Les centres de soins de la faune sauvage mis à genoux par la canicule
La canicule n’a pas épargné les animaux, en particulier les oiseaux. Les centres de soins de la faune sauvage en France comme en Suisse ont été débordés.
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« Nous clôturons un été meurtrier pour le sauvage », lâche Marie-Pierre Puech, vétérinaire à l’Hôpital de la Faune Sauvage à Laroque, en Occitanie. Le constat est le même du Nord au Sud de la France comme en Suisse romande : les centres de soins de la faune sauvage ont vécu un été éprouvant. Partout, le nombre d’animaux accueillis est en hausse depuis le mois de mai par rapport aux étés précédents. La station occitane a reçu jusqu’à 300 appels par jour durant les quatre mois de canicule. « Nous avons dû limiter les entrées pour respecter nos capacités d’accueil et nos moyens humains », regrette Catherine Audic, bénévole depuis 30 ans.
Parmi les espèces prises en charge, ce sont surtout les jeunes oiseaux qui ont souffert : des martinets et des hirondelles, mais aussi des jeunes hérons garde-bœufs et des aigrettes, tombés de leurs dortoirs. Une large majorité a été admise en raison de la chaleur, les périodes de nidification ayant lieu en pleine canicule. Le centre a également recueilli de nombreux rapaces diurnes et nocturnes. À cause du manque d’eau et des températures, « les adultes n’ont pas trouvé suffisamment à manger », précise Catherine Audic.
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Plus au Nord, le centre de soins Faune Alfort, en Île-de-France, a lui recueilli plus de 7 100 animaux sauvages entre mai et août, soit 11 % de plus que l’année dernière. « Face au pic d’admissions, Faune Alfort a porté ses effectifs de sept soigneurs permanents à 18 personnes mobilisées, soit cinq renforts de plus que prévu pour la haute saison », nous indique Elisa Mora, chargée de communication. Là aussi, beaucoup de martinets — le centre français en a soigné presque 1 000 cette année — et d’hirondelles.
Des nids qui surchauffent
« Lorsqu’il fait chaud, la température à l’intérieur des nids peut devenir particulièrement élevée », explique Sandra Bals, responsable du Centre de soins du parc animalier La Garenne dans le canton de Vaud, en Suisse. « Les jeunes martinets peuvent alors sauter du nid prématurément pour tenter d’échapper à la chaleur, alors qu’ils ne sont pas encore suffisamment développés ou autonomes. » Le centre a recueilli, entre juin et août, 96 oiseaux, contre 67 à la même période l’année dernière, soit une augmentation de 43 %.
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Les soigneurs et les soigneuses alertent sur une situation qui risque de devenir de plus en plus critique pour ces espèces. « Il n’est pas nécessaire d’avoir une canicule sur une longue période pour provoquer des dégâts. Une seule journée à 40 degrés ou plus suffit pour que des oisillons sautent du nid », avertit Caroline Chatton, assistante vétérinaire à la station de soins Rita Roux dans le canton de Fribourg, en Suisse.
Si les oiseaux ont été les premières victimes, d’autres animaux ont souffert, comme les chevreuils, les renards ou les chauves-souris, touchés surtout par le manque de nourriture et d’eau, rapportent plusieurs centres. Les animaux soignés sont plus maigres et affaiblis qu’habituellement.
Chez les hérissons, les fortes chaleurs pourraient également avoir perturbé la reproduction. Le centre Faune Alfort a soigné moins de jeunes érinacéidés qu’à l’accoutumée, « possiblement en raison d’une mortalité accrue avant même qu’ils puissent être repérés et pris en charge », explique Elisa Mora.
Une charge intense pour le personnel
Un été comme celui-ci, les bénévoles et vétérinaires des centres de soins ne risquent pas de l’oublier. « Pendant un mois et demi, je dormais 3 h par jour », témoigne Lydia Bourdeau, vétérinaire du Centre de soins de la Faune Sauvage Poitevine. En mai, elle a soigné plus de 80 bébés hérissons, une « hécatombe ». Puis en juillet, elle a accueilli jusqu’à 150 jeunes martinets en une journée. Entre les crues du début d’année, les vagues de chaleur et les feux de forêt, « les animaux n’ont pas eu le temps de s’en remettre, et nous non plus », déplore la vétérinaire. « Nous essayons de faire notre part : soigner, nourrir, protéger et, lorsque cela est possible, rendre à la nature ceux qui peuvent être sauvés. Mais un centre de soins ne peut pas, à lui seul, résoudre un problème qui nous concerne tous », regrette de son côté Maria Belen Aguirre, vétérinaire à l’Hôpital de la Faune Sauvage.
Pour le personnel, ces périodes où les arrivées augmentent drastiquement sont particulièrement intenses. « Il y a bien sûr la fatigue physique, mais aussi une charge émotionnelle importante », atteste Joan Clara Eberlein, responsable administrative du centre de soins Erminea dans le canton de Vaud. Les journées deviennent plus longues et la charge de travail grimpe car beaucoup de jeunes animaux nécessitent plusieurs nourrissages et soins par jour, et même la nuit.
Manque d’infrastructures et de financement
Pour Joan Clara Eberlein, La dizaine de centres de soins en Suisse romande, dont certains spécialisés sur quelques espèces uniquement, est insuffisante. « Une grande partie de ce travail repose encore sur les dons, le bénévolat et l’engagement des équipes. Lorsqu’un épisode exceptionnel survient, comme une canicule avec de nombreuses arrivées en très peu de temps, les limites de capacité peuvent être atteintes extrêmement rapidement. » Pour Sandra Bals, le problème est surtout une question de financement. « Il n’est pas toujours facile de trouver les ressources nécessaires », note la responsable du centre de soins La Garenne. La prise en charge de la faune sauvage nécessite beaucoup de personnel, de matériel et de ressources. « Un soutien financier plus important et plus pérenne permettrait surtout aux structures existantes de poursuivre et de développer leur travail dans de bonnes conditions. »
Là encore, le constat est le même en France. « Il faudrait un centre de soins par département, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui », affirme Lydia Bourdeau, qui s’est occupée cet été d’animaux venant de neuf départements de Nouvelle-Aquitaine. Autre exemple : l’Hôpital de la Faune Sauvage était seul à tenir cet été en Occitanie avec l’école vétérinaire de Toulouse. Comme nous le dit Marie-Pierre Puech, « les animaux tombent du ciel, mais pas l’argent, ni les soutiens institutionnels ».
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