L’anémone chevaline, ou actinie rouge, est la seule espèce d’anémone qui supporte ...

Délire de mer

Des créatures fantastiques peuplent les vasques et les rochers des côtes marines. La Salamandre vous convie à une balade tout en finesse dans un univers à l’état brut.

Des créatures fantastiques peuplent les vasques et les rochers des côtes marines. La Salamandre vous convie à une balade tout en finesse dans un univers à l’état brut.

Ici les fleurs sont d’un autre genre. Leurs pétales sont des tentacules et leurs racines des ventouses. Rouge grenat, pourpre noir ou vert émeraude, le cœur des anémones bat au rythme des marées. Prostrée sur son rocher, une actinie rouge attend la vague. Dans son manteau de mucus, elle supporte le soleil et le vent, le froid et la tempête. Et s’accommode d’une eau sans sel quand la pluie tire son rideau sur les côtes. Mais bientôt la mer la submergera. De sa bouche charnue émergeront des dizaines de tentacules. Qu’une crevette ou un poisson les effleurent, ils seront aussitôt dardés d’un poison fatal. Ici les fleurs sont animales et leur passion est carnivore. Bienvenue aux portes de la mer.

Balane / © Christian König

Etoiles

La vie enrobe les pierres, rampe sur les algues, broute, nage ou flotte entre deux eaux. Partout elle accroche des fleurs, des fils et des étoiles au firmament subaquatique. L’anémone s’est mise en mouvement. Ses bras ondulent doucement dans le courant, sensibles à la moindre secousse. Ces animaux culs-de-jatte n’ont ni œil ni cerveau mais n’en sont pas moins capables de discernement. Certains peuvent pirouetter pour trouver une meilleure place, nager pour s’enfuir ou repousser à grands coups de tentacules des voisins trop envahissants. D’autres voyagent incognito sur la coquille du bernard-l’ermite, déjà coiffée d’algues et d’éponges. Ici, le végétal et l’animal se chevauchent et s’enchevêtrent. La combine est un gage de survie, la symbiose un art de vivre.

Anémone / © Christian König

Manchons et tapisseries

Les colonies sont légion. Elles encroûtent les algues marines, tapissent les roches et les coquillages. On les appelle hydraires, bryozoaires, spirorbes ou encore plumulaires et ascidies. Autant de jolis noms qui lèvent à peine le voile sur la complexité des formes et des couleurs de ces créatures multiples.

Bryozoaire / © Christian König
Les individus de cette espèce d’ascidie se regroupent en étoile autour d’un siphon commun. Chaque groupe est empâté dans une gangue de mucus qui s’étend sur la roche. / © Christian König

Faites de polypes, de cils, de branchies et de siphons, elles brassent et filtrent l’eau pour en extraire une nourriture invisible. Lorsqu’un danger s’approche ou que l’eau s’enfuit, elles rétractent dans des cratères minuscules leurs appendices diaphanes.
Aux marées d’équinoxe, pieds nus sur les rochers, je reste effarée devant la beauté de leurs motifs fleuris ou étoilés, déposés là comme une offrande aux Rois des Mers et de la Terre.

Belles éboueuses

Mon regard y croise aussi d’étranges étoiles de mer. Libres de filer, les ophiures font des pointes sur les fonds sableux et abandonnent un bras cassant comme du verre à qui tente de les capturer. Contrairement à leurs cousines aux bras raides et épais, ces étoiles-là ne dévorent pas le contenu des coquillages. Ce sont de belles éboueuses qui piègent les déchets sur leurs membres épineux, avant de les diriger adroitement dans leur bouche à cinq mâchoires.

Ophiure / © Christian König

Macrocosmos

Cachés dans le sable, les algues et les pierres, des prédateurs et des nécrophages sont à l’affût. Les yeux à la mesure de leur appétit. Sous l’eau, c’est sûr, il ne fait pas toujours bon être aveugle.

Grain de café: La porcelaine puce ou grain de café porte et fabrique l’un des coquillages les plus raffinés du littoral. Vagabond des rochers, ce gastéropode est un brouteur d’animaux : il se délecte principalement d’ascidies dont il aspire le contenu grâce à sa trompe. / © Christian König Bouquet: Très appréciée des gastronomes, la crevette rose ou bouquet est translucide à l’état cru. Elle porte à bout de bras des pinces minuscules dont elle se sert pour glaner du plancton et de menus débris. / © Christian König Eulalie: On dirait un mille-pattes, mais c’est un ver marin de la plus belle espèce. Ce carnassier répond au doux nom d’eulalie ou annélide émeraude, en raison du pigment vert qui coule dans ses cellules. L’animal vit dans les algues et les fentes de rochers, où il traque inlassablement paisibles brouteurs et crustacés. / © Christian König Poulpe: Le poulpe est doué d’un mimétisme stupéfiant. En une fraction de seconde, ce chasseur peut changer de couleur pour se fondre dans le décor.
Sa vue est excellente. Les ventouses qui ornent ses bras sont équipées de capteurs chimiques dix fois plus sensibles que la langue humaine. Dès qu’il a repéré sa proie, ce spécialiste de l’embuscade l’enveloppe de ses bras et lui injecte un poison paralysant. Il la ramène ensuite dans son repaire rocheux pour l’engloutir posément. / © Christian König Galathée: Le galathée bigarré ne montre guère sa superbe parure bleu et rouge car il fuit la lumière comme la peste. Nécrophage, il vit sous les rochers de la zone des laminaires, ces algues rubanées qui frangent la limite des marées de basses eaux. Cousin des crabes, il s’en distingue par son rostre et sa nageoire abdominale qui lui permet de fuir à reculons, façon écrevisse. / © Christian König Seiche: Céphalopode comme le poulpe, la seiche vit sur les fonds sableux où elle se nourrit de crustacés et de poissons.
Si sa tenue de camouflage ne suffit pas à tromper l’ennemi, elle le menace en dressant deux longs tentacules au-dessus de sa tête. Puis elle lui crache un nuage d’encre noire, histoire de brouiller les pistes avant de déguerpir. La coloration sépia, d’un rouge-brun sombre, utilisée pour l’art et l’imprimerie, était autrefois obtenue à partir de cette sécrétion. Le nom latin de l’animal est Sepia officinalis. / © Christian König

Pour en savoir plus

Un article pour découvrir la vie de l'estran en dessins et en textes, tiré de la rubrique Tout près d'ici de notre revue.

Guide des curieux du bord de mer, par Vincent Albouy, éd. Delachaux & Niestlé

Connaître et reconnaître la faune du littoral, par Yves Turquier et Maurice Loir, éd. Ouest-France (à trouver d'occasion)

Calme plat chez les soles, par Marc Giraud, éd. Robert Laffont

Guide des bords de mer, par Tony Nelson-Smith, Peter Joseph Hayward et Chris Shields, éd. Delachaux & Niestlé

Couverture de La Salamandre n°192

Cet article est extrait de la Revue Salamandre

n° 192  Juin - Juillet 2009
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