Présentation d'un jeune gypaète au public. / © Hansruedi Weyrich

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La gypaète connection

Chronique du retour du gypaète en Suisse

Au XIXe siècle, les Alpes helvétiques sont témoins de l’extermination du gypaète. Cent ans plus tard, la Suisse répare l’Histoire avec brio. Chronique.

Au XIXe siècle, les Alpes helvétiques sont témoins de l’extermination du gypaète. Cent ans plus tard, la Suisse répare l’Histoire avec brio. Chronique.

En 1862, le roi de Bavière tue un gypaète mâle dans le Lötschental, en Valais. Sa veuve hante la région durant vingt-cinq ans avant d’être tuée avec un renard empoisonné. La vieille, comme on la surnommait alors, réside maintenant au musée de Zoologie de Lausanne. En 1891, le dernier couple reproducteur est capturé au nid avec son jeune en Valais. La défunte famille est aujourd’hui conservée au musée de Sion. Observé encore à plusieurs reprises, le rapace aux yeux annelés de corail est systématiquement abattu.
L’ultime survivant de ce siècle de terreur est abattu le 3 décembre 1900 à Martigny. Cette fois, c’est la fin du gypaète authentiquement swiss made. Il faudra attendre presque six décennies pour revoir le lammergeier dans le pays. Entre 1957 et 1965, des oiseaux vagabonds venus des Balkans ou de recoins insoupçonnés des Alpes franco-italiennes se montrent à quatre occasions.

Chronique du retour du gypaète barbu dans les Alpes Suisse
© Roland Gerth

En 1974, le premier projet de réintroduction du gypaète dans les Alpes conduit à la capture d’oiseaux sauvages en Afghanistan afin de les acclimater en Haute-Savoie. Malgré l’échec de cette entreprise, la communauté ornithologique européenne s’accroche à son rêve et se réunit en 1986 à Morges (VD). Une idée géniale naît de cette rencontre : pourquoi ne pas élever des gypaètes plutôt que de ponctionner les fragiles populations sauvages ? Bingo, la survie en nature des jeunes nés captifs nourrit tous les espoirs. Après l’Autriche en 1986 puis la France en 1987, la patrie de l’ornithologue Paul Géroudet libère un premier gypaèton d’élevage en 1991, en Engadine, dans le parc national suisse. Soit exactement cent ans après la disparition du dernier couple du pays ! En 1997, des élans du passé refont surface en Valais lorsqu’un chasseur abat la femelle gypaète Republic V au-dessus de Crans-Montana. Jusqu’en 2000, plus de 80 gypaètes sont lâchés dans l’ensemble des Alpes. 2007: carnet rose pour la Suisse avec les premières naissances sauvages, d’abord au col de l’Ofen, dans les Grisons, puis à Derborence, en Valais, où le premier gypaèton romand voit le jour.
En 2018, 15 couples de gypaètes barbus redonnent de l’éclat au ciel bleu des montagnes suisses. Mission accomplie ? Oui, mais le repeuplement se poursuit pour garantir un avenir démographique et génétique solide au grand vautour.

La vue des gypaètes de Zermatt sur fond de Cervin est la plus belle des cartes postales suisses…

Chronique du retour du gypaète barbu dans les Alpes Suisse
Gardes du parc national suisse s’apprêtant à libérer de jeunes gypaètes en 1991. / © Archives Fondation pro Gypaète

Eclairage par François Biollaz

Chronique du retour du gypaète barbu dans les Alpes Suisse
François Biollaz biologiste responsable du suivi du gypaète dans les cantons du Valais, de Vaud et de Fribourg.

Où trouve-t-on le gypaète aujourd’hui en Suisse ?

On peut croiser ce magnifique vautour partout dans nos Alpes. Mais il ne se reproduit pour l’instant que dans les Grisons et en Valais. Un nouveau couple s’établit actuellement dans les Alpes bernoises.

Combien sont-ils dans le pays ?

Impossible à dire. Les gypaètes mettent parfois huit à dix ans avant de se fixer à un endroit pour nicher. La Suisse est donc survolée par des gypaètes de tous âges qui vagabondent sans se soucier des frontières. Concernant les couples nicheurs, nous en avons dénombré 15 cette année, dont 5 en Valais.

Avez-vous observé des naissances ?

Les années se suivent et ne se ressemblent pas. Les cinq couples valaisans ont produit chacun un jeune en 2017. Un record ! Mais un seul gypaèton s’est envolé cette année. Au total, 19 gypaètes romands sont nés dans la nature depuis 2007.

Comment suivez-vous tous ces gypaètes ?

Les jeunes lâchés ont des plumes décolorées pour une identification visuelle. Ils sont également bagués et équipés d’un système de suivi par satellite et télémétrie. Quand la mue efface les marques et que la technologie tombe en panne, nous perdons le contrôle. Il reste l’analyse génétique, de plus en plus pratiquée sur des plumes ou lors de prélèvements sanguins.

La biologiste Franziska Lörcher surveille et nourrit le jeune gypaète quotidiennement pendant 60 à 80 jours après son lâcher. / © Hansruedi Weyrich La balise GPS placée sur le dos de l’oiseau permettra de suivre ses déplacements durant environ deux ans. / © Hansruedi Weyrich Hans Spichtig dépose le gypaèton dans son nid temporaire garni de laine. / © Hansruedi Weyrich En route vers le site de réintroduction. / © Hansruedi Weyrich Décoloration de plumes au péroxyde d’hydrogène, sur un jeune âgé de 85 jours, pour identification visuelle. / © Hansruedi Weyrich Pose de bagues codées lisibles sur le terrain. / © Hansruedi Weyrich

La suite du dossier sur le gypaète barbu.

La réintroduction du gypaète barbu en image dans notre nouveau film La fabuleuse histoire du gypaète.

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La gypaète connection

Couverture de La Salamandre n°249

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 249  Décembre 2018 - Janvier 2019
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