© Guillaume Kaufmann

Histoire d’images : Guillaume Kaufmann, chasseur de flocons de neige

Des sommets sauvages jusqu’aux pavés urbains, Guillaume Kaufmann guette les délicats flocons de neige et leurs formes spectaculaires. « J’aime les voir comme des bijoux. »

Des sommets sauvages jusqu’aux pavés urbains, Guillaume Kaufmann guette les délicats flocons de neige et leurs formes spectaculaires. « J’aime les voir comme des bijoux. »

Guillaume Kaufmann / © Guillaume Kaufmann

" J’ai commencé la photo il y a plus de dix ans durant un tour du monde. À mon retour, j’ai pris conscience que ce type de voyage ne pouvait être qu’exceptionnel, ne serait-ce qu’à cause de l’impact environnemental. J’ai alors voulu m’évader près de chez moi, et tenter de regarder mon pays comme si j’étais un étranger qui le voyait pour la première fois. J’ai tout de suite pensé à la neige, et plus particulièrement aux flocons. Après tout, pour la plupart des habitants du monde, la neige reste un phénomène exotique.

Dans la nature, il faut des conditions parti­culières pour faire une belle photo de flocon. La neige doit tomber sans vent dans une atmosphère souvent magique à mes yeux. Le temps se suspend alors, et c’est là qu’il est possible de capturer les plus beaux cristaux, ceux en forme de dendrites stellaires. La quête est toujours incertaine, je ne sais jamais quand les bonnes conditions vont apparaître, et elles sont difficilement descriptibles. Avec l’expérience, j’ai appris à les sentir. J’ai donc toujours mon matériel photo sur moi, ainsi qu’une écharpe de laine. Si une occasion favorable se présente, je laisse la neige fraîche tomber sur le tissu et je regarde si les cristaux sont esthétiques. J’aime les voir comme des bijoux posés dans un écrin d’étoffe. S’il y en a un qui me plaît, je prends plusieurs photos à l’aide d’un objectif macro, et d’une bague qui me permet de ­réaliser des images à fort grandissement. La série de clichés est ensuite fusionnée en une image unique à l’aide d’un logiciel pour obtenir un rendu d’ensemble plus net. Durant mes séances photo, j’observe parfois les trésors fondre même lorsqu’il fait froid. Ce côté éphémère et poétique me fait penser aux innombrables cristaux qui s’évanouissent avant d’être contemplés…

Les flocons en étoiles ont six branches. / © Guillaume Kaufmann

Bien sûr, il est possible de recréer des conditions favorables en laboratoire afin d’avoir le temps de photographier des cristaux parfaits, avec une lumière artificielle et un fond impeccable. Mais je trouve que cela manque de charme. La plupart du temps, je sors dans les montagnes pour chercher de la belle neige. Et c’est justement dans la spontanéité que j’ai réalisé une de mes plus belles photos. Ce jour-là, je suis en pleine ville de La Chaux-de-Fonds pour aller au travail, quand les planètes s’alignent : une neige légère tombe délicatement sur le sol. Je dispose alors discrètement mon écharpe sur le rebord d’un mur près de l’hôtel de ville, positionne mon trépied et prends quelques clichés.

À lire: Vous aussi, piégez et observer des flocons de neige

J’aperçois une famille de flocons dans une disposition qui rappelle celle d’une étoile filante. Je m’empresse de la capturer avant qu’elle ne s’efface. C’est vraiment la photo de Noël par excellence, je ne pourrais pas la refaire même si je le souhaitais, car on ne peut pas déplacer les flocons dans une disposition précise sans les casser. Je ne fais pas de clichés animaliers, mais je vois un parallèle avec l’excitation de tomber au bon endroit au bon moment. "

Étoile filante de glace La Chaux-de-Fonds, 2016 / © Guillaume Kaufmann

Toujours plus près

Même avec un objectif macro dédié, l’ajout d’une bague-allonge ouvre la porte à des grossissements encore plus spectaculaires. Placée entre le boîtier et l’optique, elle éloigne les lentilles du capteur et réduit la distance minimale de mise au point, permettant de dépasser le rapport 1:1 classique. On accède alors à des détails invisibles à l’œil nu : grains de pollen, facettes d’un œil d’insecte ou cristaux de neige d’une taille allant de 2 à 5 mm. Cette technique, simple et abordable, séduit les photographes naturalistes et scientifiques, mais elle exige rigueur et patience. La perte de luminosité et la profondeur de champ extrêmement réduite imposent souvent l’usage d’un trépied et une mise au point millimétrique.

Guillaume Kaufmann en pleine séance photo. / © Guillaume Kaufmann

Étoiles de neige

Nés de la rencontre entre vapeur d’eau et température négative, les flocons révèlent une structure hexagonale qui découle directement de l’agencement des molécules d’eau en réseaux réguliers. La variété des formes – dendrites, aiguilles, plaques ou colonnes – se dessine selon la température et l’humidité de l’air traversé. Chaque flocon raconte ainsi l’histoire de son voyage atmosphérique, si bien qu’ils ne se ressemblent jamais vraiment. Cette diversité fascine autant les météorologues, qui y trouvent des indices sur les conditions climatiques, que les scientifiques des matériaux, qui s’en inspirent pour concevoir de nouvelles structures aux propriétés innovantes.

À lire: Comment la neige se forme-t-elle ?

Un flocon étoile à la forme dite dendrite. / © Guillaume Kaufmann
Couverture de La Salamandre n°291

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 291  Décembre 2025 - Janvier 2026, article initialement paru sous le titre "Boules de cristal"

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