Le chant de bataille de la mésange charbonnière
Tour à tour sentinelle, séducteur, imitateur, le mâle est un chanteur hors pair. Soliste d’hiver et ténor de printemps : un orchestre à lui tout seul !
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Le gel fige encore les rameaux. Pourtant, il suffit que le soleil offre quelques rayons pour que le mâle donne de la voix. Ce n’est qu’un prélude. Quelques semaines plus tard, en mars, le récital commence pour de bon. L’aube ne se lèvera que dans une demi-heure mais les buissons résonnent déjà des aubades des mâles célibataires. Aux côtés du pinson des arbres et du pouillot véloce, la mésange charbonnière zinzinule, à pleins poumons. Deux buts essentiels à ce concert : défendre les limites de son territoire et charmer le sexe opposé.
Aubades et territoire
Le chant signale la présence du propriétaire des lieux pour que chacun reste à sa place. En cas d’incursion d’un rival, la mésange charbonnière ne s’embarrasse pas de politesses. Parades d’intimidation et bagarres sont fréquentes. Quand il ne revendique pas un bout de jardin ou de forêt, le mâle séduit. Il adopte alors un ton plus doux.
Le don de chanteur est une des qualités majeures recherchées par les femelles en quête d’un partenaire. Ceux qui ont le répertoire le plus large attirent beaucoup de groupies. Pour une femelle charbonnière, les belles paroles sont un signe que les actes suivront. Elles ont raison de se laisser séduire, puisque ce sont statistiquement les mâles les plus mélodieux qui mènent le plus grand nombre de petits à l’envol.
Concerto en deux temps
Avec un répertoire de onze chants et 21 cris différents, la charbonnière possède la partition la plus variée de toutes les mésanges. En plus, chaque individu possède un style propre, telle une signature. Les ornithologues entraînés sont capables de reconnaître certaines mésanges individuellement. Le principe du chant de la charbonnière est simple : une syllabe répétée sur deux tons différents. Ce qui donne, par exemple, titu-titu ou tulutiti-tulutiti.
Elles sont aussi des imitatrices qui copient les chants de toutes les autres mésanges et de nombreux passereaux. On connaît encore mal la raison de cette tendance à emprunter les motifs d’autres oiseaux. Une hypothèse serait que mimer les trilles d’un oiseau d’une espèce concurrente contribuerait à protéger son territoire. Bien que moins experte, il arrive aussi que la femelle chante lorsqu’elle défend elle aussi son domaine. Mais, auparavant, elle doit choisir son mâle. Les beaux parleurs ont marqué des points mais la belle hésite encore.
Mésanges des villes
Le chant des mésanges charbonnières peut porter à plusieurs centaines de mètres. Celles qui vivent dans les forêts chantent plus bas que celles qui occupent des espaces ouverts. Les sons graves se diffusent mieux à travers une végétation dense. Dans les haies et les champs, leur voix est plus aiguë. En ville, comme ici aux Buttes-Chaumont à Paris, elles adoptent un ton encore plus aigu. Une adaptation indispensable pour se faire entendre à travers le tintamarre urbain.
Trouver sa place
De quelle taille est le domaine d’une mésange charbonnière ? La superficie du territoire varie entre un et quatre hectares ; cela dépend de la quantité de nourriture disponible. Dans les forêts de feuillus, où les proies sont abondantes, les territoires sont plus petits. A contrario, ils sont plus vastes dans les forêts de conifères. Un mâle qui défend une grande parcelle dépense plus d’énergie pour en contrôler les limites. Une fois que tous les lieux disponibles sont occupés et défendus, il n’est plus possible à d’autres couples de trouver une place. Cela limite les possibilités de se reproduire, mais garantit une nourriture suffisante aux résidents. Les autres devront rechercher un domaine ailleurs ou se contenter d’un espace de moindre qualité.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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