisins ricanent, des petits cancanent, tandis que des ombres immenses tournoient et défilent entre les frondaisons. La femelle ne devrait pas tarder, l’attente n’a que trop duré.
Bouillie venue du ciel
Soudain un cri familier retentit au-dessus des héronneaux. Leur mère arrive, l’estomac chargé de victuailles. Le mâle lui cède la place et décolle sans effort. Les jeunes se précipitent sur leur mère et s’agrippent à son bec. Il n’en faut pas plus pour qu’elle régurgite prestement au fond du nid le produit de sa pêche : une bouillie de proies prédigérées. C’est aussitôt la ruée, la bagarre, l’orgie. Quelques minutes et tout est englouti. Le calme revient bientôt, tandis que des odeurs de poisson et de fientes se répandent dans l’atmosphère.
Une jeunesse noire
Les statistiques sont cruelles : seuls trois héronneaux sur dix atteindront l’âge d’un an. Dans le nid, la compétition est rude : les plus fragiles, nés parfois une semaine après leurs aînés, meurent de faim, périssent étouffés ou s’écrasent au sol. A un mois, quand le jeune héron se balade de branche en branche, il suffit qu’il s’aventure un peu trop loin pour que le danger le guette. S’il ne réussit pas à regagner seul le nid, personne ne viendra le chercher. Il mourra de faim ou d’épuisement.
A deux mois, c’est le départ. Pêcheur inexpérimenté, le jeune oiseau erre souvent le ventre vide. Ses pairs ne lui font pas de cadeau, mais le harcèlent ou le pourchassent. Livré à lui-même, il doit apprendre à craindre l’homme, le renard, les voitures, les lignes à haute tension.
A six mois enfin, il lui reste à affronter le pire : l’hiver et ses glaçons.
Quelques chiffres
1,7 kilo - Le poussin pèse 30 à 42 g à la naissance. A raison d’une ration quotidienne de 150 à 300 g suivant la période d’élevage, il aura atteint 40 jours plus tard le poids de l’adulte, soit 1’700 g.
6000 kilomètres - Telle est approximativement la distance parcourue par chaque héron au cours de la saison de reproduction. Grâce au radiopistage, des ornithologues ont observé que les parents chassent dans un rayon de 15 à 40 km autour de la colonie tout en s’alimentant de nuit comme de jour. Les petits apprennent tôt la patience, car 4 à 7 heures peuvent s’écouler entre deux nourrissages.
13 semaines - Le tour est joué ! Les hérons prennent en moyenne une semaine pour construire leur nid, 4 pour couver leurs œufs et 8 de plus pour élever leurs jeunes.
Retrouvez tous les articles du dossier : Héron malgré lui.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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