Stockage de l’eau : quelles sont les alternatives aux mégabassines ?
Alors que l’été a été placé sous le signe des canicules et des sécheresses, les débats autour de l’accès et du stockage controversé de l’eau remontent. Éclairage.
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La loi d’urgence agricole adoptée en juillet 2026 entend doubler les volumes de stockage d’eau d’ici 2035, tout en diminuant les protections des zones humides. Si les bassines se concentrent surtout sur le bassin Loire-Bretagne en Deux-Sèvres, dans la Vienne, en Vendée et autour du Marais poitevin, elles relancent les tensions nationales autour des questions liées à l’eau.
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Tout d’abord, il faut différencier les retenues collinaires, qui se remplissent grâce aux eaux pluviales, et les retenues de substitution ou mégabassines, qui sont remplies en puisant directement dans la nappe phréatique en hiver. Ce sont elles qui font débat, les plus grandes mesurant 18 ha et pouvant contenir l’équivalent de 300 piscines olympiques. Sur le principe, retenir l’eau quand elle est abondante en dehors de l’été pourrait avoir du sens, d’autant que le dérèglement climatique tend à concentrer les pluies en hiver et à favoriser les sécheresses l’été. Mais « la nappe est le principal soutien des étiages des rivières lorsque les précipitations manquent », déclare Stéphane Binet, hydrogéologue à l’Agence de l’eau Adour-Garonne. L’intérêt de cette réserve souterraine tient précisément à son caractère diffus et collectif : elle profite autant aux milieux naturels qu’aux préleveurs. Mais, une fois pompée dans une bassine, l’eau soustraite au milieu ne bénéficie plus qu’à celui qui l’a captée, et s’expose en outre à l’évaporation en plein air.
Étiage désigne la période de l’année où le débit d’un cours d’eau est au plus bas, généralement en fin d’été, quand les pluies se font rares et que l’évaporation est forte. À ce moment-là, la rivière n’est plus guère alimentée que par la vidange lente des nappes souterraines, ce qui explique leur rôle décisif pour soutenir les rivières en saison sèche.
Ces retenues de substitution existent pour irriguer principalement des cultures gourmandes en eau, comme le maïs, plante tropicale mal adaptée aux sécheresses. « Il faut promouvoir les zones humides et retenues collinaires, beaucoup plus résilientes à l’échelle des territoires, plutôt que de tout miser sur des bassines ou de grands barrages », explique Yves Tramblay, hydroclimatologue à l’Institut de recherche pour le développement.
Changer les pratiques
Pour les scientifiques, raisonner à l’échelle d’une parcelle n’est pas suffisant. Les pratiques agronomiques sont indissociables des aménagements du paysage, tels que les haies et bandes enherbées, qui ralentissent l’eau à l’échelle du bassin versant et facilitent l’infiltration vers les nappes. Or, on en arrache plus de 23 000 km chaque année. Elles contribuent pourtant à absorber l’excédent d’eau lors de fortes précipitations.
“Le risque majeur, c’est de mettre sous perfusion un système agricole qui n’a pas été réformé en profondeur.
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Pour Yves Tramblay, « il faut en priorité économiser l’eau et contrôler les fuites, car, dans le réseau, un litre sur cinq n’atteint jamais son destinataire. Il faut aussi réutiliser les eaux usées, ce qui est fait à 1 % en France contre près de 15 % en Espagne, et enfin adapter les cultures ». Encore faut-il que les variétés résilientes, comme le sorgo ou le pois chiche, s’intègrent dans une filière structurée et rémunératrice pour les agriculteurs, ce qui n’est pas le cas à ce jour. Freiner la perte d’eau passe par plusieurs leviers agricoles dans le paysage, « d’abord, amortir la pluie grâce à un sol couvert qui casse l’énergie cinétique de la goutte et infiltre mieux. Ensuite, le stabiliser en limitant le labour, car la matière organique, les galeries des vers de terre et les racines maintiennent la porosité. Et enfin, diversifier les successions culturales », explique Lionel Alletto, agronome à l’INRAE. Avec ces pratiques agroécologiques, il est donc possible d’augmenter de 10 à 15 % la capacité durable de rétention de l’eau en surface.
Techniques alternatives
Le projet R’Garonne a permis de faire remonter une nappe phréatique de 4 m en prenant de l’eau de surface d’un canal qui longe le fleuve, et en la réinjectant dans le sol. Cette technique de recharge est connue, mais avait peu été utilisée avec autant d’ambition dans le monde. « L’été, cette eau va ressortir naturellement à 15 °C dans la rivière, alors que cette dernière est à 25-30 °C », explique Stéphane Binet. Cette fraîcheur agit donc comme un climatiseur naturel, puisqu’une eau plus froide est mieux oxygénée et bénéfique pour la biodiversité aquatique.
Avec les mégabassines, « le risque majeur, c’est de mettre sous perfusion un système agricole qui n’a pas été réformé en profondeur », ajoute Yves Tramblay. 61 % de l’eau consommée concerne l’usage agricole, 24 % la production d’eau potable, 11 % le refroidissement des centrales électriques et 4 % les usages industriels. Les mégabassines sont en grande partie financées par les agences de l’eau, dont le budget est lui-même largement abondé par les ménages. Pour Sara Fernandez, chercheuse à l’INRAE spécialisée dans la géographie politique de l’or bleu, les mégabassines cristallisent les oppositions : « Elles offrent une prise concrète face à des logiques économiques agricoles qui ne sont pas facilement identifiables. » On débat des volumes prélevables, « mais le bienfondé de ce qu’on fait avec l’eau, le modèle agricole qu’elle sert, reste très peu discuté ». Alors que les scientifiques démontrent qu’atténuer les crises liées à l’eau passe par des solutions fondées sur la nature, les politiques choisissent encore des solutions court-termistes, accélérant ainsi les conflits.
Le saviez-vous ?
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Il n’existe pas de recensement officiel du nombre de mégabassines en France. L’État en mentionne une centaine, là où les opposants en dénombrent plus de 300. Juridiquement, la définition des retenues de substitution n’est pas consensuelle, y compris au niveau réglementaire, ce qui entretient la confusion sur ces ouvrages. Sur ces infrastructures, l’évaporation journalière est de l’ordre de la consommation d’eau de plusieurs centaines de personnes.
- 38 % des surfaces irriguées sont des cultures de maïs.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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