En Bretagne, 20 ans à créer des refuges pour les chauves-souris

Nichoirs, mares, haies préservées… Depuis 20 ans, le Groupe mammalogique breton aide à la création de refuges pour les chauves-souris afin de freiner leur disparition.

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La nuit tombe. Une pipistrelle commune pointe le bout de son museau entre les ardoises d’un ancien moulin avant de plonger dans le vide pour s’envoler. Des dizaines d’autres chauves-souris, d’espèces différentes, quittent à leur tour arbres, toits et fissures des bâtisses pour offrir un ballet aérien féerique à qui prend le temps de lever les yeux. « J’observe parfois un Grand Rhinolophe », raconte Catherine Colombéron, propriétaire du moulin où se déroule la scène envoûtante.

« Grâce à elles, je lis les soirs d’été, fenêtre ouverte et lampe allumée, sans être envahie par les moustiques »

De plus en plus rare à observer face au déclin des chauves-souris, cette chorégraphie nocturne perdure grâce à la vigilance de Catherine Colombéron, dans son gîte situé à Saint-Urbain ( Finistère ). À son arrivée en 2010, elle avait fait le choix avec son mari de créer un havre de paix pour la biodiversité. Sur son terrain, la faune grouille et la flore est luxuriante. Une ronce envahissante ? Elle sert d’abri aux hérissons. Des chauves-souris ? Quel luxe, elles prennent le relais des hirondelles à la nuit tombée. « Grâce à elles, je lis les soirs d’été, fenêtre ouverte et lampe allumée, sans être envahie par les moustiques malgré les cours d’eau et les bassins qui entourent le gîte », se réjouit la propriétaire des lieux.

Engagement moral

Pour aller plus loin dans sa démarche de préservation de la nature, Catherine Colombéron a fait appel en 2021 au Groupe mammologique breton ( GMB ) qui, depuis 2006, a accompagné près de 4 000 collectivités, établissements scolaires, associations et particuliers pour créer des refuges destinés aux chiroptères et enrayer leur disparition. « C’est avant tout un engagement moral. En créant de tels refuges sur leur terrain, les propriétaires œuvrent à la préservation de leur environnement, au bénéfice de l’ensemble du vivant », souligne Jean-Marc Rioualen, médiateur mammifères pour le GMB.

Les nichoirs doivent être accrochés à 3 mètres au-dessus du sol au moins. / © Paule-Émilie Ruy

L’association assiste notamment dans la pose d’un nichoir artificiel pour accueillir les chauves-souris. Disponibles dans le commerce ou faciles à fabriquer soi-même, ils doivent être solidement fixés sur un arbre, un mur ou un poteau, loin des lieux de passage et à au moins trois mètres de hauteur afin de permettre aux mammifères volants de prendre leur envol. Une orientation plein sud est conseillée : le soleil réchauffe le gîte, ce qui le rend plus attractif.

A lire : notre guide pour construire un nichoir pour les chauves-souris

Différentes études menées en Europe montrent que le taux d’occupation des nichoirs pour chiroptères varie fortement, allant de 6 % à 100 %. La préservation des gîtes naturels, comme les arbres creux, reste donc essentielle. **« **En ville, les nichoirs sont très efficaces, car les chauves-souris les explorent rapidement faute d’alternatives naturelles. Mais ils ne suffisent pas à eux seuls, elles s’y installeront davantage si le terrain offre de bonnes conditions d’accueil », indique Jean-Marc Rioualen.

Favoriser les insectes

Ainsi, toute action favorisant la présence d’insectes volants, principale ressource alimentaire des chauves-souris, est primordiale pour enrichir leur terrain de chasse et les attirer. L’usage des pesticides est à proscrire, tandis qu’une pelouse laissée friche par endroits, la présence d’espèces végétales indigènes produisant des fleurs pâles, des haies préservées et une mare constituent autant d’habitats propices aux insectes nocturnes. Ces aménagements s’avèrent particulièrement précieux dans les zones urbaines, où les espaces naturels se réduisent parfois à peau de chagrin. Enfin, mieux vaut garder les chats à l’intérieur entre le coucher et le lever du soleil, car ils peuvent blesser ou tuer les chauves-souris.

Lire aussi : les chauves-souris en 8 chiffres surprenants

D'anciens murs plein d'interstices, une haie à proximité : l'environnement idéal pour la chauve-souris. / © Paule-Émilie Ruy

À l’entrée du gîte de Catherine Colombéron, une pancarte érigée par le GMB signale l’engagement du lieu en faveur des chauves-souris. « Cela participe à mieux les faire connaître auprès des clients. Les enfants sont souvent les premiers enchantés », raconte-t-elle. Les refuges fleurissent un peu partout en Bretagne et contribuent à changer le regard porté sur ces discrets mammifères de l’ombre, encore mal-aimés, mais pourtant essentiels au bon fonctionnement des écosystèmes. Derrière ces initiatives se joue aussi l’avenir des chauves-souris : au moins 30 % de leurs effectifs ont disparu en dix ans.

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