L'utriculaire, l'élégante qui aspire ses proies
Utriculaire en fleurs / © Olivier Loir

Cet article fait partie du dossier

Les plantes carnivores à l’attaque!

L’utriculaire, la plante carnivore qui aspire ses proies

Mouches et fourmis ne sont pas les seules cibles. Une élégante en robe jaune aspire ses proies sous l’eau… et même sous terre. Voici l'utriculaire.

Auteur

Julien Perrot



Mouches et fourmis ne sont pas les seules cibles. Une élégante en robe jaune aspire ses proies sous l’eau… et même sous terre. Voici l'utriculaire.

Connaissez-vous cette plante aquatique dont les fleurs jaunes se dressent au milieu des étangs et des méandres calmes ? Linné, ce savant qui refusa d’admettre l’existence de plantes insectivores, la baptisa utriculaire en 1753, autrement dit petite outre à cause des innombrables poches semi-transparentes que ce végétal forme dans son feuillage. On a longtemps cru qu’il s’agissait de flotteurs pour se tenir à la surface. En réalité ce sont des pièges, sans doute les plus sophistiqués au monde.

L’utriculaire se nourrit de ciliés, de flagellés, d’amibes et d’autres protozoaires ainsi que de minuscules crustacés planctoniques. La plante appâte tout ce petit monde avec des substances chimiques. Ses feuilles très découpées participent aussi à l’attraction en favorisant la fixation d’algues dont se nourrissent ses proies potentielles.

Le piège à succion est fermé par un clapet qui ne s’ouvre que vers l’intérieur. L’utriculaire entretient une pression plus basse dans cette poche close que tout autour. Quand une proie touche des cils sensibles, le clapet s’ouvre brutalement. L’eau et la bête sont aspirées à l’intérieur. Puis le clapet se referme et une goutte de mucus scelle l’étanchéité du petit estomac qui commence à sécréter des enzymes. Une fois la digestion terminée, la dépressurisation de l’outre se réarme par pompage de l’eau vers l’extérieur à travers les parois de cette feuille diabolique.

Viande et salade

Plus de 50% des réserves nutritives de l’utriculaire sont consacrées à la construction de pièges si efficaces qu’il est très rare d’en observer un vide. L’utriculaire aspire des protozoaires, des copépodes ou des daphnies, mais aussi de nombreuses algues et des grains de pollen essentiels à son équilibre diététique.

L’été meurtrier

Au printemps, l’utriculaire se régénère à partir de bourgeons de survie qui ont évité la glace en dormant au fond de l’eau. Au début, la plante pousse lentement. En juin, la mise en fonction des premiers utricules stimule sa croissance et la multiplication des pièges. Bientôt, elle aura assez d’énergie pour fleurir.

Article initialement publié dans la revue Salamandre sous le titre "Aspiration mortelle"

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Couverture de La Salamandre n°228

Cet article est extrait de la Salamandre

n° 228  Juin - Juillet 2015
Catégorie

Dessins Nature

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