Catégorie de l'article

Quel futur pour les glaciers d’antan ?

Confrontés à des étés toujours plus chauds, les glaciers reculent. Le phénomène n'est pas nouveau mais s'amplifie. Etat des lieux, de saison, avec deux spécialistes.

Abonnés
Les glaciers reculent, ici le glacier de Saleina
Vue panoramique au mois de septembre 2010 sur l'aiguille d'Argentière et le glacier de Saleina (VS), particulièrement déneigé. / © Alessandro Staehli

Les glaciers souffrent et perdent du terrain à vue d'œil. Avec l'isotherme de 0 °C remonté à 3000 m d'altitude, les vestiges des gigantesques étendues de glace du dernier âge glaciaire sont relégués au cœur de nos montagnes. A la fin du XXIe siècle, seuls les glaciers alimentés par de grands bassins d'accumulation ou situés à plus de 4000 m d'altitude subsisteront. Lors du dernier pic glaciaire, il y a 21'000 ans, des calottes polaires et des glaciers énormes recouvraient 30% des terres émergées. Dans les Alpes, seuls quelques massifs pointaient leur sommet rocheux au-dessus d'une épaisse couche de glace.

Etés meurtriers

Les temps ont bien changé, et les bilans inquiètent. « Au-dessous de 3000 m, nos glaciers ne sont plus adaptés au climat actuel » note Martine Rebetez, professeur de climatologie à l'Université de Neuchâtel. Le glaciologue Amédée Zryd confirme: « Entre la fin du Petit Age glaciaire, vers 1850, et l'an 2000, les glaciers alpins ont perdu 30 à 40% de leur volume et plus de 50% de leur surface ! » Le recul a été plus marqué ces 30 dernières années.

Dans la ligne de mire des experts, la hausse des températures. Depuis 1980, la tendance montre une augmentation moyenne de 0,57 °C tous les dix ans. « On a enregistré en particulier des étés très chauds, ce qui accentue le problème de la fonte estivale » , poursuit Martine Rebetez. Jugez plutôt: en 2003, lors de la fameuse canicule, les glaciers alpins ont perdu 3,5% de leur volume. Un chiffre impressionnant. Le responsable ? En grande partie l'homme et les émissions de gaz à effet de serre.

Eau alpine toujours plus rare

S'il faut souvent plusieurs dizaines d'années pour que la glace se forme, la fonte peut être, elle, extrêmement rapide. Et les conséquences sérieuses. A la modification du patrimoine paysager cher au tourisme s'ajoute l'épuisement, plus inquiétant, des réservoirs d'eau douce. Une récente étude de l'EPFZ pronostique une augmentation du débit des rivières alpines en hiver et une diminution à la belle saison, lorsque les besoins en eau de la population et de l'agriculture sont les plus hauts. La production d'énergie hydroélectrique, assurant 50% de la consommation annuelle suisse d'électricité, pourrait aussi être affectée.

Les glaciers suisses constituent 20% des réserves d'eau douce du pays. La baisse des stocks nécessite une réaction à deux niveaux. « Il est indispensable d'investir dans la recherche, afin de prévoir au mieux ce qui va se passer. En fonction des résultats, on pourra envisager de nouveaux scénarios d'exploitation de l'eau des Alpes. Un défi à moyen terme » , analyse le glaciologue valaisan.
Le fond du problème reste évidemment l'évolution du climat. « Contrairement à un accident nucléaire, soudain et irrémédiable, les changements climatiques nous donnent la chance de disposer de temps pour prendre des dispositions et réduire les émissions des gaz à effet de serre » , plaide Martine Rebetez. La Suisse est capable de réaction, à l'image de l'interdiction des gaz CFC, responsables du trou de la couche d'ozone. La prise de conscience est indispensable à cette période interglaciaire. Elle doit intervenir rapidement. Avant que la Terre entre dans une nouvelle phase de glaciation!

Renoncule des glaciers
Renoncule des glaciers / © Alessandro Staehli

La vie après la glace

Le recul des glaciers alpins libère des surfaces gelées depuis des dizaines de milliers d'années, au profit par exemple de la renoncule des glaciers. Ranunculus glacialis est une pionnière typique, qui colonise les pierriers siliceux d'altitude et les matériaux cristallins abandonnés par les glaciers. Un milieu très difficile où seule une végétation herbacée clairsemée peut se développer. Ce mélange de blocs, cailloux et graviers constituant les moraines suffit amplement à la renoncule : ses feuilles charnues et ses racines profondes lui ont même permis de s'installer jusqu'au sommet du Finsteraarhorn, à 4270 m d'altitude!

Plus d'infos

Les glaciers en mouvement, Amédée Zryd, Presses polytechniques et universitaires romandes

La Suisse se réchauffe, Martine Rebetez, Presses polytechniques et universitaires romandes

Réseau suisse des observations glaciaires

Couverture de La Salamandre n°211

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 211  Août - Septembre 2012
Catégorie

Écologie

Ces produits pourraient vous intéresser

Une vie pour la nature

19.90 €

Agir pour la nature – Balcons et terrasses

19.90 €

Le grand livre de la nature

69.00 €

Les plantes sauvages

49.00 €

Découvrir tous nos produits

Poursuivez votre découverte

La Minute Nature
La Minute Nature

Glacier d’Aletsch, un témoin du réchauffement climatique

Rendez-vous dans les Alpes suisses au pied du plus célèbre de ses glaciers. Depuis 1856 il est en fort déclin, il est temps de lutter contre cette situation.

Sciences
Sciences

Pourquoi les glaciers et la neige disparaissent-ils ?

Victimes emblématiques du réchauffement climatique, les glaciers sont en train de mourir. La neige se fait rare et les frimas se raréfient. Que va-t-il rester de nos hivers ?

Dossiers
Dossiers
Abonnés

Carte: loin des glaciers, l’art pariétal s’est développé dans le sud de l’Europe

Où les humains préhistoriques ont-ils peint sur les murs de grottes ? Voici une carte pour se repérer dans l'Europe de l'époque.

Nos 3 revues

Revue Salamandre

Plongez au coeur d'une nature insolite près de chez vous

Découvrir la revue
8-12
ans

Salamandre Junior (8 - 12 ans)

Donnez envie aux enfants d'explorer et de protéger la nature

Découvrir le magazine
4-7
ans

Petite Salamandre (4 - 7 ans)

Faites découvrir aux petits la nature de manière ludique

Découvrir le magazine

La Salamandre est un éditeur indépendant et sans but lucratif entièrement dédié à une cause essentielle : faire aimer la nature. Partez à la rencontre d'animaux petits et grands ou de plantes incroyables qui vivent tout près de chez vous.

Salamandre newsletter
Nos images sont protégées par un copyright,
merci de ne pas les utiliser sans l'accord de l'auteur